AD/CFE-CGC, un syndicat pour reconstruire l'école et défendre tous ceux qui la font vivre

Rentrée de l'école inclusive : le pire est-il devant nous ?

AD / ACTUS /13 septembre 2023

Noah, 8 ans est atteint de troubles autistiques. Sa famille a attendu en vain pendant quatre ans une place en classe ULIS, dispositif d’inclusion le mieux adapté à son profil. Finalement, la MDPH de son département l’oriente vers un Institut Médico-Educatif, dans lequel Noah… n’ira pas non plus, faute de place. Bref c’est dans une classe de CE1 en milieu ordinaire que Noah fera sa rentrée. « Nous sommes frustrés, parce qu’il est jeune et c’est à cet âge qu’il peut apprendre », déplore auprès de l’Agence France-Presse sa mère, Julie, 41 ans. « Nous avons fait plein de démarches, on nous fait attendre et à chaque fois c’est la déception. »

Des témoignages comme celui-ci, cité dans le journal Le Monde, l’UNAPEI  (Union nationale des associations de parents d’enfants inadaptés) en recueille des centaines chaque mois. Son président Luc Gateau, déplorait le 29 aout dernier dans un communiqué que « Malheureusement, trop d’enfants en situation de handicap seront encore privés de rentrée et leurs droits à l’éducation sont bafoués ». L’UNAPEI déplore en outre que les enfants handicapés scolarisés se retrouvent parfois dans une classe « non adaptée » à leurs besoins, autrement dit dans une classe « ordinaire » sans aménagement particulier.

Critiqué de toute part pour sa gestion de l’école inclusive (par ses promoteurs comme par ses détracteurs), le gouvernement dégaine généralement le même argument : l’augmentation continue du nombre de postes d’accompagnants AESH, leur effectif ayant en effet été multiplié par cinq en sept ans pour atteindre près de 124 000 personnes en 2022. Bel effort en apparence, qui masque pourtant le fait que, neuf ans après la création de ce métier, les AESH ne bénéficient toujours d’aucun statut de la fonction publique et demeurent des travailleurs précaires.

Mais au-delà du « nombre » mis en avant par le gouvernement, c’est la philosophie de l’école inclusive qui interroge tant il est difficile de savoir précisément où l’on va. La mise en place des PIAL ou la sous-dotation récurrente des ULIS, des SEGPA et des établissements médico-éducatifs interrogent : simples économies budgétaires ou refus de financer un fonctionnement voué à disparaître ?

Le dispositif ULIS est plébiscité par nombre de familles et d’enseignants, à raison : il est adapté à différents profils d’enfants en situation de handicap, son effectif de classe est limité à douze, il permet la continuité école-collège, il est également souple puisque permettant une inclusion partielle dans différentes classes. Pourtant les ULIS n’ont pas bonne presse, pas plus que les établissements médico-éducatifs (IME, ITEP etc.) attaqués par divers groupes de pression et associations qui ne jurent que par l’inclusion en milieu ordinaire de tous les enfants sans exception aucune, afin de lutter contre une prétendue « ségrégation ».

En novembre 2022, l’ex-ministre Pap Ndiaye avait suscité les foudres des plus extrémistes en affirmant que « l’école inclusive, c’est une démarche extrêmement positive dont nous devons être fiers (…) mais, dans le même temps, il faut aussi reconnaître que tous les enfants ne peuvent pas être en milieu ordinaire ».

Malgré ces quelques paroles de bon sens, la Conférence nationale du handicap, qui s’est tenue en avril dernier, a débouché sur un projet pilote de déploiement d’une centaine d’instituts médico-éducatifs au sein d’écoles. Traduisons : on teste le démantèlement des établissements médico-éducatifs et le « recyclage » de leur personnel (enseignants spécialisés et éducateurs) en petites équipes mobiles. Et les enfants jusqu’ici accueillis dans ces structures ? Que les profs de milieu ordinaire s’en débrouillent avec quelques conseils glanés par-ci par-là auprès des équipes spécialisées en sous-effectifs et donc débordées.

Si les enseignants dans leur majorité ont toujours été favorables à une inclusion raisonnée des élèves à besoins particuliers, ils sont de plus en plus nombreux à dénoncer les conséquences des choix idéologiques et comptables du gouvernement, en premier lieu la dégradation des conditions de travail et du climat scolaire.

« L’acte II » de l’école inclusive nous fait craindre le pire : une fuite en avant d’un système qui ne fonctionnait déjà pas, précipitant l’effondrement du système éducatif français, sous un tonnerre d’applaudissements de belles âmes et de comptables de Bercy. Les enfants – porteurs de handicap ou non –  et les personnels paieront un prix démesuré pour satisfaire la bonne conscience de quelques-uns et participer à leur insu à la réduction des coûts. A moins qu’enfin le monde enseignant et leurs représentants se fassent entendre pour stopper cette folie.

Action & Démocratie exige que les personnels de l’Éducation nationale soient entendus et écoutés. L’école inclusive ne doit plus être synonyme, dans les établissements, de souffrance et de maltraitance.

