AD/CFE-CGC, pour reconstruire l'école et défendre tous ceux qui la font vivre

Élever le niveau du débat : le pari d’un syndicalisme lucide et exigeant

AD / ACTUS /septembre 2025
Face aux reculs sociaux de ces dernières décennies, comment réagir efficacement ? Dans cet entretien à Silomag, François Hommeril, président de la Confédération française de l’encadrement – Confédération générale des cadres (CFE-CGC) dont Action & Démocratie fait partie, réaffirme la nécessité de l’indépendance des syndicats vis-à-vis des partis politiques. Il dénonce la déconnexion ainsi que l’incompétence des responsables politiques et des élites économiques, et il invite à élever le niveau des débats pour défendre les conquis sociaux du programme du Conseil National de la Résistance. En faisant le pari de l’intelligence, Action & Démocratie décline cette exigence dans le champ de l’éducation nationale.

Pour se faire entendre, encore faut-il avoir des choses à dire !

Faire le pari de l’intelligence, c’est miser sur la profondeur de la réflexion et le renouvellement des idées pour réinventer le combat syndical, plus que jamais essentiel, et se saisir à nouveau du projet d’une école ambitieuse, digne des prochaines générations et respectueuse de ses professeurs comme de chacun de ses acteurs !

Il faut pour cela délivrer le débat sur l’école des postures politiciennes et des slogans creux, qui trop souvent brouillent les enjeux et empêchent d’affronter la réalité ainsi que, par conséquent, la transformer. Reconstruire l’école, c’est d’abord trouver le chemin et les solutions qui, à partir du vécu des personnels, de leurs difficultés comme de leurs réussites, puisse restaurer les principes et rétablir les repères qui ont été imprudemment, au nom du progrès, réduits à de simples reliques. Il ne s’agit ni de pleurer un âge d’or, ni de se lancer tête baissée dans un réformisme aveugle animé par la seule démagogie (« la réussite de tous ») ; il ne s’agit ni de dramatiser la situation, ni de pratiquer l’omerta sur l’état déplorable de l’institution, la réalité de la souffrance au travail comme celle de la désinstruction. Il s’agit plutôt de faire preuve de lucidité et de pragmatisme pour proposer des vraies solutions, crédibles et durables.

C’est le sens des propos de François Hommeril, président de la CFE-CGC, lorsqu’il affirme que « les syndicats doivent prendre en charge la dimension politique de leurs discours » et qu’« il y a une aspiration énorme à élever le niveau du débat ». Assumer pleinement cette responsabilité, c’est refuser les simplifications et, pour ce qui nous concerne, élaborer un projet qui, en remettant l’éducation nationale sur ses pieds, permette de se montrer digne des générations à venir et de ce que nous leur devons.

Cette exigence, qui fonde l’action d’Action & Démocratie, est également au centre des propos de François Hommeril, dont l’entretien ci-dessous exprime avec force la conception du rôle et de l’utilité des syndicats que nous portons, en tant que syndicat de la CFE-CGC.

Extrait de l’interview de François Hommeril, président de la CFE-CGC, « Les syndicats doivent prendre en charge la dimension politique de leurs discours » (Silomag n°19, juillet 2025).

Quels axes vous semblent prioritaires à développer pour un rapport syndicalisme/politique efficace ?

La difficulté du moment est de réagir efficacement à la régression sociale menée depuis les années 1980/90. Le résultat de cette politique est une économie qui se dégrade, des gens qui sont malheureux, beaucoup d’indicateurs qui s’effondrent, et aucune leçon n’est tirée. Face à cette situation, le parti pris de la CFE-CGC est d’élever le niveau du débat. On fait le constat que la revendication en tant que telle est insuffisante à faire prospérer notre cause. On du mal à mobiliser les foules, même si le dernier mouvement social contre la réforme des retraites a été historique et nous sommes très fiers, les militants de mon organisation et moi-même, d’y avoir participé. Je pense qu’on a posé un jalon à ce moment-là.
 
Pour répondre ensemble aux politiques de régression sociale, il faut considérer que les Françaises et les Français – y compris les plus jeunes d’entre eux – sont intelligents, cultivés, exigeant, attentifs et tout à fait en mesure de comprendre les enjeux sociaux et économiques. Les politiques veulent les présenter comme une belle bande de débiles, qui sont convoqués à s’exprimer uniquement un dimanche tous les deux ans par le vote. Nous pensons pourtant qu’il y a une aspiration énorme à élever le niveau du débat. En élevant ce niveau, nous pouvons emmener avec nous l’immense majorité de la population qui intuitivement est persuadée de la nécessité du développement social et de la défense du programme du Conseil National de la Résistance. Il faut se battre pour défendre et préserver ce programme dans un objectif social bien sûr, mais aussi dans des objectifs de concorde, de développement économique et d’attachement à un projet collectif.
Pour prendre l’exemple des retraites, le paramètre le plus important à prendre en compte n’est ni le coût ni le fonctionnement par répartition ou par capitalisation, car dans tous les cas ce sont les actifs qui dégagent de la valeur transmise aux non-actifs (même si notamment les jeunes retraités sont aussi extrêmement contributeurs). La question la plus importante est le temps que l’on va passer vivant et en bonne santé. C’est la manière la plus exacte de mesurer le progrès. De l’Antiquité jusqu’au premier régime de retraite des marins crée en 1673, personne ne prenait sa retraite. Beaucoup mourraient au travail. Puis est née l’idée devenue norme qu’après une vie de travail, il y a une retraite. Ce droit sera consacré dans un passage du programme du CNR que je trouve absolument magnifique : « ne plus craindre le fait de vieillir ou d’être malade ». Comme mon oncle, paysan dans la Manche, me le racontait « avant la Sécu, quand il fallait acheter des antibiotiques, on devait vendre une vache ». La retraite nous dit aussi quelque chose de ce que l’on peut se fixer comme objectif. De presque aucune année en bonne santé à la retraite, on est passé à sept ans dans les années 1950, puis huit, treize, quinze, vingt ans, etc. Mais un jour, quelqu’un a dit – on ne sait qui – : « ça suffit, le progrès doit s’arrêter là » et même « si on pouvait régresser un peu, ce serait bien ».
Pour maintenir la place qu’on a réussi à occuper dans le débat en 2023, nous, organisations syndicales, devons désigner l’ennemi, s’organiser, apprendre et être intelligents ensemble. Ce mouvement a été historique, car il nous a réinstallées à un endroit dont on nous avait expulsées. Maintenant, il faut continuer et élargir les frontières pour reprendre la main. Les syndicats doivent prendre en charge la dimension politique de leurs discours, tout en étant totalement indépendants de tous les partis. C’est pour moi le moyen le plus efficace pour lutter contre la régression de ce pouvoir économique qui veut petit à petit raboter ce qu’étaient les conquêtes collectives.

 

François Hommeril, «Les syndicats doivent prendre en charge la dimension politique de leurs discours», Silomag, n°19 juillet 2025.

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