Edito

Défendre et valoriser le métier de professeur agrégé

Qui pense encore aux agrégés ?

Si la situation matérielle de tous les professeurs s’est considérablement détériorée au cours des trente dernières années, que dire de celle des professeurs agrégés, délibérément écartés des rares mesures de « revalorisation » avec le consentement de la plupart des organisations syndicales représentatives estimant que ces derniers étaient des privilégiés ou que l’existence même d’un corps de professeurs agrégés n’avait pas lieu d’être. On en est même arrivé à une situation où il est parfois financièrement plus intéressant pour certains professeurs certifiés de rester dans leur corps plutôt que d’être « promus » dans celui des agrégés !

Action & Démocratie assume pleinement la défense des professeurs agrégés et de leur statut. Contrairement à certains, nous ne considérons pas que le déclassement des professeurs agrégés soit de nature à améliorer un tant soit peu la condition des autres professeurs (certifiés, PLP, PE) ni que leur assimilation à un corps unique de professeur de lycée accessible autant par le CAPES que par l’agrégation, comme l’envisage actuellement le ministère, soit une bonne chose pour l’éducation nationale.

Au contraire, à l’heure où, après tant d’années d’errement, il est devenu évident pour tous que remettre l’instruction et la transmission des connaissances au cœur du fonctionnement l’éducation nationale était devenu urgent, pour ne pas dire vital, disposer d’un corps de professeurs dans le second degré possédant des compétences disciplinaires de nature universitaire est une chance dont il faut prendre conscience et une ressource qu’il est temps d’employer à bon escient.

L’agrégation, un concours qui doit le rester

La défense du métier de professeur agrégé commence par la défense du concours de l’agrégation, cette dernière n’étant pas un titre honorifique mais bel et bien un concours de recrutement de professeur d’un certain niveau. Le concours de l’agrégation doit rester la seule voie permettant d’obtenir le titre de professeur agrégé. S’il est parfaitement légitime que des enseignants certifiés puissent obtenir par voie administrative une promotion de corps portant reconnaissance de leur excellence professionnelle, et s’il est logique que cette reconnaissance se traduise par l’octroi d’un statut comparable à celui des professeurs agrégés en terme d’obligations de service par exemple, il n’en reste pas moins que le titre d’agrégé ne peut valablement être conféré qu’à ceux qui se sont présentés à l’agrégation et l’ont obtenue à l’issue d’épreuves anonymes exigeantes plaçant tous les candidats à égalité. Action & Démocratie réclame donc l’abrogation du second alinéa de l’article 5 du décret n°72-580 du 4 juillet 1972 relatif au statut particulier des professeurs agrégés de l’enseignement du second degré qui instaure un recrutement via une liste d’aptitude en tout point contraire au principe républicain du concours anonyme. Parallèlement, Action & Démocratie demande la création d’un statut spécifique pour les professeurs dont le mérite, les titres universitaires et l’expertise disciplinaire doivent être reconnus et valorisés. A cette condition, et à condition également que l’inscription sur une liste d’aptitude s’effectue de façon transparente et selon des critères objectifs et explicites, il est possible et très souhaitable de créer un corps particulier permettant aussi bien aux certifiés qu’aux PLP d’obtenir une promotion de corps sans dévoyer le titre de professeur agrégé. Action & Démocratie demande le rétablissement de la catégorie des bi-admissibles dont la suppression n’a aucune justification.

Faciliter la préparation de l’agrégation

En cohérence avec le principe selon lequel le concours de l’agrégation est la seule voie d’accès possible au corps des professeurs agrégés, il faut faciliter la préparation de celui-ci pour les agents en exercice, qu’il s’agisse de l’agrégation externe ou de l’agrégation interne, car la préparation de l’agrégation participe au plus haut point à l’effort de formation et de perfectionnement individuel qu’il faut encourager et récompenser. Or les agents en exercice ne disposent actuellement que du congé de formation pour pouvoir préparer dans de bonnes conditions le concours de l’agrégation. Outre l’incidence financière (être privé de 15% du traitement brut, compte tenu de l’insuffisance notoire des traitements, peut être dissuasif pour beaucoup), ce congé n’est pas véritablement un droit puisqu’il n’est pas de droit, et n’est accordé que dans la limite des crédits disponibles fixés par l’article 27 du décret n°2007-1470 du 15 octobre 2007 (soit 0,20 % du montant des crédits affectés aux traitements bruts et aux indemnités inscrits au budget du ministère ou de l’établissement public considéré). C’est pourquoi Action & Démocratie réclame d’une part que le congé de formation pour présenter l’agrégation n’entraîne aucune diminution du traitement, d’autre part que les crédits affectés à ce congé soient immédiatement portés à 1% de la masse salariale et atteignent 2% à moyen terme (cf. nos revendications concernant la formation continue), et d’autre part enfin que tout professeur préparant le concours de l’agrégation (interne ou externe) puisse opter entre le bénéfice d’un congé de formation ou celui d’une décharge de service de 2 à 4 heures d’enseignement renouvelable une fois. Compte tenu du coût déjà élevé, et exorbitant au regard de son efficacité, de la formation des professeurs (le PLF 2024 y consacre près de 800 millions pour un résultat des plus discutables), le fléchage d’une partie de ce budget pour inciter les collègues certifiés à préparer l’agrégation ne peut que contribuer à l’utilité et à l’efficacité de cette dépense, quitte à l’augmenter légèrement ce faisant.

