Collège : Éducation nationale , année zéro

 

 

Il faut « s’attaquer au collège », cet « homme malade de l’Ecole », affirmait récemment Pap Ndiaye.

On ne relèvera pas – ou l’on fera semblant de ne pas relever – le lexique belliqueux qui annonce déjà une destruction en règle. En revanche, on sera attentif à la référence historique à peine dissimulée : en 1853, « l’homme malade » de l’Europe, pour le Tsar Nicolas 1er de Russie, c’est l’Empire Ottoman, un empire tellement affaibli sur tous les plans qu’il s’agissait de le saigner pour en redessiner les frontières et s’offrir de larges parts du gâteau. Est-ce ainsi que notre ministre voit le collège : comme un homme à abattre, à dépecer, à restructurer de fond en comble, alors même que les réformes s’enchaînent depuis des années pour l’affaiblir ? Il n’est pas impossible que le pire se prépare, et ce malgré Pap Ndiaye qui semble suffisamment naïf et mal informé pour ne pas comprendre que les pistes qu’on lui souffle à l’oreille signeront la fin du collège.

La sagesse, pourtant, imposerait de faire le contraire : le collège ayant été moult fois réformé, peinant à se relever de la dernière réforme (celle de 2016), particulièrement criminelle (programmes absurdes, démantèlement de l’enseignement des langues anciennes, affaiblissement des classes bilangues…), il conviendrait de le reconstruire intelligemment, progressivement, en regonflant les horaires disciplinaires, en redonnant de la valeur au DNB, en mettant fin au passage automatique dans la classe supérieure, en supprimant les cycles (artifice qui a précisément signé la fin du redoublement) et en revenant à une véritable évaluation exigeante, loin des pseudo-« compétences » auxquelles personne ne comprend rien… Voilà les pistes qu’il faudrait suivre pour reconstruire le collège et non pas s’y attaquer pour démanteler le peu qu’il reste de ce maillon central du système scolaire.

En effet, le collège est le moment par excellence où les élèves désapprennent ce qu’ils ont appris à l’école élémentaire ou se perdent définitivement après une scolarité primaire chaotique, et en cela, le ministre n’a pas tort, il est une étape plus que sensible au sein de notre système scolaire : il est donc temps d’en refaire un lieu d’apprentissage et de consolidation des fondamentaux aux programmes solides, pas une machine expérimentale où les élèves seraient livrés à eux-mêmes devant des ordinateurs ou des tablettes, dans des « salles innovantes », à s’amuser avec « PIX », à s’inscrire dans des « parcours » insignifiants ou à perdre leur temps avec des gadgets affriolants. Réinstituer le collège, pas s’y attaquer : voilà ce que propose Action & Démocratie !

Nous sommes contre Nous sommes pour

L’organisation actuelle du collège par « cycles » qui génère une hétérogénéité des classes insupportable. La question du redoublement doit pouvoir à nouveau être posée.

L’évaluation dite « par compétences », pour l’instant facultative en cours d’année, mais obligatoire au moment des « bilans de fin de cycle » (6ème et 3ème) : cette infantilisation des élèves et de leurs familles doit cesser ! Elle porte en elle le mensonge et, à long terme, la malveillance.

L’orientation choisie par les familles à l’issue de la classe de troisième : le conseil de classe doit redevenir décisionnaire afin d’éviter les erreurs de parcours, de plus en plus nombreuses, au lycée.

Des effectifs qui nous empêchent de travailler : le seuil de 25 élèves par classes au collège ne devrait jamais être dépassé. Nous proposons l’instauration sur ce point d’une « règle d’or » dans le Code de l’Education qui garantirait partout et à tous des conditions de travail décentes et efficaces.

L’intrusion toujours plus massive du numérique dans nos établissements : chariots de tablettes, heures de l’emploi du temps dévolues à « PIX », ateliers ou formations « à distance »… Le numérique est un outil mais peut être, par bien des aspects, aussi un ennemi des apprentissages.

Une liaison école-collège ou collège-lycée artificielle, souvent responsable d’une réunionnite aiguë à laquelle les personnels de terrain (et les élèves !) ne trouvent aucun sens.

La dispersion dans des tâches annexes qui nous éloigne de notre mission première : l’enseignement, c’est-à-dire la transmission de connaissances à nos élèves, dans l’espace de la classe.

Les PIAL qui, en mutualisant les AESH, les ont rendus corvéables à merci et rendent impossible une véritable inclusion des élèves qui ont besoin d’eux.

Les EPI obligatoires, source de dispersion et générateurs de frustration lorsqu’ils sont imposés. Les projets interdisciplinaires constituent des outils intéressant mais doivent reposer sur le volontariat des collègues et ne pas être financés par des heures prises aux disciplines.

Une redéfinition claire des obligations de service des personnels : respect, bien entendu, des maximas de service (18h et 15h) et aucune annualisation. Suppression des réunions ou « concertations » improductives souvent présentées aujourd’hui comme obligatoires. Recentrage sur notre temps de travail utile : présence devant les élèves, préparation des cours, correction des copies.

Une véritable différenciation systémique (orientation travaillée avec les élèves et leurs familles, création de places en IME et en ITEP…) qui mettrait fin aux demandes (intenables) de « différenciation pédagogique ». Cet élément de langage n’est en définitive qu’un cache-misère pour acter le renoncement de l’institution et tout mettre sur le dos des enseignants en les culpabilisant !

Une définition nationale des horaires disciplinaires qui rendrait impossibles les magouilles et la mise en concurrence des collègues au moment du vote de la DHG. Tous les élèves de collège en France ont droit au même nombre d’heures d’enseignement !

La suppression du LSU, inutile, illisible et chronophage.

Une inclusion raisonnée des « élèves à besoins éducatifs particuliers » : pas d’inclusion à marche forcée des élèves relevant d’instituts spécialisés qu’un professeur ne peut prendre en charge seul. Ces élèves, leurs professeurs et leurs camarades, tous ont droit à la sécurité et à la sérénité pour travailler.

La mise en place d’un pallier d’orientation plus tôt dans la scolarité de nos élèves (en 5ème ou en 4ème), pour coller au plus près aux besoins et aux envies des élèves qui ne se reconnaissent pas dans le système d’enseignement général.

La réduction de nos tâches administratives au strict minimum.

Une redéfinition précise des conditions d’attribution des IMP, HSA et HSE et une transparence totale sur leur distribution.

Un cadre disciplinaire ferme qui seul permet de travailler de façon apaisée et productive : cela signifie la fin du « pas de vagues » en matière de procédures disciplinaires, notamment s’agissant de harcèlement, de violences ordinaires et d’atteintes aux personnels dans l’exercice de leurs fonctions. La parole d’un enseignant (sauf manquements graves et avérés) doit être soutenue par sa hiérarchie et ne plus être, par défaut, sujette à caution et mise sur le même plan que celle des élèves et des familles. Nous ne sommes pas destinés à devenir des cibles ambulantes !

Le respect des statuts des agrégés : ils ne doivent être affectés en collège qu’exceptionnellement, s’ils en formulent la demande ; sinon, une affectation en lycée ou dans l’enseignement supérieur doit être la norme.

Pour aller plus loin

Le point sur l’évaluation par compétences

Les compétences, du pipeau !

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