“Résistance”, “opposition idéologique”, “concurrence” : le rapport sur “les freins non financiers au développement de l’apprentissage”, réalisé par une équipe interministérielle, ne cache rien du regard en biais jeté par l’Education nationale sur l’apprentissage. Le rapport propose de rendre la “découverte de l’apprentissage” obligatoire au collège et encourage nettement le développement du pré-apprentissage. Voilà qui ne va rien arranger….

L’apprentissage c’est 436 000 apprentis et près de 8 milliards investis dans la formation chaque année. Mais ce n’est pas grâce à l’éducation nationale affirment les auteurs du rapport sur “Les freins non financiers au développement de l’apprentissage”, publié le 12 mars. Le rapport est le fruit d’un travail interministériel réalisé par une équipe comprenant 3 inspecteurs généraux de l’éducation nationale (M Benac, JP Collignon et A Plaud), 2 inspecteurs de l’IGAS et 2 de l’IGA.

 

Le rapport jette un regard sévère sur les relations entre éducation nationale et apprentissage. Selon lui, l’apprentissage “souffre d’un manque de légitimité dans l’éducation nationale”. Même si le nombre d’apprentis dans l’éducation nationale a doublé depuis 2002, passant à 40 000 jeunes, ce n’est pas à cause du système dont “les différents échelons affichent un positionnement ambigu”. Le rapport souligne que l’existence d’un CFA dans un établissement scolaire n’est pas valorisé : les apprentis ne sont pas pris en compte pour les dotations des établissements et leur développement d’après le rapport n’est pas valorisé dans la carrière des chefs d’établissement.

 

Pire, “les oppositions idéologiques perdurent”. “Malgré une évolution des mentalités au cours des 10 dernières années, liée principalement au besoin vital de certains L.P. de faire face à la baisse des effectifs, une partie des enseignants, fortement soutenue par une partie de la représentation syndicale, continue de manifester une réelle hostilité au développement de l’apprentissage”. L’apprentissage est vécu comme un concurrent. Le rapport souligne le manque d’intérêt de recteurs et de certains conseils régionaux. Certains principaux ferment leur porte aux directeurs de CFA. Et l’apprentissage n’est pas prévu dans Affelnet, le système d’orientation de fin de 3ème.

 

Le rapport déplore aussi les menaces sur les classes de pré apprentissage, comme le DIMA. Créé par la droite avec un dispositif d’orientation précoce, le DIMA n’est plus accessible aujourd’hui qu’à partir de 15 ans ce que déplorent les auteurs. Ils oublient aussi de dire que le DIMA n’a jamais vraiment trouvé sa place et son public. Pour les auteurs ces dispositifs sont nécessaires pour préparer le jeune à l’entreprise. Le développement du bac pro en 3 ans a concurrencé aussi l’apprentissage selon les auteurs.

 

Mais l’éducation nationale n’est pas la seule à avoir une image négative de l’apprentissage. Les jeunes et les familles en ont souvent une image négative, estiment les auteurs.

 

Aussi, les préconisations du rapport ne manqueront pas de faire grincer des dents. Il recommande de fixer des objectifs clairs pour l’éducation nationale sur les plans quantitatif et qualitatif. Surtout il veut rendre obligatoire la participation de tous les collégiens à au moins une séance de découverte de l’apprentissage par exemple par la visite d’un CFA ou la rencontre avec des employeurs. Les personnels d’orientation seraient aussi concernés : on les formerait aux “atouts de l’apprentissage”. Un module apprentissage serait introduit dans la formation initiale des professeurs. Le rapport recommande aussi d’institutionnaliser l’orientation vers l’apprentissage en l’inscrivant dans Affelnet. Les auteurs souhaitent aussi un développement du pré-apprentissage. Ils recommandent une meilleure intégration de l’apprentissage dans les établissements.

 

Ces recommandations ne manqueront pas de relancer les oppositions à l’apprentissage dans le monde éducatif. En effet l’interdiction du DIMA avant 15 ans a été perçu, par exemple, de façon très positive dans le monde éducatif.

 

François Jarraud

 

Le rapport

Sur le DIMA