Enseigner, parce que c’est notre projet…!

 

 

 


Enseigner, parce que c’est notre projet…

 

Tous les quatre ans, qui frappe à la salle des maîtres ? Toc, toc … C’est le projet d’école !

Il faudra bientôt s’y recoller, eh oui. Comment ça c’est l’an prochain ? Raison de plus pour s’y mettre tout de suite, feignasses !

Alors les collègues, chez vous ça ressemble à quoi un projet d’école ? Dans la plupart des écoles, on trouve en général les trois axes suivants :

Axe1 : Aider les enfants en difficulté/ Axe2 : Vivre ensemble / Axe3 : Développer la sensibilité artistique.

Des objectifs prioritaires, cela va sans dire.

Axe 1 : parce qu’il est connu que dans la plupart des écoles, les élèves en difficulté végètent à côté du radiateur depuis les années 70 ;

Axe 2 : parce que si Kevin s’est fait encore réprimander, ce n’est pas pour avoir saccagé les toilettes mais parce que son instit’ discrimine les prénoms américains ;

Axe 3 : enfin parce que les parents d’élèves exigent qu’on abandonne le collier de nouilles pour la fête des mères.

Quelle pédagogie de projet ?

Blague à part, des équipes soudées autour d’un projet efficace, ça existe ? Oui, et nous parlons de collègues qui ont patiemment élaboré en équipe des projets concrets et ambitieux, sans attendre qu’on leur impose de le faire ; ceux-là généralement n’en font pas étalage. Oui, des collègues ont su rendre à ce mot de projet sa noblesse, les en a-t-on remerciés ? Osons une idée folle : pourquoi ne pas rendre le projet d’école facultatif et aider réellement les équipes qui, elles, s’engagent de leur plein gré ? Ce serait une marque …de confiance !

Encore faudrait-il que dans l’esprit de nos supérieurs, « projet » rime vraiment avec « efficacité ». La lecture du Projet Académique de l’Académie Orléans-Tours – oui ça existe – suffit à persuader du contraire : devant ce chef d’œuvre de vide et de non-pensée, il faut du courage pour dépasser l’introduction sur papier glacé de Mme la Rectrice « Ensemble pour bâtir l’avenir dans la confiance », prélude gnan-gnan à un blabla inepte autant qu’indigeste. Ça brasse tant de vent qu’on croirait un champ d’éoliennes pompant l’énergie qu’il est censé produire.
 
Donner l’illusion de l’action.

Le drame est donc qu’On n’attend pas de nos projets qu’ils aient la moindre efficacité, que l’on parle de projets collectifs comme de projets individuels pour les enfants en difficultés (Projet Personnalisé de Réussite Educative). La plupart des collègues avouent, sous le manteau, n’en faire que lorsqu’ils sont susceptibles d’être inspectés, ou au pire faire des copier-coller des années précédentes, et tant pis si Evan cuvée 2019 n’avait pas exactement le même profil que Mattéo cuvée 2017. Comme pour le projet d’école, les collègues se mettent rarement de bonne volonté à gratter du papier en pure perte. C’est pourtant hyper innovant d’ « apporter une aide individuelle », « adapter la quantité de travail », voire carrément « reformuler les consignes » ; il va de soi que sans l’écrire dans les bonnes cases, on n’aurait jamais pensé à le faire.

Bavardage partout, efficacité nulle part.

Cerise sur le gâteau, pour élaborer des projets, il faut se… réunir ! La réunionite aigue, c’est le cancer de notre profession. « On en fait même pour planifier les prochaines réunions » plaisantent les Fatals Picards. Si le temps effectif passé devant les élèves s’est amoindri depuis 40 ans, le temps passé en réunion en revanche a joyeusement explosé… car le « team management », c’est l’avenir, coco. L’essentiel est de se réunir, le contenu suivra … ; on échangera sur nos façons d’évaluer les élèves : vous êtes plutôt petites croix ou petites boules ? quoi ? qui a dit « notes » ? arrrgll ! ; on devisera sur la nécessaire harmonisation de nos pratiques et naturellement sur les programmes qui ont encore changé.

Si la pédagogie de projets, telle qu’imposée par notre hiérarchie, a si mauvaise réputation dans les salles des maîtres, c’est parce qu’elle est devenue un dogme, qu’elle est imposée et rarement consentie. De plus, nous savons tous que la charge de travail qui en découle sera aussi considérable que largement bénévole.

L’incroyable persévérance de nos supérieurs à nous détourner de notre mission fondamentale n’a d’égale que la résistance des enseignants pour qui seuls comptent les progrès des apprenants élèves et qui projettent encore, malgré tout, d’enseigner !

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