Que trouve-t-on d’intéressant dans « Repères et références statistiques 2014 », la publication statistique annuelle du ministère de l’éducation nationale ? Tout simplement la confirmation  de la mise en place réelle des politiques ministérielles ou la certitude que ce n’est que du vent.  Jean-Louis Auduc se livre à cet exercice de décryptage à propos de trois politiques : la priorité au primaire, promise depuis V. Peillon, le rééquilibrage des financements entre privé et public et l’accès au supérieur demandé par Bruxelles.

 

Il est toujours intéressant de regarder le « Repères et références statistiques » publié chaque année, ne serait-ce que pour voir si les statistiques montrent un début de mise en œuvre des choix annoncés au niveau national. Je vais prendre trois exemples…

 

 

 

 

 

Priorité au primaire : Vrai ou faux ?

 

On vient dans ce domaine de très loin, comme l’indiquent les chiffres de la dépense publique par élève en 2011 :

–           5870 euros pour un élève de l’école élémentaire

–           8370 euros pour un élève de collège

–           11470 euros pour un élève de lycée général et technologique

–           11840 euros pour un élève de lycée professionnel

–           13740 euros pour un étudiant de  BTS

–           15080 euros pour un étudiant de classes préparatoires (CPGE)

–           10770 euros pour un étudiant à l’Université IUT inclus

 

Ces chiffres montrent une inégalité totale entre les différences secteurs : la dépense pour un élève de  l’enseignement élémentaire représente 38,9% de la dépense pour un élève de classe préparatoire et 51,2% de la dépense pour un élève de lycée général et technologique. La dépense pour un étudiant à l’Université ne représente que 71,4%  de la dépense pour un élève de classe préparatoire.

 

Cette situation a-t-elle changé en 2013 année du vote de la loi de refondation :

–           6060 euros pour un élève de l’école élémentaire ( en hausse)

–           8410 euros pour un élève de collège ( stable)

–           11310 euros pour un élève de lycée général et technologique ( en baisse)

–           11960 euros pour un élève de lycée professionnel ( en hausse)

–           13510 euros pour un étudiant de  BTS ( en baisse )

–           15080 euros pour un étudiant de classes préparatoires (CPGE)  (stable)

–           10940 euros pour un étudiant à l’Université IUT inclus ( en hausse)

 

La réponse est donc : oui, elle a changé, mais assez faiblement, même si cette inflexion est une première depuis une vingtaine d’années. On ne peut que regretter que l’abandon de toute réforme de la situation des classes préparatoires ait maintenu leur « privilège financier ».

 

L’inégalité  entre les différences secteurs existent, même si elle s’est légèrement réduite. La dépense pour un élève de  l’enseignement élémentaire représente :

40,2% de la dépense pour un élève de classe préparatoire (+ 1,3%)

53,6% de la dépense pour un élève de lycée général et technologique (2,4%)

La dépense pour un étudiant à l’Université ne représente que 72,5%  de la dépense pour un élève de classe préparatoire. (+1,1%).

Il est à souhaiter que dans les budgets à venir ce mouvement de rééquilibrage se poursuive et s’amplifie

 

 

A-t-on rééquilibré le financement de la Taxe d’apprentissage dans les établissements scolaires publics et privés ?

 

La répartition de la taxe professionnelle versée par les entreprises aux établissements est très inégalitaire :

 Etablissements publics Etablissements privés
         2011 2013 2011 2013
Collèges 107 euros 105  E 401 euros 425  E
Lycées professionnels 110  E 102  E 317 E 315  E
Lycées technologiques ou polyvalents 132 E 128 E 345 E 343  E

 

Il ressort clairement de ce tableau que le déséquilibre entre établissements publics et établissements privés concernant le versement de la taxe d’apprentissage, loin de se résorber, s’accentue, sans parler de l’enseignement supérieur où un établissement supérieur privé a reçu en moyenne 1326 E soit six fois plus qu’un établissement du secteur public !

 

 

L’accès à l’enseignement supérieur a-t-il augmenté ?

 

Le Repères et références statistiques 2014 publie page 287 un tableau concernant la situation en 2013 des différents pays d’Europe par rapport aux objectifs de Lisbonne. Ce tableau est intéressant, car depuis un rapport de la Cour des comptes de la fin de l’année 2011, on a pris l’habitude en France de considérer qu’on était très loin de l’objectif de 50% d’une classe d’âge diplômée du supérieur…..

 

Voici ce qu’écrivait la Cour des comptes : « Mais, compte tenu de leur faible taux d’accès et de réussite dans l’enseignement supérieur, cette orientation ne suffira pas pour atteindre simultanément l’objectif assigné par le sommet de Lisbonne aux pays de l’Union européenne, c’est-à-dire porter à 50% d’une génération la proportion de diplômés de l’enseignement supérieur : En France, sont à ce jour diplômée de l’enseignement supérieur, 27% seulement  contre par exemple 48% au Canada, 41% au Japon, 40% aux Etats-Unis, ou 35% en Corée du Sud. » Selon L’Etudiant, « la France se classe parmi les plus mauvais élèves des pays industrialisés : devant l’Italie mais loin derrière des pays comme la Corée, l’Irlande ou encore la Turquie.. Le coût de cet échec est terrible pour le pays, pour l’université mais aussi pour les étudiants » Et selon Libération, « Conformément aux objectifs européens, la France vise 50% d’une génération diplômés du supérieur. Or, avec quelque 30%, on en est encore loin. »

 

 

 

Regards sur l’éducation, le récent rapport de l’OCDE indique les mutations considérables de ces vingt dernières années dans l’accès au supérieur : 43% des 25-34 ans sont aujourd’hui diplômés du supérieur, chiffre plus élevé que la moyenne de l’OCDE, contre seulement 20% de la génération des 55-64 ans…

 

Le système éducatif est suffisamment critiquable sur un  certain nombre de points qu’il ne faudrait pas en rajouter dans des domaines où se sont déroulés des progrès incontestables, même si la démocratisation est loin d’être accomplie. Car si on essaye de comprendre d’où viennent ces écarts de chiffres, on s’aperçoit qu’ils correspondent au refus de considérer comme des diplômes de l’enseignement supérieur, alors qu’ils le sont, des formations à Bac+3 ( infirmières,, architectes…), et les licences et masters professionnels….Elitisme, quand tu nous tiens !!!!

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