Être diplômé rapporte davantage dans le secteur privé que dans le public, constate une étude de l’Insee comparant l’évolution des carrières salariales. À l’inverse, les personnels les moins diplômés sont mieux traités dans la fonction publique d’État que dans les entreprises.

 

Si le salaire net mensualisé moyen se chiffre à 1 987 euros dans la fonction publique contre 1 925 euros dans le privé, cet écart limité masque des différences plus importantes lorsque l’on appréhende les salariés et les agents à diplôme et âge équivalents. C’est ce que détaille, chiffres et graphiques à l’appui, l’étude que publie l’Insee ce mercredi 17 septembre, intitulée “Les carrières salariales dans le public et le privé, éléments de comparaison entre 1988 et 2008” [cliquez ici pour la consulter]. Une étude très instructive qui décrit les évolutions salariales au gré d’une carrière menée dans le secteur privé ou public.

Le diplôme rapporte plus dans les grandes entreprises. À 30 ans, les hommes les plus diplômés exerçant dans une entreprise de plus de 100 salariés gagnent deux fois le salaire médian français – 1 563 euros : la moitié des salariés et agents français gagnent plus, l’autre moitié gagnent moins – soit 3 126 euros. Contre 1,7 fois le salaire médian dans une entreprise de moins de 100 salariés – 2 657 euros. “À ce niveau de diplôme et à cet âge, le salaire n’est que de 1,2 fois le salaire médian dans la fonction publique territoriale, alors que l’hospitalière et l’État occupent une position intermédiaire”, peut-on lire dans le rapport. “L’avantage apporté par le diplôme s’accroît avec l’âge et le dynamisme des carrières salariales des plus diplômés est plus marqué dans le secteur privé et la fonction publique hospitalière”, souligne l’Insee.

“En début de carrière, les salaires sont plus élevés dans le secteur privé et les plus diplômés de la fonction publique territoriale sont plutôt en retrait par rapport à leurs équivalents du secteur public et du secteur privé”, observe Nicole Roth, responsable du département de l’emploi et des revenus d’activité à l’Insee.

Les agents de l’État plus âgés. Les agents de la fonction publique d’État sont en moyenne les plus âgés. Dans la période 1988-2008, 40 % d’entre eux ont plus de 45 ans, contre 39 % dans la territoriale et 31 % dans le privé. “À l’inverse, les jeunes de moins de 25 ans ne représentent que 7 % des salaires de la fonction publique contre 12 % dans le privé”, indique l’étude.

Fonction publique d’État : les moins diplômés mieux traités. Autre constat majeur : les hommes salariés les moins diplômés – BEP ou moins – sont mieux rétribués dans la fonction publique d’État que dans le secteur privé et les deux autres versants de la fonction publique. À 30 ans, ils gagnent 1,1 fois le salaire médian – 1 719 euros – contre 1 fois le salaire médian dans l’hospitalière – 1 563 euros – et 0,9 fois dans les grandes entreprises privées – 1 406 euros. “Cet avantage de la fonction publique d’État se poursuit pour les salariés plus âgés”, constate Nicole Roth. Plus généralement, la progression salariale pour les plus diplômés comme pour les moins diplômés est plus régulière et plus homogène dans le public, “alors que le privé se caractérise par un éventail d’évolutions plus large”, souligne la spécialiste de l’Insee.

Les écarts de salaire entre les femmes et les hommes plus importants dans le privé. Les écarts de salaire entre hommes et femmes sont plus importants dans le privé que dans le public, notamment pour les mieux diplômés. À 30 ans, l’écart est de 1 % dans l’hospitalière, de 24 % dans la territoriale et l’État – en dehors des enseignants –, contre 23 % dans les grandes entreprises et 25 % dans les petites. “Pour les plus diplômés, l’écart varie dans le public de 8 % pour les enseignants à 15 % pour la fonction publique d’État hors enseignants ; dans le privé, il est d’au moins 26 %”, détaille le rapport de l’Insee. Des inégalités de salaires femmes-hommes qui s’accentuent avec l’âge.

La méthodologie de l’étude
Responsable du département de l’emploi et des revenus d’activité à l’Insee, Nicole Roth précise les conditions de réalisation de l’étude sur “Les carrières salariales dans le public et le privé, éléments de comparaison entre 1988 et 2008” : “Nous disposons de panels depuis 1976 pour le privé et depuis 1988 sur l’ensemble des salariés, ce qui permet de disposer de données sur les évolutions de long terme. Nous avons utilisé ce panel enrichi des données de diplôme des personnes, cette information n’étant pas présente dans les déclarations sociales.” L’étude porte sur des salariés de l’ensemble des secteurs, à sexe, âge et diplômes comparables.