Des professeurs stagiaires démissionnent pour des emplois mieux rémunérés avant même de commencer à exercer.

Couacs de rentrée ou crise du recrutement? Près de 60 % des collèges et lycées ont entamé l’année avec au moins un poste de professeur non pourvu, indique une enquête du Syndicat des personnels de direction de l’Éducation nationale (SNPDEN) parue le 8 septembre. Quelque 15 % sont «probablement dans une situation durablement difficile», estime-t-elle, avec plus de deux postes vacants. Fait plus inquiétant, l’étude révèle qu’un poste vacant sur cinq est dû à un enseignant stagiaire qui ne s’est pas présenté. Démissionnaire avant même d’entrer dans le métier? Offres plus alléchantes et affectations défiant tout bon sens auraient-elles donc raison des vocations?

«Nous sommes confrontés à une crise du recrutement», assène Philippe Tournier, secrétaire général du SNPDEN, qui dénonce des pratiques de recrutement déconnectées des réalités. «On se comporte encore comme s’il y avait trop de candidats, lance-t-il, pointant au passage des jurys qui outrepassent selon lui leurs droits. Le rapport au métier d’enseignant a changé. Un admissible au Capes peut ne pas se présenter à l’oral», poursuit-il avant de mettre en avant «un niveau de formation élevé qui ne s’est pas accompagné d’une augmentation salariale (1 640 euros net pour un enseignant stagiaire, NDLR).» Depuis 2008, les futurs enseignants doivent avoir un master (bac + 5), un niveau où d’autres horizons plus rémunérateurs s’ouvrent à eux. L’Éducation nationale a-t-elle vraiment les moyens de ses exigences? «En parallèle de ma préparation au Capes, j’ai suivi une formation pour passer des concours administratifs. Il faut y penser, car personne ne vous le dit à la fac», témoigne Bertrand qui travaille aujourd’hui au ministère de l’Économie où il est mieux rémunéré qu’un enseignant. Et comment ne pas comprendre cet agrégé de mathématiques qui, muté à Créteil, académie réputée difficile, a préféré démissionner pour embrasser une carrière de statisticien dans une grande institution?

Pour d’autres, les absurdités administratives du métier sont devenues inacceptables. «J’aime ce métier, explique ainsi Stéphane, professeur de son état, dans une lettre au rectorat de Lyon, je l’ai toujours pratiqué avec rigueur, sérieux et diligence (…) Je suis si heureux en tant qu’enseignant! Mais trop c’est trop.» Formé «sur le tas», au rythme des CDD et des remplacements et reçu au concours en 2011, il aurait dû exercer cette année à 120 km de chez lui et de sa famille… S’il n’avait pas finalement démissionné. «Je refuse cette mutation “à l’aveugle” parce que je revendique un système qui prendrait en compte le profil de l’enseignant. Je plaide pour une véritable gestion des ressources humaines faites par des hommes et non un “ordinateur central”.» La lettre de Stéphane est restée sans réponse.

Le recours aux contractuels

Et que dire des «contractuels» auxquels l’Éducation a de plus en plus recours pour combler les places vides? Titulaires au minimum d’une licence, payés 1 375 euros net, ils représentent 7,3 % des effectifs enseignants dans les collèges et jusqu’à 12,6 % dans les lycées professionnels. Alors que le ministère les a largement incités à passer le concours, en leur «vendant» les avantages de la titularisation, certains choisissent finalement de conserver ce statut, à l’instar de cette enseignante de 58 ans, contractuelle depuis de longues années à Strasbourg et résidant en Allemagne. Après avoir décroché le Capes, elle a finalement été affectée à… Lille. D’où sa démission et son retour à la contractualisation.

Outre le cas des enseignants stagiaires – 38 .000 cette année, parmi lesquels la moitié sont formés en alternance dans les «écoles supérieures du professorat et de l’éducation» – se pose le problème des postes laissés vacants faute de candidats. Ainsi, au Capes 2014, plus de 12 % des postes n’ont pas été pourvus. Une proportion qui atteint 33 % en maths et 17 % en lettres classiques. Des postes sur lesquels les académies recrutent des contractuels.

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