Un rapport sur les dispositifs de «suivi individualisé des élèves» dénonce un empilement hétéroclite, mal évalué et mal piloté, au coût de 2 milliards d’euros par an. Il recommande également une modification du temps de travail des professeurs.

La Cour des comptes fait à nouveau le procès de l’Éducation nationale, cette fois dans un rapport présenté ce mercredi sur le calamiteux «suivi individualisé des élèves». Elle recommande une modification du temps de travail des professeurs et de leurs évaluations. Une proposition que ne goûteront guère les principaux syndicats d’enseignants du secondaire, très attachés à l’aspect disciplinaire de leur métier.

Après son rapport de 2013, où elle appelait le ministère à «gérer les enseignants autrement» pour enrayer la dégradation des performances du système scolaire, régulièrement pointée dans Pisa, ce nouveau rapport consacré aux dispositifs mis en place pour répondre à l’hétérogénéité des besoins des élèves fait le constat, analogue à celui de 2013, d’une organisation du système éducatif «qui ne permet pas d’atteindre les objectifs qui lui sont fixés».

Si l’individualisation de l’enseignement constitue une priorité dans les textes, la France s’est engagée dans cette démarche de façon hésitante et tardive par rapport à certains de ses partenaires de l’OCDE. La Cour détaille ainsi un empilement hétéroclite de dispositifs, avec une place proéminente accordée aux dispositifs extérieurs à la classe et en marge du temps scolaire… On compte notamment les programmes de réussite éducative, l’aide personnalisée, diverses aides aux devoirs, des stages de remise à niveau, des internats de réussite, etc.

Des dépenses estimées à 2 milliards d’euros

L’examen des douze dispositifs existants jusqu’en 2013, centrés soit sur les seuls élèves en difficulté, soit sur l’ensemble des élèves, fait apparaître que cette démarche est «minoritaire, faute de vision stratégique affirmée». La Cour regrette de ce point de vue l’absence d’accompagnement personnalisé au collège en dehors de la sixième ou pour les élèves en CAP.

Le ministère n’assure qu’un «suivi dispersé et lacunaire» au niveau de l’administration centrale. «Largement méconnu», le montant des dépenses consacrées à cette politique, dont le développement souffre en outre d’une «absence de cohérence» et dont les documents budgétaires transmis au Parlement donnent une «vision partielle», est tout de même estimé à 2 milliards d’euros…

L’évaluation est par ailleurs quasi inexistante, mais la création récente du Conseil national d’évaluation du système scolaire laisse entrevoir une «possible amélioration», veut croire la Cour, qui a «pourtant observé sur le terrain à quel point la communauté enseignante, comme les équipes de direction, savent et peuvent se mobiliser (…) lorsqu’un véritable projet d’école ou d’établissement fédère les acteurs».

Enfin, la Cour observe que cette démarche d’individualisation du suivi des élèves apparaît en décalage avec l’organisation actuelle de l’enseignement scolaire. Aussi, les sages de la Rue Cambon souhaitent-ils «des évolutions très significatives de celui-ci».

Promouvoir le travail en équipe

Ils proposent de limiter le poids de la tradition disciplinaire au collège et de promouvoir davantage le travail en équipe, «le directeur d’école ou le chef d’établissement ayant à cet égard un rôle fondamental à jouer». Ils recommandent d’alléger les contraintes liées aux obligations réglementaires de service, en renonçant à une logique strictement hebdomadaire du temps de service des enseignants, ainsi qu’en incluant le fameux «suivi individualisé» des élèves dans leurs obligations de service, ce qui n’a pas été fait par le récent décret d’août 2014 modifiant les décrets de 1950.

À moyens constants, et pour rendre l’école plus efficiente, la Cour formule une série de recommandations qui visent principalement à généraliser l’individualisation au collège, mettre en place des outils d’évaluation et chiffrer annuellement les dispositifs de suivi individualisé des élèves. Elle recommande aussi d’annualiser au moins pour partie le temps de service des enseignants du secondaire, d’évaluer les enseignants sur leur pratique de suivi individualisé des élèves. Les réactions syndicales ne seront certainement pas tendres…

Source