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Carrière des enseignants : des évolutions reportées à 2026

AD / ACTUS /septembre 2025

Nous avions salué (voir ci-dessous) les avancées prévues par le projet de décret modifiant déroulement de carrière des enseignants : réduction de la durée de certains échelons, progression plus fluide pour tous, réorganisation des rendez-vous de carrière, augmentation progressive des promotions à la hors-classe.

Ces mesures devaient entrer en vigueur dès la rentrée 2025. Leur application est désormais reportée à 2026, au mieux puisque le décret n’est toujours pas publié. Ce report prive donc les enseignants d’améliorations pourtant attendues depuis longtemps, à un moment où la crise d’attractivité du métier bat son plein qui plus est. Dans un contexte d’inflation et de stagnation salariale frappant toute la fonction publique, il est ressenti à juste titre par les enseignants comme une nouvelle marque de mépris.

Rappelons que si ces mesures allaient dans le bon sens, elles restaient cependant limitées et insuffisantes à nos yeux : aucune revalorisation de fin de carrière, pas de nouvel échelon sommital, modalités d’évaluation inadaptées et maintien d’un rendez-vous de carrière inutile en fin de parcours. Action & Démocratie demande un déroulement de carrière plus équitable, la suppression du troisième rendez-vous de carrière et une véritable revalorisation des « fins de carrière » qui ne doivent pas rester les éternels oubliés.

Pour aller plus loin :

Initialement attendue pour une application au 1er septembre 2025, la publication du projet de décret modifiant le déroulement de carrière des enseignants est finalement repoussée pour une entrée en vigueur à la rentrée 2026 au plus tôt. Réduction de la durée de certains échelons, relèvement progressif des taux de promotion à la Hors Classe, et réorganisation des rendez-vous de carrière en sont les principaux axes. Ces mesures visent une progression plus rapide pour tous, sans exclure les bénéficiaires des anciens rythmes accélérés. Si ces changements sont globalement positifs, Action & Démocratie/ CFE-CGC alerte sur plusieurs écueils persistants : reclassements sans report d’ancienneté, évaluation figée ne tenant pas compte de l’évolution professionnelle, et rendez-vous de carrière inutile en fin de parcours. Nous réclamons la suppression de ce dernier, la création d’un nouvel échelon sommital à la Hors Classe, ainsi qu’une revalorisation significative des fins de carrière.

AD / ACTUS /06 juin 2025/MAJ 27 juin 2025

 La carrière, voilà un sujet qui intéresse tout le monde. Dans la fonction publique, elle commence  par un stage d’une durée bien plus longue que la période d’essai existant dans le secteur privé. Puis  elle se déroule par un avancement d’échelons à un rythme prédéterminé et, éventuellement par  changement de grade et par promotion interne. 

Au  sein  de  l’Education  nationale,  elle  a  longtemps  été  marquée  par  une  particularité.  L’existence, non pas d’un rythme d’avancement d’échelons, mais de trois rythmes : le grand choix,  qui permettait à 20 % des agents d’atteindre l’échelon sommital de la classe normale en 20 ans ; le  choix qui permettait à 5/7ème des agents restants d’atteindre cet échelon sommital en 25,5 ans ; et  l’ancienneté  qui  permettait  aux  20  %  d’agents  n’ayant  bénéficié  d’aucun  des  deux  rythmes  précédant d’atteindre ce même échelon sommital, le 11ème de la pyramide, en 30 ans.  

Une carrière effectuée au grand choix était donc nettement plus avantageuse qu’une carrière ayant  suivi l’un des autres rythmes d’avancement. En termes de rémunération bien sûr, puisque le passage  plus  rapide  à  l’échelon  supérieur  avait  pour  conséquence  une  augmentation  plus  rapide  du  traitement. Mais aussi en termes de perspective d’avancement puisque l’arrivée rapide à la fin de la  classe normale laissait plus de possibilités d’accéder au grade supérieur, la Hors Classe. 

Ce système propre à l’Education nationale était présenté comme ayant pour avantages de permettre  une progression salariale pour tous les agents et une valorisation de l’investissement professionnel.  On ne parlait pas alors encore de mérite. 

Mais, dans la réalité, il n’était pas exempt d’inconvénients : pour bénéficier de l’avancement au  grand  choix,  il  fallait  que  la  note  pédagogique  augmente  rapidement,  ce  qui  supposait  des  inspections fréquentes qui n’étaient possibles que pour les professeurs exerçant dans une zone  géographique facile d’accès pour les inspecteurs ; un début de carrière au grand choix n’était que  rarement synonyme d’un déroulement de toute la carrière à ce rythme ; l’accès à la Hors Classe  n’était garanti pour personne. 

Les inconvénients l’emportant sur les avantages, ce déroulement de la carrière a été revu en  profondeur en 2017 avec l’entrée en vigueur du PPCR, la 3ème initiale de cet acronyme signifiant  « carrière ». Désormais celle-ci se déroulait avec un cadencement unique : fini donc le grand choix,  le choix et l’ancienneté qui étaient remplacés par un rythme identique pour tous permettant  d’atteindre l’échelon sommital de la classe normale en 26 ans. Un progrès pour les 20 % avançant  jusqu’alors à l’ancienneté, mais un recul sensible pour les 30 % qui progressaient au grand choix. 

