Les riches heures du déconfinement dans l’éducation nationale !

Au sommaire de cette lettre d’information d’Action & Démocratie :

  • Enseigner avec un masque
  • Déclaration au Conseil supérieur de l’éducation le 11 mai 2020
  • Hussards désarmés, ou Eduscol contre les fakenews….

Enseigner avec un masque

Les enseignants bientôt rappelés sur le terrain ont pour consigne ministérielle de porter un masque sur le visage. Mais demande-t-on aux acteurs de films ou aux comédiens de théâtre d’en faire autant ? interroge avec humour Annabelle Martin Golay, professeure de français, dans un article du Monde du 28 avril. Qui voudrait assister à un aussi pénible spectacle ?

Ce parallèle nous rappelle que le métier d’enseignant n’est pas assez perçu comme un métier qui implique toutes les dimensions de la communication humaine : la voix, le visage, le corps. Nous jouons de nous-mêmes pour parvenir à transmettre.

L’enseignant, dépositaire des savoirs de sa discipline, est un pédagogue qui transmet des connaissances par sa présence en mouvement, ses expressions faciales et une variété d’émotions dont il use pour impliquer son auditoire. « L’enseignant incarne de façon animée et vivante ce qu’il transmet », rappelle Annabelle Martin Golay. Si le port d’un masque n’empêche pas la gestuelle, et que l’enseignant peut encore déambuler dans l’espace – au demeurant souvent fort étroit – qui lui est alloué entre tableau et bureau pour mettre son savoir en scène, les expressions du visage en sont quant à elles considérablement réduites. Le sourire est la principale mimique d’éveil de l’empathie. Les élèves vont-ils entrer dans le jeu d’un enseignant qu’ils ne voient pas sourire… ? Les mimiques et les petits mouvements de la tête (dimension kinésique), qui servent à lier les propos ou à s’assurer de l’assentiment de l’auditoire seront également moins perceptibles. Ne voir que des yeux ne suffit pas pour instaurer un sentiment de sécurité affective, condition première de tout apprentissage.

Lorsque la « question du voile » occupait l’actualité, il était clair pour le ministère d’insister sur l’exigence d’un face à face des visages dans la relation pédagogique. Mais le port du masque est une nécessité sanitaire incontournable, que tout le monde comprend. Si la signification du masque ne peut être assimilée à celle du voile, il serait naïf de croire le masque neutre : au-delà de sa fonction hygiénique, il s’impose comme le signe de la menace virale permanente, et plus largement comme le signe d’un changement dans les relations humaines : celui d’une crainte mêlée de suspicion.

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Déclaration Action & Démocratie au Conseil supérieur de l’éducation

Monsieur le ministre, mesdames et messieurs, chers collègues,

Ce lundi 11 mai, annoncé de longue date comme le jour de la réouverture des écoles, est en même temps celui de la levée progressive du confinement sur l’ensemble du territoire et suscite à ce titre autant d’espoir que de crainte. Rappelons que la première victime française de l’épidémie de Covid19 était un professeur : ce fait n’a rien d’anodin, comme n’était pas non plus anodine la décision de fermer en premier les établissements scolaires et eux seuls, décision prise bien avant qu’on ne se résigne ensuite à confiner l’ensemble de la population. C’est que l’école est, avec les transports en commun sans doute, le lieu qui présente le plus grand risque de contamination. Nous le savons depuis toujours, le milieu scolaire est un bouillon de culture pour virus et bactérie en tout genre, et il serait temps que le ministère de l’éducation nationale se dote d’une politique sanitaire à la hauteur de ce risque avéré que l’actuelle épidémie ne fait que rendre plus évident. En ce jour symbolique de réouverture des écoles, Action & Démocratie demande donc solennellement que ce sujet devienne une priorité non seulement pour les semaines et mois à venir, mais sans doute aussi pour les années suivantes tant le chantier est vaste. Il concerne d’ailleurs aussi bien la santé des élèves que celle des personnels, dont les intérêts réels sont comme toujours strictement communs. Songeons par exemple à l’état déplorable dans lequel se trouvent les sanitaires d’un très grand nombre d’établissements, dépourvus non seulement de savon et de papier mais aussi et surtout de moyens efficaces pour se sécher les mains convenablement, ce qui pour cette raison rendait déjà vains, dès le début du mois de mars, les appels répétés à observer une stricte hygiène des mains alors présentée comme le principal « geste barrière ». Rien n’a changé depuis, rien n’a été fait bien entendu pendant le confinement pour y remédier, car il s’agit de travaux qui, c’est le cas de le dire, sont parfois dignes du nettoyage des écuries d’Augias. Mais cela ne peut plus durer : nous préférons que les dirigeants des collectivités territoriales, prenant enfin leur responsabilité en ce domaine, refassent les toilettes au lieu de distribuer des tablettes ! Hélas, et faute de cadrage national aussi ou d’impulsion en provenance du ministère probablement, nous craignons que rien ne soit fait non plus en ce domaine non seulement d’ici à la rentrée de septembre, mais même au-delà, ce qui serait véritablement scandaleux, et peut-être pire.

