De nombreux professeurs titulaires manquaient à l’appel la semaine dernière lors de la rentrée scolaire. Et ce, malgré l’annonce de 54.000 créations de postes.

Déjà une semaine qu’ils ont, eux-aussi, repris le chemin de l’école. Les 840.000 enseignants sont désormais derrière leur pupitre. Une rentrée qui, hormis les débats sur la réforme des rythmes scolaires, s’est faite sans trop de vagues. Et pourtant… De nouveaux professeurs titulaires manquent encore à l’appel. Le gouvernement a beau annoncé la création de 54.000 postes supplémentaires sur la mandature, la promesse risque d’être difficile à tenir. Au moins 7.000 postes créés depuis 2012 n’ont pas été pourvus selon un rapport de la Cour des comptes paru en 2013. Cette année encore, les concours n’ont pas fait le plein.

De là à parler d’une crise des vocations… le ministère s’y refuse. Car le nombre de candidats a explosé entre 2013 et 2014 (+160% dans le premier degré, +131% dans le secondaire). Et pour cette rentrée, la nouvelle ministre de l’Education Najat Vallaud-Belkacem se veut rassurante : “Il y aura bien un enseignant en face de chaque élève.” L’administration fait en effet appel à des contractuels pour combler les trous. Et l’on verra probablement refleurir des petites annonces via pôle emploi  ou internet : “Si vous êtes professeur de mathématiques, vous êtes attendu par cinq classes de 6e”…

Car la crise du recrutement est bien réelle, essentiellement dans le secondaire. En 2014, deux concours ont été – exceptionnellement – organisés. Mais cela ne change rien : certaines disciplines peinent à trouver des profs. A commencer par les mathématiques: seule la moitié des postes proposés à la première session a été pourvue, 67% à la deuxième. Même difficultés pour l’anglais (65% puis 92%), les lettres classiques (31% puis 50%) ou modernes (79% puis 83%). Et si cela va mieux dans le primaire – les postes ont presque tous trouvés preneurs – l’Académie de Créteil connait encore des difficultés.

“Il faut faciliter la mobilité”

“Ce problème de recrutement, apparu il y a quatre-cinq ans, notamment dans le secondaire et sur quelques disciplines, est en train de devenir une routine”, déplore Christian Chevalier, secrétaire général du SE-Unsa, syndicat des enseignants. A cela, plusieurs raisons. D’abord, le vivier des futurs profs s’est réduit. Depuis qu’il  a été décidé qu’il fallait un master (bac+5), et non plus une licence (Bac+3), pour pouvoir enseigner, tout le monde n’a pas envie – ou pas les moyens – de faire d’aussi longues études. Par ailleurs, les filières scientifiques manquent déjà d’étudiants à l’université.

Puis les rémunérations ne sont pas attrayantes. En France, les enseignants débutants sont parmi les plus mal payés de l’OCDE. “Un jeune certifié, avec un diplôme de Bac+5, débute à 1.600 euros bruts par mois. C’est faible par rapport à sa qualification”, analyse Frédérique Rolet, secrétaire générale du SNES-FSU, principal syndicat des enseignants du second degré. Enfin, l’image du métier est écornée : celui-ci apparaît de plus en plus comme anxiogène, difficile. “Seuls 5% des enseignants français pensent que la société valorise leur métier selon l’étude Talis de l’OCDE”, rappelle la sociologue Nathalie Mons, présidente du conseil national d’évaluation du système scolaire, lequel vient justement de lancer une étude sur ce problème d’attractivité.

Pour relancer les vocations, les syndicats proposent plusieurs remèdes : revalorisation des salaires, bourses, pré-recrutements (financement d’une partie des études en échange d’un engagement à exercer le métier)… Difficile en période de disette budgétaire. Il faudrait également revoir la formation continue, la gestion des carrières. “Il faut faciliter la mobilité. On doit pouvoir aussi bien entrer que sortir de ce métier. Je ne pense pas qu’on puisse passer 44 ans à enseigner devant des élèves”, estime Rémi Boyer, président de l’association Aide aux Profs qui accompagne les reconversions. Chaque année, il y a environ mille enseignants qui démissionnent”. Au ministère, on pense que le chiffre avoisine plutôt 200 par an. Autant de profs qui ont préféré “sécher” cette rentrée 2014.

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