  • Maintien des établissements médico-sociaux avec augmentation de leurs moyens
  • Moyens en forte hausse pour les ULIS école et collège
  • Vrai statut et hausses de salaires pour les AESH. Suppression des PIAL.
  • Pas de fusion des AED avec les AESH
  • États généraux de l’école inclusive

Pour nos élèves, en particulier les plus fragiles,
pour nos conditions de travail,
faisons-nous entendre !

Actus

Insécurité dans les établissements scolaires : une revue de presse

Selon le ministère de l’éducation nationale, entre le 26 mars et le 23 mai, 6000 contrôles ont entraîné la saisie de 186 couteaux, et 587 conseils de discipline ont eu lieu au total pour détention de couteaux. Voici une recension non exhaustive d’agressions récentes contre des enseignants durant l’année scolaire 2024-2025. Et ce ne sont là que la vingtaine de faits de violence grave dont la presse s’est faite l’écho, c’est-à-dire une goutte d’eau en comparaison de la réalité…

Lire la suite »

Enseignement de l’EVARS : chronique d’un fiasco annoncé ?

Censée entrer en vigueur dès la rentrée 2025 à tous les niveaux scolaires, de la maternelle à la terminale, l’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS) se déploie pourtant sans aucun moyen spécifique : ni heure dédiée dans les emplois du temps des élèves, ni formation sérieuse et rémunération des personnels sollicités. La mise en œuvre de l’EVARS reposera donc une fois de plus sur la seule bonne volonté d’enseignants déjà surchargés. Action & Démocratie dénonce la désinvolture ministérielle et alerte sur les risques d’un dispositif vidé de sens si les moyens nécessaires ne sont pas rapidement mobilisés.

Lire la suite »

Diffamations et accusations mensongères : la première cause de souffrance des personnels

Être accusé à tort : une épreuve qu’aucun professionnel de l’éducation ne devrait subir ni affronter sans soutien. Le dernier baromètre de l’ASL révèle une explosion des diffamations et accusations mensongères, désormais première cause de souffrance dans les établissements.
Action & Démocratie lance un appel à témoignages pour que la parole des personnels soit enfin entendue et que la protection fonctionnelle devienne une réalité pour tous.

Lire la suite »

21,7 élèves en moyenne… ou l’art de faire disparaître la réalité

Vous croyez avoir 35 élèves devant vous ?
Erreur : selon la DEPP, ils ne sont que 21,7. Si vous n’arrivez plus à circuler entre les tables, c’est sûrement parce que vous n’êtes pas dans « la moyenne »… Rétablissons la réalité face aux illusions statistiques : dites-nous combien d’élèves vous avez réellement. Nos chiffres contre leurs moyennes.

Lire la suite »

Vous avez dit CPS ?

Sans le moindre débat préalable, le ministère a décidé d’intégrer les « compétences psychosociales » dans tous les programmes scolaires, renforçant encore le rôle de l’école comme acteur de santé publique et de prévention. Mais est-ce là sa fonction ? Et sont-ce là nos missions en tant qu’enseignants ? AD conteste cette évolution et demande à être auditionné par le conseil supérieur des programmes.

Lire la suite »

Rentrée 2025 : contre la lassitude, l’engagement

Après une année 2024-2025 éprouvante, l’année 2025-2026 s’ouvre dans un climat de lassitude confirmé par les enquêtes de la DEPP et les témoignages des personnels. Manque de moyens, réformes incessantes, absence de reconnaissance : le malaise est profond. Face à cette situation, Action & Démocratie choisit l’avenir : faire le pari de l’intelligence, redonner confiance dans le syndicalisme et agir pour restaurer le sens et la dignité de nos métiers.

Lire la suite »

Carrière des enseignants : des évolutions reportées à… 2026 ?

À partir de septembre 2026, le déroulement de carrière des enseignants connaîtra des ajustements notables : réduction de la durée de certains échelons, relèvement progressif des taux de promotion à la Hors Classe, et réorganisation des rendez-vous de carrière. Ces mesures visent une progression plus rapide pour tous, sans exclure les bénéficiaires des anciens rythmes accélérés. Si ces changements sont globalement positifs, Action & Démocratie alerte sur plusieurs écueils persistants : reclassements sans report d’ancienneté, évaluation figée ne tenant pas compte de l’évolution professionnelle, et rendez-vous de carrière inutile en fin de parcours. Nous réclamons la suppression de ce dernier, la création d’un nouvel échelon sommital à la Hors Classe, ainsi qu’une revalorisation significative des fins de carrière.

Lire la suite »

Calendrier de révision de la carte de l’éducation prioritaire

Les travaux de révision de la carte de l’éducation prioritaire ont été engagés. A la rentrée 2026, au plus tôt, certains établissements sont susceptibles de sortir du réseau d’éducation prioritaire ou d’y entrer, ce qui peut influer sur les demandes de mutation en novembre 2025. AD attire l’attention du ministère sur le maintien de l’avantage spécifique d’ancienneté dans tous les cas.

Lire la suite »