La spécificité du professeur agrégé

Par son mode de recrutement, le professeur agrégé est avant tout un expert dans sa spécialité, à la fois très savant dans une discipline dont il maîtrise les aspects les plus ardus, et pourtant capable de la mettre à portée d’un large public qu’il a vocation d’instruire, car telles sont les deux compétences que valide l’agrégation. Cette expertise lui confère une autorité intellectuelle que sa hiérarchie de proximité ne possède pas forcément et qui est pourtant le seul et véritable fondement de son autorité morale dans la classe. Cela exclut qu’on mette sous tutelle d’une manière ou d’une autre le professeur agrégé, comme tout professeur d’ailleurs car, comme l’écrit le philosophe Kant dans sa réponse à la question Qu’est-ce que les Lumières ?, « mettre sous tutelle les tuteurs du peuple en matière intellectuelle est une absurdité qui n’engendre que des absurdités ». Ce principe vaut donc pour tous les professeurs qui ne peuvent être jugés et évalués que par leurs pairs. Il est temps de le faire respecter pour les professeurs agrégés, qui eux aussi ne peuvent être jugés et évalués que par des pairs, tout comme ils ont été recrutés et faits agrégés par un jury de pairs. C’est pourquoi Action & Démocratie, qui est d’ailleurs totalement opposé au PPCR et aux modalités actuelles d’évaluation de tous les enseignants, exige pour les professeurs agrégés une évaluation par un inspecteur général de la discipline uniquement, et le retour à la distinction claire et saine entre l’évaluation purement administrative et l’évaluation proprement pédagogique.

L’expertise du professeur agrégé doit être non seulement respectée mais aussi utilisée. C’est pourquoi Action & Démocratie réclame, pour les professeurs agrégés, comme d’ailleurs pour tous les personnels enseignants dont l’usure professionnelle n’est actuellement pas prise en compte, que soit intégré à leurs obligations de service à partir de l’âge de 50 ans un temps d’accompagnement des professeurs débutants et de transmission d’expérience se traduisant par une diminution des heures d’enseignement dans ces mêmes obligations de service (cf. notre proposition sur la création d’un statut de professeur senior).

Il est enfin totalement inconcevable qu’un professeur ayant réussi l’agrégation ne soit pas immédiatement titularisé, et même qu’il puisse ne pas l’être après un an de stage alors que les conditions dans lesquelles se déroule ce dernier varient considérablement d’un établissement à un autre, pour le meilleur comme pour le pire. Rappelons d’ailleurs qu’avant 1989, les professeurs agrégés n’étaient pas stagiaires mais « en stage », et titularisés dès la réussite au concours. Action & Démocratie réclame le rétablissement de la titularisation immédiate non seulement pour les professeurs agrégés mais aussi pour les lauréats de tous les concours de recrutement d’enseignants ainsi que la suppression du statut de « professeur stagiaire » qui est en réalité une contradiction dans les termes. Parallèlement, et comme nous le proposons aussi pour tous les enseignants, nous défendons le principe du pré-recrutement impliquant une période d’immersion professionnelle rémunérée dans l’année ou les années qui précédent le concours, cela afin d’acquérir une première expérience professionnelle qui sera validée quoiqu’il arrive par la suite, et ainsi bénéficier de la formation pédagogique la plus adaptée et la plus efficace qui soit, celle de terrain, étant entendu qu’en matière de pédagogie, la formation d’un professeur est pour ainsi dire permanente, le métier s’apprenant au fil du temps et par la pratique (cf. notre position sur le recrutement et la formation des professeurs).

