AD/CFE-CGC, pour reconstruire l'école et défendre tous ceux qui la font vivre

Groupes de besoin au collège : où en est-on exactement ?

Action & Démocratie / CFE-CGC ne soutient pas les groupes de besoin, mais défend la liberté laissée aux établissements de les organiser lorsqu’ils l’estiment nécessaire.
Présentés dans la presse comme rendant ces dispositifs « facultatifs », les textes examinés le 17 décembre 2025 en commission spécialisée du Conseil supérieur de l’éducation méritent une lecture plus rigoureuse.
Notre organisation fait le point et alerte sur l’enjeu central : sans moyens réellement supplémentaires, cette liberté restera largement théorique

AD / Actus /05 janvier 2026

La commission spécialisée du Conseil supérieur de l’éducation s’est réunie le 17 décembre 2025 afin d’examiner, entre autres, les projets de décret et d’arrêté relatifs à l’organisation des enseignements au collège, avant leur présentation en séance plénière le 15 janvier 2026.

À la suite de la communication de ces projets à la presse par certaines organisations, plusieurs articles ont affirmé que les groupes de besoin deviendraient « facultatifs ». Cette affirmation n’est pas fausse, mais elle est réductrice. Les textes ne suppriment ni n’interdisent les groupes de besoin : ils mettent fin à leur caractère obligatoire et redonnent aux établissements une liberté d’organisation, sans rien imposer. Cela va dans le bon sens, mais…

Une liberté qui ne règle pas le problème de fond

Action & Démocratie / CFE-CGC a rappelé que si cette évolution constitue une amélioration du cadre réglementaire, elle ne saurait être confondue avec une solution aux difficultés scolaires et à l’extrême hétérogénéité qui sur le terrain, est le vrai sujet auquel sont confrontés les collègues. Certaines organisations syndicales continuent de réclamer la suppression pure et simple des groupes de besoin au nom d’arguments purement idéologiques et hors-sol, présentés comme égalitaires, en ne voyant dans ce dispositif qu’une stigmatisation des élèves les plus fragiles.

Nous considérons qu’il s’agit là d’un déni de la réalité. Les difficultés importantes de certains élèves à l’entrée au collège sont bien réelles et appellent des réponses structurelles. Les groupes de besoin constituent cependant une mauvaise réponse à un vrai problème, pour des raisons que nous avons déjà formulées : désorganisation, détérioration des services des collègues, complexification des emplois de temps, destruction du groupe classe (cf. communiqué du 13 mai 2024). Mais nier le problème ou s’en tenir à des postures idéologiques ne permettant pas d’y faire face n’est pas notre position. Action & Démocratie / CFE-CGC renvoie sur ce point à ses analyses et propositions, notamment la création d’un CM3 et des classes à effectifs réduits pour les élèves ayant des besoins identifiés.

Par ailleurs, nous avons souligné le caractère partiel de l’approche retenue par les textes qui limitent la possibilité d’organiser des groupes de besoin aux seuls enseignements de français et de mathématiques, alors que les difficultés scolaires observées à l’entrée au collège se manifestent dans toutes les disciplines. Au lieu de dire, comme le projet de décret présenté le 17 décembre, qu’ « à des fins pédagogiques, les enseignements communs de français et de mathématiques peuvent être organisés en groupes, sur tout ou partie de l’horaire », ne serait-il pas plus judicieux et efficaces de dire que cette organisation puisse être adoptée pour les enseignements communs de façon générale ? C’est la position que nous défendons.

Des moyens indispensables pour rendre les textes applicables

Autre point central : la question des moyens. L’article 2 du projet d’arrêté prévoit que des établissements peuvent se voir attribuer des moyens supplémentaires délégués [sic] par le recteur d’académie afin de mettre en place des mesures spécifiques d’accompagnement des élèves. Une telle formulation pose un problème majeur.

Ces moyens, qualifiés de « supplémentaires », ne constituent en rien une obligation. Ils sont laissés à l’appréciation du recteur, en fonction de contraintes budgétaires locales. Si celui-ci estime ne pas disposer des moyens nécessaires, la liberté d’organisation pourtant affichée par le décret devient alors purement théorique. Il existe donc ici une contradiction manifeste entre l’ouverture du cadre réglementaire et les conditions concrètes de mise en œuvre.

Action & Démocratie / CFE-CGC a donc demandé une nouvelle rédaction du texte afin que les moyens nécessaires à la mise en place de groupes de besoin, lorsqu’un établissement fait ce choix, soient obligatoires, réellement supplémentaires, fléchés et attribués automatiquement, sans avoir à déshabiller Paul pour habiller Pierre. À défaut, le dispositif restera largement inapplicable sur le terrain et se traduira, une fois encore, par une dégradation des conditions de travail dans les collèges.

Nous verrons le 15 janvier 2026 si nous avons été entendus…

Actus

Je suis Paty

L’Éducation nationale est une cible d’autant plus vulnérable qu’elle est en proie à une autodestruction mise en œuvre par ses services de contrôle disciplinaire des professeurs. Mickaëlle Paty a doublement raison dans son diagnostic des défaillances actuelles de l’école républicaine. Elle prête en général le flanc à l’entrisme idéologique en faisant bon accueil aux plaintes victimaires de minorités agissantes : c’est dorénavant le ressenti des élèves et parents d’élèves qui sert de pierre de touche pour juger la manière de servir d’un enseignant, et non plus la norme républicaine de la formation de l’esprit critique

Lire la suite »

Proposition de loi visant à protéger l’école de la République et les personnels qui y travaillent

Protection fonctionnelle accordée de plein droit, aggravation des peines pour faits de violence envers les personnels, inspection visuelle et fouille des effets personnels en cas de menace pour l’ordre et la sécurité : une proposition de loi qui ne fait qu’une partie du chemin pour protéger efficacement les personnels et qui néglige l’une des mesures indispensables que défend AD pour conforter leur autorité.

Lire la suite »

Calendrier de révision de la carte de l’éducation prioritaire

Les travaux de révision de la carte de l’éducation prioritaire ont été engagés. A la rentrée 2026, au plus tôt, certains établissements sont susceptibles de sortir du réseau d’éducation prioritaire ou d’y entrer, ce qui peut influer sur les demandes de mutation en novembre 2025. AD attire l’attention du ministère sur le maintien de l’avantage spécifique d’ancienneté dans tous les cas.

Lire la suite »

Fouilles de sacs « aléatoires » à l’entrée des établissements scolaires à partir du printemps

La ministre a annoncé pour le printemps des fouilles de sacs aléatoires aux abords de certains établissements, suite à plusieurs agressions à l’arme blanche depuis le début d’année. Cette annonce ne résout en rien le problème de la sécurité aux abords et au sein des établissements qui exige un état des lieux sincère et une politique ambitieuse plutôt que de la communication.

Lire la suite »

L’intelligence artificielle progresse dans l’Éducation nationale

Analyse Action & Démocratie demande le respect dans tous les domaines, donc aussi dans celui de l’éducation, de la loi adoptée par l’Union européenne sur l’intelligence artificielle. La protection des données et de la vie privée doit par conséquent être assurée, tout comme le droit à l’information sur l’utilisation des outils algorithmiques et sur leurs critères

Lire la suite »