AD/CFE-CGC, pour défendre l'école et tous ceux qui la font vivre

Dépenses d’éducation : des chiffres officiels trompeurs

AD / ACTUS /septembre 2025

Une note récente du Conseil d’analyse économique met en lumière un biais comptable qui fausse l’évaluation des dépenses publiques. Depuis 2006, les pensions de retraite des fonctionnaires de l’État sont financées via un compte d’affectation spéciale (CAS). Pour équilibrer ce compte, l’État s’impute à lui-même une « contribution employeur » extrêmement élevée, très au-delà de ce qui correspondrait à un véritable effort contributif. Cette construction purement comptable, sans effet sur le solde global des finances publiques, gonfle artificiellement le coût de l’emploi public et donc le niveau apparent des budgets ministériels.

Une dépense publique surestimée

Si l’on corrige ce biais, la dépense publique globale apparaît moindre qu’affiché : près de 29 milliards d’euros en moins en 2023, soit l’équivalent d’un point de PIB. Les domaines où la masse salariale est la plus importante sont logiquement les plus affectés : l’éducation (-0,5 point de PIB), la défense (-0,3 point) et la sécurité publique (-0,2 point) notamment. Pour l’éducation nationale, cela représente environ 16 à 17 milliards d’euros de dépenses « en trop » inscrites dans les comptes officiels, alors qu’elles ne correspondent à aucune dépense réelle supplémentaire pour l’école.

Des comparaisons internationales faussées

Ce retraitement modifie sensiblement la lecture des comparaisons internationales. Alors que la France est souvent présentée comme consacrant une part importante de sa richesse à l’éducation, la correction montre qu’il n’en est rien : nos dépenses représentent en réalité 4,6 % du PIB, légèrement en deçà de la moyenne européenne (4,7 %). Autrement dit, notre pays ne fait pas « plus » pour son école, contrairement à ce que les chiffres bruts laissent entendre : il fait au contraire un peu moins.

Pour un débat honnête sur les moyens de l’école

Cette clarification est décisive. Elle démontre que les discours répétés sur une France qui dépenserait « trop »  pour son éducation reposent sur des chiffres biaisés. Derrière l’apparente générosité des statistiques, les moyens réels alloués à l’école sont en retrait. Il est urgent de sortir de ces illusions comptables pour ouvrir un débat sincère et prendre en compte les besoins réels en matière d’éducation. Les personnels savent chaque jour, sur le terrain, ce que représentent réellement ces prétendues « dépenses élevées » : manque de postes, salaires trop bas, conditions de travail dégradées. A l’heure où l’on ne parle que de faire des économies pour diminuer les déficits publics, la publication de cette note est donc une bonne chose et nous donne l’occasion de répéter cette vérité évidente : la dépense d’éducation n’est pas une dépense de fonctionnement mais bien une dépense d’investissement. Et la vérité sur les chiffres conforte plus que jamais la nécessité d’investir réellement dans l’éducation et ceux qui la font vivre.

La note du Conseil d’analyse économique (CAE) :

Retraites des fonctionnaires d’État : pas de déficit caché mais un coût salarial surévalué, par Hélene PARIS, septembre 2025

A lire aussi

Actus

L’intelligence artificielle progresse dans l’Éducation nationale

Analyse Action & Démocratie demande le respect dans tous les domaines, donc aussi dans celui de l’éducation, de la loi adoptée par l’Union européenne sur l’intelligence artificielle. La protection des données et de la vie privée doit par conséquent être assurée, tout comme le droit à l’information sur l’utilisation des outils algorithmiques et sur leurs critères

Lire la suite »

Canicule : agir pour faire respecter et évoluer le droit

Alors que plusieurs départements sont placés en vigilance orange canicule et que les températures atteignent parfois 40 °C à l’ombre, de nombreux personnels travaillent dans des locaux où le thermomètre dépasse les 50 °C. Depuis 2025, l’administration est pourtant soumise à de nouvelles obligations réglementaires. Quels sont vos droits ? Que doit faire votre employeur ? Action & Démocratie fait le point et lance un recensement national des situations les plus préoccupantes.

Lire la suite »

Insécurité dans les établissements scolaires : une revue de presse

Selon le ministère de l’éducation nationale, entre le 26 mars et le 23 mai, 6000 contrôles ont entraîné la saisie de 186 couteaux, et 587 conseils de discipline ont eu lieu au total pour détention de couteaux. Voici une recension non exhaustive d’agressions récentes contre des enseignants durant l’année scolaire 2024-2025. Et ce ne sont là que la vingtaine de faits de violence grave dont la presse s’est faite l’écho, c’est-à-dire une goutte d’eau en comparaison de la réalité…

Lire la suite »

Baisse de l’indemnisation des arrêts maladie : Action & Démocratie poursuit son recours contre les décrets de février 2025

Le 28 juillet, le Conseil d’État a refusé de transmettre notre QPC sur la baisse de 10 % de l’indemnisation des arrêts maladie. Action & Démocratie poursuit son combat contre une réforme injuste qui rompt l’égalité, fragilise la santé des agents et pénalise les femmes enceintes. Notre recours au fond pour défendre les personnels de l’Éducation nationale, qui sont parmi les moins absents et les plus exposés aux maladies, est toujours en cours.

Lire la suite »

Usage de l’IA dans l’éducation : la menace fantôme

Le projet de « cadre d’usage de l’intelligence artificielle en éducation » présenté par le ministère élude les enjeux fondamentaux liés à la formation de l’esprit et à la mission même de l’école. AD/CFE-CGC dénonce l’absence de réflexion éthique, le manque de précautions face aux risques pédagogiques et la banalisation d’outils susceptibles d’atrophier l’intelligence naturelle que l’école a pour mission de former. AD/CFE-CGC refuse donc de cautionner un cadre d’usage qui ne cadre rien et en appelle à une réflexion de fond à la hauteur des enjeux humains, pédagogiques et éthiques que soulève cette transformation.

Lire la suite »

Diffamations et accusations mensongères : la première cause de souffrance des personnels

Être accusé à tort : une épreuve qu’aucun professionnel de l’éducation ne devrait subir ni affronter sans soutien. Le dernier baromètre de l’ASL révèle une explosion des diffamations et accusations mensongères, désormais première cause de souffrance dans les établissements.
Action & Démocratie lance un appel à témoignages pour que la parole des personnels soit enfin entendue et que la protection fonctionnelle devienne une réalité pour tous.

Lire la suite »

Rentrée 2025 : contre la lassitude, l’engagement

Après une année 2024-2025 éprouvante, l’année 2025-2026 s’ouvre dans un climat de lassitude confirmé par les enquêtes de la DEPP et les témoignages des personnels. Manque de moyens, réformes incessantes, absence de reconnaissance : le malaise est profond. Face à cette situation, Action & Démocratie choisit l’avenir : faire le pari de l’intelligence, redonner confiance dans le syndicalisme et agir pour restaurer le sens et la dignité de nos métiers.

Lire la suite »

10% en moins en cas d’arrêt maladie : AD/CFE-CGC se mobilise

Inscrite dans la loi de finance 2025, la baisse de 10% du traitement pendant les trois premiers mois de congé maladie ordinaire aura inévitablement pour effet, compte tenu de la faiblesse des traitements, de pousser les agents à effectuer leur service tout en étant malades et de ce fait contagieux pour leurs collègues aussi bien que leurs élèves : d’un simple point de vue sanitaire et organisationnel, une telle mesure est contre-productive autant pour le salarié que pour les élèves et l’institution. AD/CFE-CGC saisit le Conseil d’État pour la faire annuler.

Lire la suite »