Reprise du 26 avril : les enseignants savent comment ils doivent agir !

Depuis quelques jours, les enseignants reçoivent de leurs recteurs et de leur ministre tel ou tel courriel de « pré-rentrée » en prévision de la reprise du 26. Leur ton aussi bien que leur teneur font évidemment écho à la façon dont on considère les professeurs en haut lieu, l’institution pratiquant alternativement l’euphémisme – quand il s’agit de couvrir ses propres insuffisances –  et le tacle vexatoire – quand il s’agit de désigner un responsable.

Ainsi, M. Blanquer nous écrit, le 23 avril, qu’il sait « quelles difficultés ont été rencontrées sur le plan de l’enseignement à distance par nombre d’entre (nous) lors de la semaine qui a précédé les vacances de printemps ».  Lorsque les difficultés virent à la quasi-impossibilité, le mot est faible et lisse la réalité, celle de l’impréparation récurrente de l’institution.

Cette impréparation, les propos ministériels ne peuvent la dissimuler, même lorsqu’ils laissent entendre que ce ne sont pas les serveurs qui sont en cause mais la stratégie d’utilisation – et qu’« il faut parfois ressayer pour se connecter » (sic) ! Sans vergogne, ils vont jusqu’à expliquer aux professeurs et aux familles que, dans les créneaux 8h-12h30 et 13h30-17h, correspondant aux grilles horaires des emplois du temps de la plupart des élèves, l’autoroute de la pédagogie numérique s’engorge. Et d’ajouter doctement que, de 17h à 24 h et de 00 h à 8h, « (la) circulation (est) fluide » ! En conséquence, il nous est conseillé de privilégier ces plages horaires pour nous connecter. Prendre la route au bon moment, quelle belle recommandation du bison futé de l’école à la maison ! Et nous, simples enseignants de terrain, nous n’y aurions évidemment pas pensé. Quel mépris !

Mais nul n’est dupe. Ce ne sont pas les usages de ces outils par les enseignants – ni par les familles qui tentent valeureusement de suivre la scolarité de leurs enfants – qu’il faut incriminer, c’est la gabegie d’un système qui trouve tous les moyens pour se saborder lui-même.

Le ministre dit avoir « travaillé avec les collectivités locales en charge des ENT pour qu’elles demandent à leurs opérateurs des garanties de robustesse de leurs systèmes informatiques » : pourquoi cette démarche n’a-t-elle pas été mise en place bien en amont, puisqu’ il était évident depuis des mois que la crise sanitaire et son impact sur les enseignements durerait au moins jusqu’à l’été ?

Et s’agissant du sous-dimensionnement de l’outil mis à disposition par le CNED, on le passe sous silence en préférant nous annoncer d’un ton martial que « le niveau de protection a été considérablement augmenté afin de garantir sa sécurité face aux attaques ».

Il est en revanche plus commode de se répandre en « recommandations pédagogiques sur l’usage de ces outils numériques, sur l’organisation des enseignements à distance » qui nous « permettront d’anticiper l’organisation des travaux à distance avec (les) élèves ». Nous nous permettons de signaler au ministre et à certains recteurs soucieux de redondance que les enseignants, quant à eux, n’ont pas attendu le 23 avril pour anticiper : leur métier consiste justement à prendre la mesure des besoins des élèves, à explorer les outils disponibles et à les mettre en œuvre avec le professionnalisme réel qui est le leur.      

Puisque c’est nécessaire, Action & Démocratie le rappelle donc : enseigner a toujours été, est et restera un métier … alors que se tenir à la tête d’un ministère ou, parfois, d’un rectorat, n’est plus qu’une posture fantoche, quoique lucrative.

 

Je suis enseignant, peut-on m’imposer les cours en visioconférence ?

 

Rappelons que l’article L 912-1-1 du code de l’éducation dispose que « la liberté pédagogique de l’enseignant s’exerce dans le respect des programmes et des instructions du ministre chargé de l’éducation nationale et dans le cadre du projet d’école ou d’établissement avec le conseil et sous le contrôle des membres des corps d’inspection.

Le conseil pédagogique prévu à l’article L. 421-5 ne peut porter atteinte à cette liberté. »

Un seul document de référence nous permet de répondre à cette question :

NOR : MENE2110698C

Circulaire du 1-4-2021

MENJS – DGESCO

https://www.education.gouv.fr/bo/21/Hebdo14/MENE2110698C.htm 

D’après notre analyse de ce document, la réponse est : non, l’enseignant n’a pas pour obligation de dispenser ses cours en visioconférence. Il est tenu de mettre en place la « continuité pédagogique » mais reste libre de sa mise en œuvre conformément aux dispositions de l’art. L 912-1-1 du code de l’éducation

« Dans le second degré, afin d’assurer la tenue régulière de cours et une charge de travail adaptée à l’âge et au niveau des élèves, les chefs d’établissement veillent à la bonne coordination des cours dispensés par les professeurs et des travaux à la maison. »

→ Les CDE veillent à la bonne mise en œuvre de la continuité pédagogique mais n’en décident pas les modalités.

« Les professeurs principaux pourront être particulièrement mobilisés pour coordonner les cours et la répartition de la charge de travail dans la semaine. »

→ « pourront » et non « devront ».

« Les professeurs qui ne l’ont pas encore fait sont invités à se créer un compte sur le site Ma classe à la maison du Cned, afin de disposer d’un outil de classe virtuelle gratuit avec leurs élèves (https://eduscol.education.fr/2671/conduire-ma-classe-distance-avec-le-cned). Les cours et devoirs à la maison peuvent également être diffusés par tout moyen (messagerie, ENT, récupération auprès de l’école ou de l’établissement, etc.). Le dispositif Devoirs à la maison, lorsqu’il a été mis en place, est également maintenu. »

→ Les professeurs « sont invités », et non « sont tenus ». La demande institutionnelle est une poursuite des cours également « par tout moyen », la visioconférence est un moyen mais il n’est pas le seul.

Question-reponse-visioconférence.pdf

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