Des actions cohérentes, ou rien !

 

 
 

Des actions cohérentes, ou rien !

Chers collègues,

Ce mail est destiné à donner suite à notre enquête des 10 et 30 janvier 2019 auprès des 800 000 enseignants sur l’opportunité d’une grève au moment des examens. Les résultats sont éloquents et significatifs puisque vous avez été plus de 86 000 à nous répondre. Voici la synthèse de vos réponses et l’analyse que nous faisons de la situation actuelle.

 

  

 

LE DIAGNOSTIC

Action & Démocratie est un syndicat indépendant, avant tout soucieux d’efficacité dans la défense de nos métiers et le soutien aux personnes qui les exercent.

Nous ne voulons pas d’une école où les professeurs rasent les murs et doivent s’excuser de faire leur métier dans une institution qui non seulement ne les protège plus, mais emploie toute son énergie à détruire leur autorité et détériorer leurs conditions de travail !

C’est pourquoi, plutôt que dévoyer le recours à la grève par des appels successifs voués à l’échec nous avons choisi de vous défendre en mettant l’Etat en cause devant les tribunaux, comme la CFE-CGC l’a déjà fait avec France-Telecom.

Cependant, cette modalité d’action n’est pas exclusive d’autres, et notamment de la grève quand c’est le seul moyen, non pour « se faire entendre » (un syndicat responsable ne lance pas un mot d’ordre de grève simplement pour « se faire entendre »), mais afin d’obtenir ce qui nous est dû, et qui nous est refusé depuis si longtemps.

C’est la raison pour laquelle, dès le mois de janvier 2019, nous vous avons consulté pour savoir si vous étiez favorables à une grève reconductible pendant les examens afin d’obtenir satisfaction sur les quelques revendications essentielles que vous avez plébiscitées et, par ce moyen, remettre le dialogue social sur un bon chemin.

 

Nous vous avons demandé de nous dire, parmi les revendications principales que nous vous avons proposées, lesquelles vous semblaient prioritaires : la revendication salariale est, de loin (avec 77%), la seule qui mobilise et semble justifier une grève « dure », autrement dit une grève utile.

Nous nous sommes enfin tournés vers les autres organisations en vue de leur faire partager cette analyse et cette démarche inédite : nous sommes en effet convaincus que, par-delà les divergences d’appréciation sur tel ou tel aspect des politiques éducatives mises en œuvre, notre profession est profondément d’accord sur l’essentiel.

Oui, la majorité de la profession ne veut pas des réformes récentes qui, depuis celle du collège jusqu’à celle du bac en passant par celle du lycée professionnel, ont pour dénominateur commun la diminution drastique des heures d’enseignement, l’augmentation indéfinie des « heures de rien », l’alourdissement constant des obligations de service dans le premier degré aussi bien que le second degré (évaluations permanentes, réunionnite aggravée, effectifs de plus en plus lourds avec des élèves de moins en moins motivés, programmes sans cesse renouvelés, etc.).

Oui, la majorité de la profession ne supporte guère le climat de plus en plus détestable au sein des établissements, le « rendez-vous de carrière » installant le chef d’établissement dans un rôle de « manager » qui lui va comme un chapeau à une chèvre, tandis que laxisme envers l’indiscipline et complaisance envers l’incivilité deviennent partout la norme.

Oui, la profession subit une crise des vocations, qui engendre à son tour le recours, dans des proportions devenues exorbitantes, à un personnel dépourvu de statut, taillable et corvéable à merci, pendant que l’autorité des professeurs est quotidiennement niée par une hiérarchie qui les infantilise tout en n’espérant qu’une chose : s’arroger le pouvoir de recruter directement son personnel … et par là celui de donner congé !

Mais, à la quasi-unanimité, vous considérez à juste titre que l’estime sociale et la reconnaissance de nos compétences et de notre travail doit se traduire avant tout par une rémunération décente, c’est-à-dire par la revalorisation immédiate et significative de nos salaires dans tous les corps dont le pouvoir d’achat s’est effondré en à peine quarante ans !

LA SOLUTION

Si la crise morale, matérielle, sociale qui frappe de plein fouet le corps enseignant ne date pas d’aujourd’hui, ses symptômes n’ont jamais été aussi palpables, et notre impuissance à nous défendre collectivement aussi tragique !

Confortés par vos réponses, nous partageons avec vous la conviction que la menace d’une grève reconductible au moment des examens est le moyen le plus sérieux et le plus efficace pour obtenir l’ouverture de négociations en position de force. Encore faut-il que l’ensemble des organisations syndicales, ou la plupart d’entre elles, partagent ce constat et consentent :
 

1 – à définir une plateforme de revendications crédibles, limitées et consensuelles, en phase avec les préoccupations de la majorité de la profession ;

2 – à déposer suffisamment tôt un préavis intersyndical de grève reconductible pour permettre à des négociations dignes de ce nom de se dérouler en créant un rapport de force en notre faveur et sans avoir forcément à déclencher ladite grève le jour J.

Force est de constater et de déplorer, en cette fin du mois de mai 2019, que notre proposition a été repoussée par les organisations que nous avions sollicitées, les unes décidant de déposer « dans leur coin » un préavis de grève sans que l’on sache dans quel but, les autres tergiversant et/ou consultant leurs adhérents sans que l’on sache là encore quelle revendication devrait être satisfaite par le ministre pour ne pas aller jusqu’au blocage des examens, d’autres encore annonçant ne pas vouloir participer à une grève à cette période, toutes enfin entretenant le flou sur les buts d’une éventuelle grève tout en se livrant à une surenchère revendicative qui n’a aucun sens ni la moindre chance d’être prise au sérieux.

Pour Action & Démocratie, les choses sont simples et claires : nous n’appellerons pas nos collègues à se mettre en grève tant que des revendications précises et réalistes ne seront pas d’abord définies et approuvées par l’ensemble ou la majorité de la profession, cette dernière donnant alors mandat aux organisations pour négocier et les faire aboutir, la grève intervenant uniquement en cas d’échec de la négociation.

Ces revendications, vous nous les avez déjà fait connaître et avez conforté notre analyse ! Vous avez été plus de 86 000 à répondre à notre consultation et nous tenons à remercier vivement ceux d’entre vous qui ont participé, qui représentent tout de même près de 10% de la profession. Nous estimons cependant qu’une telle action ne pouvait être envisagée sans un soutien plus massif, d’au moins 200 000 enseignants prêts à remplir une déclaration d’intention.

EN CONCLUSION

Action & Démocratie considère que la seule grève utile est, en effet, une grève reconductible entraînant le blocage des examens. Une telle grève n’est vraiment efficace qu’à deux conditions : 1/ elle doit être décidée suffisamment en amont et portée par une majorité syndicale afin de négocier en position de force et obtenir satisfaction sans avoir forcément besoin de commencer une telle grève ; 2/ elle doit être motivée par les revendications qui font consensus et que vous avez vous-mêmes approuvées à une large majorité plutôt que par des revendications si vagues, si irréalistes et si hétéroclites qu’elles n’auraient strictement aucune chance d’aboutir.

Malgré notre déception devant le manque de solidarité intersyndicale, A&D reste prêt à participer à toute action qui permette d’avancer, à condition qu’elle soit calculée et réfléchie. Cependant, nous ne resterons pas les bras croisés en attendant le bon vouloir des uns et des autres car, dès à présent A&D saisit la justice en vue d’obtenir une condamnation de l’Etat pour la gestion destructrice de son personnel. Par-là, nous dépassons le stade des constats,des regrets et des complaintes pour passer véritablement à l’action !

Résultats détaillés de notre enquête

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