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CONSEIL SUPERIEUR DE L’EDUCATION – Séance du 11 mai 2020

Déclaration préalable ACTION & DEMOCRATIE - CFE-CGC

Monsieur le ministre,

Mesdames et messieurs, chers collègues,

 

Ce lundi 11 mai, annoncé de longue date comme le jour de la réouverture des écoles, est en même temps celui de la levée progressive du confinement sur l’ensemble du territoire et suscite à ce titre autant d’espoir que de crainte. Rappelons que la première victime française de l’épidémie de Covid19 était un professeur : ce fait n’a rien d’anodin, comme n’était pas non plus anodine la décision de fermer en premier les établissements scolaires et eux seuls, décision prise bien avant qu’on ne se résigne ensuite à confiner l’ensemble de la population. C’est que l’école est, avec les transports en commun sans doute, le lieu qui présente le plus grand risque de contamination. Nous le savons depuis toujours, le milieu scolaire est un bouillon de culture pour virus et bactérie en tout genre, et il serait temps que le ministère de l’éducation nationale se dote d’une politique sanitaire à la hauteur de ce risque avéré que l’actuelle épidémie ne fait que rendre plus évident. En ce jour symbolique de réouverture des écoles, Action & Démocratie demande donc solennellement que ce sujet devienne une priorité non seulement pour les semaines et mois à venir, mais sans doute aussi pour les années suivantes tant le chantier est vaste. Il concerne d’ailleurs aussi bien la santé des élèves que celle des personnels, dont les intérêts réels sont comme toujours strictement communs. Songeons par exemple à l’état déplorable dans lequel se trouvent les sanitaires d’un très grand nombre d’établissements, dépourvus non seulement de savon et de papier mais aussi et surtout de moyens efficaces pour se sécher les mains convenablement, ce qui pour cette raison rendait déjà vains, dès le début du mois de mars, les appels répétés à observer une stricte hygiène des mains alors présentée comme le principal « geste barrière ». Rien n’a changé depuis, rien n’a été fait bien entendu pendant le confinement pour y remédier, car il s’agit de travaux qui, c’est le cas de le dire, sont parfois dignes du nettoyage des écuries d’Augias. Mais cela ne peut plus durer : nous préférons que les dirigeants des collectivités territoriales, prenant enfin leur responsabilité en ce domaine, refassent les toilettes au lieu de distribuer des tablettes ! Hélas, et faute de cadrage national aussi ou d’impulsion en provenance du ministère probablement, nous craignons que rien ne soit fait non plus en ce domaine non seulement d’ici à la rentrée de septembre, mais même au-delà, ce qui serait véritablement scandaleux, et peut-être pire.

Enfin, il y a un volet de cette politique sanitaire que nous appelons de nos vœux qui concerne aussi plus spécifiquement les personnels. Nous songeons bien entendu d’abord à l’état, déplorable là encore, dans lequel se trouve la médecine de prévention ainsi qu’aux diverses formes de souffrance au travail qui résultent de l’application de réformes ineptes et destructrices du métier. Mais nous songeons également à la double peine que représente l’application d’un jour de carence pour les personnels en arrêt maladie, quand ces maladies sont souvent contractées sur le lieu de travail. En l’espèce, Action & Démocratie demande que soit étendu à toutes les maladies de type infectieux, c’est-à-dire susceptibles d’être contractées sur le lieu de travail, le régime mis en place pour l’affection au Covid19 qui fait de  celle-ci une maladie professionnelle. Nous joignons d’ailleurs à cette déclaration la lettre ouverte que nous vous avons écrite avant le confinement, Monsieur le ministre, et qui avait déjà recueilli en très peu de jours plus de 35 000 signatures.

La réouverture des écoles suscite donc l’appréhension chez les personnels aussi bien que chez les parents à cause du risque élevé de contamination qui persiste, et de très récents exemples montrent hélas que ce risque est bien réel. Mais elle absorbe aussi une énergie et demande des efforts considérables pour un résultat des plus minces étant donné que vous lui fixez vous-même comme objectif que chaque enfant retrouve le chemin de l’école « au moins un jour d’ici à la fin du mois de mai » ! Tout ça pour ça ? Ne serait-il pas préférable de réserver la plus grande partie de cette énergie et de ces efforts à la préparation d’une rentrée en septembre qui s’annonce déjà difficile et représente elle-même un immense défi non seulement sanitaire mais aussi, et peut-être même surtout, pédagogique ? Car, nous le savons tous ici, par-delà les facilités d’une communication flatteuse et frôlant souvent le ridicule avec sa « continuité pédagogique » par-ci et ses « vacances apprenantes » par-là, la vérité est que l’école sera peut-être de nouveau ouverte à partir d’aujourd’hui, mais la classe ne reprendra pas. Il est assez facile de rouvrir un bâtiment en mettant des marques sur le sol ou en écartant quelques tables mais l’école, ce ne sont pas des murs ni des meubles, ce sont des classes qui réunissent élèves et professeurs qui ne peuvent travailler que dans la sérénité et non dans un climat anxiogène. Tous ceux qui prétendent qu’on peut faire la classe et enseigner tout en portant des masques et en vérifiant constamment que chaque élève dispose d’une zone de sécurité de 4 m2 autour de lui sont des menteurs ! Tous ceux qui prétendent que des logiciels peuvent transmettre à distance à des êtres humains des connaissances dignes de ce nom sont des bonimenteurs, comme le sont enfin tous ceux qui prétendent que le but de l’école est de faire réussir tout le monde quitte, pour ce faire, à ne plus instruire personne.

L’école de la confiance, ce n’est possible que sur la base de la vérité ; même si cette vérité parfois déplait, elle est toujours préférable au mensonge. Et nous serons les premiers à nous réjouir d’avoir autre chose à faire, Monsieur le ministre, que dénoncer des mensonges car non, ce ne sont pas 5 à 8% des élèves qui ont pâti de la fermeture administrative des établissements scolaires, mais bien 100%, et si l’on n’est pas capable de l’admettre, de le dire aussi simplement, on n’est pas non plus capable d’y remédier vraiment. Nous espérons donc que, une fois l’os à ronger de la réouverture des écoles lâché à la presse, spécialisée et non spécialisée, une fois le simulacre de baccalauréat et de brevet passé avec cette fois l’excuse, valable au demeurant, du cas de force majeure, les vrais sujets seront enfin pris à bras le corps au lieu d’être une fois encore mis sous le tapis.

Il ne s’agit pas seulement de rouvrir l’école mais bien de la reconstruire.

Mesdames et messieurs, chers collègues, quand allons-nous regarder en face la réalité du niveau scolaire, qui est devenu si faible ?

Quand allons-nous regarder en face l’état de santé des personnels miné par une dépossession du métier et un management désastreux, et dont la motivation est devenue très faible aussi ?

Ne nous y trompons pas et ne faisons pas de cette épidémie un leurre qu’on agite afin de pouvoir continuer à regarder ailleurs : les difficultés engendrées par une politique scolaire insensée que vous n’avez pas osé remettre en cause mais que vous avez poursuivie, ces difficultés sont encore toutes devant nous, et chaque jour plus nombreuses !