Comme toutes les règles, cette nouvelle règle connaissait des exceptions : la durée du passage  au 6ème échelon pouvait être réduite d’une année pour 30 % des professeurs, tout comme celle du  passage au 8ème échelon, ce qui permettait aux bénéficiaires de ce rythme accéléré d’échelon  d’atteindre le 11ème échelon en 24 ou en 25 ans selon qu’ils avaient bénéficié d’un avancement  accéléré ou de deux. L’accès à la Hors Classe, devenu un droit pour tous ceux ayant déroulé une  carrière complète au sein de l’Education nationale, se faisait entre la 2ème année du 9ème échelon et  la 3ème année du 11ème échelon. 

Il fallait donc sélectionner ceux qui avanceraient plus vite au sein de la classe normale et ceux qui  accèderaient plus tôt à la Hors Classe. C’était l’objectif des trois rendez-vous de carrière,  positionnés à des moments communs pour tous, qui se substituaient aux inspections dont la  fréquence était jusqu’alors très variable.   

Ce nouveau déroulement de la carrière, qui mettait fin aux « inspections surprise » et qui gommait  les inégalités territoriales, était globalement une amélioration par rapport à l’existant. Mais là  encore, il n’était pas sans inconvénient, le principal étant la faiblesse de la rémunération pour les  entrants dans le métier. 

Pour y remédier, une prime d’attractivité – dite prime Grenelle – a été créée en 2021 pour les  échelons 2 à 7. Elle a ensuite été renforcée en 2023 et étendue à l’ensemble des échelons 1 à 9. De  quoi  permettre  une  revalorisation  salariale  sensible  pour  les  « débuts  de  carrière »  dont  les  traitements se sont alors rapprochés de ceux des « milieux de carrière ». 

Une situation guère tenable qui a conduit au mois d’avril à la tenue de deux groupes de travail sur  « l’amélioration du déroulement de la carrière des enseignants ». Avec à leur issue un projet de  décret dont la publication, attendue en juillet, se fait attendre, si bien que les mesures n’entreront en vigueur, dans le meilleur des cas, qu’en septembre 2026.

Ce projet contient essentiellement quatre mesures :  

  1. la réduction de 6 mois de la durée pour les échelons 5, 6, 7 et d’un an pour l’échelon 8. 
  2. la fin des deux avancements accélérés d’échelon dont bénéficiaient 30 % des professeurs. 
  3. un passage progressif du taux de promotion à la hors classe de 23 % à 29 %   
  4. un nouveau positionnement des trois rendez-vous de carrière.   

La durée de la classe normale sera donc à compter du 1er septembre 2026 de 23,5 ans. Elle sera  ainsi inférieure à la durée de l’ancien avancement au choix et elle ne lèsera personne puisqu’elle  profitera aussi à ceux qui bénéficiaient du double avancement accéléré d’échelon. Ce déroulement  plus rapide de la classe normale permettra d’arriver plus vite dans la plage d’appel pour la Hors  Classe, qui sera plus facile d’accès avec la hausse à venir des taux de promotion. 

Les rendez-vous de carrière auront désormais lieu après 4 ans d’exercice du métier, dans la 1ère  année du 9ème échelon de la classe normale et pendant la dernière année du 4ème échelon de la Hors  Classe. Le premier rendez vous de carrière sera sans effet sur l’avancement, contrairement aux deux  autres qui permettront une promotion plus rapide à la Hors Classe et à la Classe Exceptionnelle.   

Ces modifications à venir de la carrière sont donc plutôt bienvenues.  

Mais, elles posent aussi des problèmes : le reclassement au 1er septembre pour ceux qui  bénéficieront de la réduction de la durée des échelons 5 à 8 se fera sans report d’ancienneté, ce qui  lèsera ceux qui étaient dans les derniers mois de ces échelons ; l’avis formulé à l’issue du 2ème et du  3ème rendez-vous de carrière sera pérenne, ce qui ne permettra pas de prendre en compte les efforts  fournis postérieurement ; le dernier rendez-vous de carrière concernera des professeurs chevronnés  ayant au bas mot 30 ans d’exercice d’un métier dont la maîtrise ne fait assurément aucun doute. 

Action & Démocratie demande donc la suppression de ce dernier rendez-vous de carrière, qui  ne sera qu’une farce tant que l’accès à la Classe Exceptionnelle se fera sans barème et restera ainsi  le fait du Prince. Nous demandons aussi la création d’un nouvel échelon sommital pour la Hors  Classe, afin de tenir compte de l’allongement de la carrière entraîné par la réforme des retraites.  Nous demandons enfin que des moyens financiers conséquents soient affectés à la revalorisation  des « fins de carrière » qui ne doivent pas rester les éternels oubliés.        

Actus

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