Opération reconquête… François Hollande, dont l’élection en mai 2012 doit beaucoup aux fonctionnaires, a l’obligation de les convaincre de revoter pour lui en 2017 s’il veut avoir une chance de l’emporter. Il a donc missionné Marylise Lebranchu pour renouer le dialogue avec des agents publics passablement désabusés après trois ans d’exercice du pouvoir du gouvernement socialiste. Dans la musette de la ministre de la Fonction publique? Un avant-projet de protocole d’accord sur la rénovation de la politique de rémunération et l’adaptation du secteur public aux évolutions de l’action publique, sur lequel les organisations syndicales doivent se prononcer jeudi.

Les discussions pour réformer et simplifier le statut des fonctionnaires, améliorer la gestion des emplois, faciliter les déroulements de carrière dans les trois versants (État, territoriale, hospitalière) et surtout toiletter les grilles de rémunération sont en cours depuis le mois d’octobre. Mais le dialogue est laborieux. Le 13 mai, l’ensemble des syndicats de fonctionnaires ont écrit à Manuel Valls pour protester contre les propositions de révision des grilles indiciaires. Marylise Lebranchu est donc revenue mi-juin à la table des discussions avec de nouvelles mesures. Un protocole d’accord doit être finalisé le 9 juillet en vue de la signature d’un texte dans la première quinzaine de septembre.

L’exécutif a peu de marges de manœuvre mais doit donner l’impression aux 5,4 millions de fonctionnaires qu’il peut faire des choses pour eux. L’avant-projet sur la table prévoit de réduire les écarts de rémunération entre hommes et femmes, d’intégrer une partie de la rémunération indemnitaire à la rémunération indiciaire. Au chapitre de la revalorisation des grilles, les débuts et fins de carrières seront améliorés à compter de 2017. Concrètement les agents peuvent espérer des hausses de traitement de 30 à 74 euros brut par mois selon les catégories. L’exécutif s’engage aussi à conduire un rendez-vous annuel sur les salaires, avec un démarrage au printemps 2016, contre tous les trois ans. Enfin, le calendrier des réformes sera resserré, avec une échéance à 2020 au lieu de 2022.

Talon d’Achille

Les efforts du gouvernement suffiront-ils à gagner l’adhésion des fonctionnaires? Si leurs organisations représentatives reconnaissent quelques avancées çà et là, elles se gardent bien de crier victoire. Car leur revendication n° 1, le dégel du point d’indice, bloqué depuis 2010 et qui le restera jusqu’en 2017, n’est toujours pas d’actualité.

Or, pour les fonctionnaires, le point d’indice – l’un des composants du calcul de leur traitement – est un «totem». Mais à l’heure où le gouvernement doit faire 50 milliards d’euros d’économies sur trois ans, impossible de donner un tel gage aux agents publics, même s’il s’agit de fidèles électeurs.

C’est bien le talon d’Achille du gouvernement. Depuis l’élection de François Hollande, c’est un peu «je t’aime moi non plus» avec les agents des hôpitaux, des collectivités territoriales ou de l’État. Les signaux en leur direction ne cessent d’être contradictoires. Côté pile, le gouvernement a supprimé en 2013 le jour de carence en cas de maladie qu’avait instauré Nicolas Sarkozy. Mais côté face, leur pouvoir d’achat stagne, voire régresse.

Sur le plan de l’emploi, la pilule est aussi dure à avaler, même si Hollande a abandonné la règle du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Le président s’est engagé à stabiliser les effectifs sur le quinquennat et maîtriser la masse salariale de l’État mais on en est très loin.

Et ce d’autant qu’à l’heure de la rigueur budgétaire, les coups de rabot successifs, tant sur le train de vie de l’État que sur les moyens qui leur sont alloués pour fonctionner, se sont multipliés depuis trois ans et pèsent sur leur moral. Ils sont donc plus que sceptiques sur la danse du ventre que l’exécutif opère actuellement et se tiennent prêts à se mobiliser en cas d’agression caractérisée sur leur statut qui fait de plus en plus d’envieux…

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