Enfin, il y a un volet de cette politique sanitaire que nous appelons de nos vœux qui concerne aussi plus spécifiquement les personnels. Nous songeons bien entendu d’abord à l’état, déplorable là encore, dans lequel se trouve la médecine de prévention ainsi qu’aux diverses formes de souffrance au travail qui résultent de l’application de réformes ineptes et destructrices du métier. Mais nous songeons également à la double peine que représente l’application d’un jour de carence pour les personnels en arrêt maladie, quand ces maladies sont souvent contractées sur le lieu de travail. En l’espèce, Action & Démocratie demande que soit étendu à toutes les maladies de type infectieux, c’est-à-dire susceptibles d’être contractées sur le lieu de travail, le régime mis en place pour l’affection au Covid19 qui fait de celle-ci une maladie professionnelle. Nous joignons d’ailleurs à cette déclaration la lettre ouverte que nous vous avons écrite avant le confinement, Monsieur le ministre, et qui avait déjà recueilli en très peu de jours plus de 35 000 signatures.

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Hussards désarmés ou Eduscol contre les fake news

« Pour les valeurs de la République en avaaaaaaant ! » hurle une escouade de CRS armés jusqu’aux dents, dans une scène hilarante autant qu’unique en bande dessinée (La méthode Champion, aux éditions Fluide Glacial). Tant que le héros violentait les membres d’une association de « riro-thérapie », les autorités ne jugaient pas utile d’intervenir mais « la municipalité avait dû réagir lorsqu’il s’était attaqué au cours de macramé de la salle 106, que dirigeait l’épouse du député. La tolérance a ses limites ». Sur Eduscol, aussi !

Le bien connu portail d’informations et de ressources pour les personnels de l’Education Nationale vient de déclencher une mini-polémique avec deux publications consécutives intitulées « Ecouter la parole des élèves en retour de confinement Covid19 » et « Coronavirus et risque de replis communautaristes », publications destinées à conseiller les enseignants qui accueillent des élèves fraichement déconfinés. Morceau choisi :

« Des enfants peuvent tenir des propos manifestement inacceptables. La référence à l’autorité de l’Etat pour permettre la protection de chaque citoyen doit alors être évoquée, sans entrer en discussion polémique. Les parents seront alertés et reçus par l’enseignant, le cas échéant accompagné d’un collègue, et la situation rapportée aux autorités de l’école. »

Voilà qui appelle plusieurs remarques et avant tout celle-ci : Quels propos « inacceptables » nos élèves pourraient-ils tenir au sujet du coronavirus ?

L’on n’a certes pas oublié qu’au début de cette crise des abrutis avaient tagué de propos racistes quelques vitrines d’un quartier chinois de Paris … Hors sujet, il est question de « l’autorité de l’Etat pour permettre la protection de chaque citoyen », s’agirait-il alors de sanctionner chez les enfants des critiques sur la façon dont le gouvernement a géré la crise du Covid19 ? Cela paraît énorme mais le propos étant fort ambigu, beaucoup de professeurs et de simples citoyens l’ont compris ainsi. Les professeurs devraient-ils alors se préparer à convoquer les parents dont les bambins se permettent de moquer l’incapacité de la porte-parole du gouvernement à enfiler un masque ? « J’attends de pied ferme d’être convoqué, déclare un parent d’élève sur Twitter. Si un enseignant donnait une punition à mon fils pour ça, je peux vous assurer que le prof et son directeur ils la boufferont la punition». Nous voilà prévenus, c’est bon à savoir car la cantine n’a pas encore rouvert.

Il n’est bien sûr plus à démontrer que nos élèves dès le plus jeune âge sont sensibles à des discours hostiles au gouvernement en place tenus dans leur entourage ; en témoignent ces enseignants qui l’an dernier regardaient médusés leurs élèves « jouer aux gilets jaunes » dans la cour, avec slogans, chorégraphies et charge de CRS à la fin (authentique).

C’est donc en connaissance de cause qu’Eduscol appelle les enseignants à « identifier les changements de comportements des élèves, susceptibles d’être provoqués par des influences familiales ou extérieures », à « sensibiliser les élèves aux risques des discours dangereux qui prodiguent de faux remèdes et des conseils dangereux en lien avec le Covid19 » et enfin « développer l’esprit critique des élèves pour mieux lutter contre la désinformation, les fake news, les rumeurs et les théories complotistes ». Rien que ça. Les juvéniles adeptes de la chloroquine n’ont qu’à bien se tenir.

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