Respecter l’expertise du professeur agrégé, cela consiste enfin à lui faire faire ce pour quoi il a été recruté et non autre chose. Il va de soi qu’un professeur agrégé doit exercer ses missions, comme le prévoit son statut, « principalement en assurant un service d’enseignement […] dans les classes préparatoires aux grandes écoles, dans les classes de lycée, dans des établissements de formation et, exceptionnellement, dans les classes de collège. » Toute autre activité que l’enseignement doit rester secondaire dans son service et ne saurait en aucune façon lui être imposée, qu’il s’agisse d’accompagner des élèves en sortie ou de participer à des réunions à l’utilité douteuse. Action & Démocratie est régulièrement amené à le rappeler, y compris à des personnels d’inspection qui ont tendance à confondre la fonction du professeur avec le rôle d’un animateur. Action & Démocratie constate aussi que de nombreux professeurs agrégés, environ 11200, sont affectés actuellement en collège, et pour la majorité d’entre eux contre leur gré, tandis qu’environ 6000 professeurs certifiés exercent un service d’enseignement dans le supérieur sans y avoir vocation par leur titre ni leur statut, contrairement aux professeurs agrégés qui possèdent, quant à eux, un titre universitaire les y destinant. Action & Démocratie exige donc une application plus rigoureuse et conséquente du décret de 1972 et notamment de son article 4 qui dispose que les professeurs agrégés « peuvent également être affectés dans des établissements d’enseignement supérieur » et, s’agissant des affectations dans le second degré, nous demandons que les lignes directrices de gestion ministérielle concernant la mobilité imposent à toutes les académies l’application d’une bonification identique de 400 pts pour les professeurs agrégés demandant une affectation en lycée (en simple application du statut, l’affectation en collège devant rester l’exception et recueillir l’accord de l’intéressé). Action & Démocratie demande enfin que le service d’enseignement des professeurs agrégés y soit exclusivement composé des classes de Première et Terminale, toute dérogation à ce principe découlant du statut devant recevoir l’accord de l’intéressé.

Rémunérer les agrégés à leur juste valeur

Concernant la rémunération, Action & Démocratie ne fait pas du « dégel » du point d’indice l’alpha et l’oméga de ses revendications même si nous défendons évidemment, avec la fédération des services publics de la CFE-CGC dont nous faisons partie, l’indexation du point d’indice sur l’inflation, mesure qui concerne cependant toute la fonction publique et qui est loin de suffire à enrayer le déclassement des professeurs en général et des professeurs agrégés en particulier. Répétons-le, ces derniers ont été les grands perdants de toutes les mesures prises jusqu’à présent au titre de la « revalorisation », ce pour quoi Action & Démocratie réclame aussi et en priorité non pas une augmentation de la valeur du point d’indice (« dégel ») mais une augmentation du nombre de points d’indice en % et non de manière uniforme afin de respecter les écarts entre les différents IM (en effet, une augmentation uniforme du nombre de points d’indice, comme celle dérisoire de 5 points au 1er janvier 2024, n’entraîne pas une augmentation uniforme en % puisqu’aux indices plus élevés, elle est moindre qu’aux indices plus faibles).

C’est aussi la raison pour laquelle il faut répartir de manière plus équitable les augmentations qui n’ont concerné jusqu’à présent que les débuts de carrière, à l’instar de la prime d’attractivité, dite « prime Grenelle », dont la concentration sur les indices 1 à 6 essentiellement a pour effet pervers le ralentissement de la progression salariale (tout en conservant habilement la progression indiciaire puisqu’il s’agit d’une prime). Voilà pourquoi Action & Démocratie réclame une refonte de la grille indiciaire des professeurs agrégés pour la rapprocher de celle des catégories comparables tant au niveau du rythme d’avancement qu’à celui des indices, notamment terminaux, de chaque grade, tout professeur agrégé devant avoir accès à la hors échelle B dès la hors classe. Action & Démocratie réclame également, et comme pour tous les autres enseignants, le paiement des heures supplémentaires à leur juste prix (c’est-à-dire avec une majoration reposant sur un principe analogue, sinon identique, à celui qui régit la rémunération des heures supplémentaires dans le droit commun, où cette majoration va de 25% à 50%), ainsi que leur indexation sur le grade et l’échelon (contrairement au mode de calcul totalement arbitraire qui est actuellement en vigueur et aboutit, contre tout bon sens, toute logique et toute décence, à une minoration des heures supplémentaires dans la majorité des cas : cf. notre analyse sur l’arnaque des heures supplémentaires).

Sommaire

  • Accueil page agrégés
  • Edito
  • Le statut et les missions du professeur agrégé
  • La rémunération
  • La carrière
  • L’entrée dans le métier
  • La mobilité géographique
  • Le pacte enseignant
  • L’indemnité de résidence
  • L’indemnité de suivi et d’orientation
  • Les heures supplémentaires
  • Congés d’invalidité temporaire imputable au service et accidents de travail
  • Les temps partiels
  • Le congé de formation
  • Le congé de maladie
  • Le congé longue maladie
  • Le congé longue durée
  • La disponibilité
  • Les remplacements
  • Les aides sociales
  • Le télétravail
  • La prime d’équipement informatique
  • La disponibilité
  • Le détachement
  • La retraite progressive
  • La rupture conventionnelle
  • La retraite
  • La procédure disciplinaire
  • L’obligation de réserve