AD/CFE-CGC, pour défendre l'école et tous ceux qui la font vivre

Réussite au bac : la grande hypocrisie

Derrière les taux de réussite record au baccalauréat se cache une réalité bien moins flatteuse. La réforme du bac a rendu l’examen quasi automatique, sans garantir le niveau réel des élèves ni leur réussite dans le supérieur. À force de masquer les lacunes par des moyennes artificiellement gonflées, c’est la crédibilité du diplôme, l’avenir des étudiants et l’autorité pédagogique des enseignants qui sont mis en péril. Une hypocrisie que nous refusons de cautionner.

AD / ACTUS /décembre 2025

À l’occasion de la publication des résultats détaillés de la session 2025 du baccalauréat, le ministre Édouard Geffray a déclaré son intention, dans un entretien accordé au Parisien le jeudi 4 décembre, de « redonner de la crédibilité au bac ». Tiens donc, est-ce à dire qu’il en manquerait ? Point du tout, nous rassure le ministre, qui soutient que « sa valeur intrinsèque n’est pas discutée ». Il s’agit seulement de s’assurer qu’un 14/20 donné à Brest a la même valeur que la même note à Strasbourg, et « que le diplôme obtenu corresponde bien au niveau de l’élève concernant certains fondamentaux ». Ah bon, pourrait-on délivrer le précieux sésame à des élèves qui n’auraient pas le niveau requis ? Ça se saurait quand même, et ça finirait par se voir… 

La réforme Blanquer, ou comment avoir le bac à tous les coups

Pour excuser l’extrême prudence des propos du ministre, qui finit par les rendre quelque peu confus et contradictoires, il faut se rappeler qu’il a été le directeur de l’enseignement scolaire chargé par le ministre Blanquer d’appliquer la dernière réforme du bac, dont on commence à mesurer les effets sur le long terme. À l’inélégance de la critique de ses prédécesseurs, il ne faudrait donc pas ajouter le déshonneur de renier les actions passées.  

Car c’est bien depuis la mise en œuvre du « bac Blanquer » que les résultats atteignent des records absolus, minant un peu plus la crédibilité déjà bien entamée du « premier diplôme du supérieur ». Alors que les résultats du bac professionnel sont restés assez stables entre 2019 et 2025 (autour de 82-83 %, en mettant à part la réussite exceptionnelle des deux « sessions Covid »), les taux de réussite ont progressé dans les deux autres bacs, et en particulier en série générale. Ils y dépassaient déjà 90 % avant 2020 (91,2 % en 2019), mais ont bondi depuis la pleine application de la réforme, en 2022, en se situant désormais systématiquement au-dessus de 95 %. Le score de 96,4 % de la session 2025 ne doit donc rien au hasard, ni à une hypothétique hausse du niveau des élèves. Il est le résultat mécanique de la réforme du bac qui, en donnant un poids considérable au contrôle continu (14,4 de moyenne en terminale) et en inventant une nouvelle épreuve au contenu académique dérisoire – on parle du grand oral (14 de moyenne à l’épreuve) – a fait augmenter les moyennes des élèves au point de rendre la réussite à l’examen quasi automatique. Ainsi, en 2025 la moyenne générale des élèves des séries générales s’élève à 13,1, 68 % des bacheliers obtenant une mention (contre 22,8 % en 1997). 

À l’occasion de la publication des résultats détaillés de la session 2025 du baccalauréat, le ministre Édouard Geffray a déclaré son intention, dans un entretien accordé au Parisien le jeudi 4 décembre, de « redonner de la crédibilité au bac ». Tiens donc, est-ce à dire qu’il en manquerait ? Point du tout, nous rassure le ministre, qui soutient que « sa valeur intrinsèque n’est pas discutée ». Il s’agit seulement de s’assurer qu’un 14/20 donné à Brest a la même valeur que la même note à Strasbourg, et « que le diplôme obtenu corresponde bien au niveau de l’élève concernant certains fondamentaux ». Ah bon, pourrait-on délivrer le précieux sésame à des élèves qui n’auraient pas le niveau requis ? Ça se saurait quand même, et ça finirait par se voir… 

La réforme Blanquer, ou comment avoir le bac à tous les coups  

Pour excuser l’extrême prudence des propos du ministre, qui finit par les rendre quelque peu confus et contradictoires, il faut se rappeler qu’il a été le directeur de l’enseignement scolaire chargé par le ministre Blanquer d’appliquer la dernière réforme du bac, dont on commence à mesurer les effets sur le long terme. À l’inélégance de la critique de ses prédécesseurs, il ne faudrait donc pas ajouter le déshonneur de renier les actions passées.  

Car c’est bien depuis la mise en œuvre du « bac Blanquer » que les résultats atteignent des records absolus, minant un peu plus la crédibilité déjà bien entamée du « premier diplôme du supérieur ». Alors que les résultats du bac professionnel sont restés assez stables entre 2019 et 2025 (autour de 82-83 %, en mettant à part la réussite exceptionnelle des deux « sessions Covid »), les taux de réussite ont progressé dans les deux autres bacs, et en particulier en série générale. Ils y dépassaient déjà 90 % avant 2020 (91,2 % en 2019), mais ont bondi depuis la pleine application de la réforme, en 2022, en se situant désormais systématiquement au-dessus de 95 %. Le score de 96,4 % de la session 2025 ne doit donc rien au hasard, ni à une hypothétique hausse du niveau des élèves. Il est le résultat mécanique de la réforme du bac qui, en donnant un poids considérable au contrôle continu (14,4 de moyenne en terminale) et en inventant une nouvelle épreuve au contenu académique dérisoire – on parle du grand oral (14 de moyenne à l’épreuve) – a fait augmenter les moyennes des élèves au point de rendre la réussite à l’examen quasi automatique. Ainsi, en 2025 la moyenne générale des élèves des séries générales s’élève à 13,1, 68 % des bacheliers obtenant une mention (contre 22,8 % en 1997). 

Bonheur du lycéen, malheurs de l’étudiant  

On pourrait s’en féliciter, si ces records de réussite et de mentions présageaient d’une poursuite d’études aussi brillante. Malheureusement – et les données de réussite dans le supérieur publiées au même moment le montrent cruellement – beaucoup d’étudiants n’ont pas le niveau requis, et abandonnent leur parcours sans obtenir de diplôme. À l’université, où se retrouve la majorité des lycéens de série générale, à peine plus de 40 % parvient à décrocher une licence en trois ans ou en quatre ans. Un étudiant sur deux ne valide pas sa première année de licence. Et quatre ans après avoir obtenu le bac, les diplômés de 2020 entrés en L1 sont 52,8 % à ne pas avoir validé de diplôme supérieur.  

Tous les étudiants ne vont certes pas à l’université, et la réussite dans les autres voies, qui accueillent davantage de lycéens des séries technologiques et professionnelles, est légèrement meilleure, mais elle n’avoisine pas non plus les sommets du bac (un peu moins de 55 % pour le BTS et le BUT en trois ans).  

S’il était besoin d’une preuve supplémentaire, la multiplication des dispositifs de remise à niveau dans l’enseignement supérieur atteste de ce décrochage de plus en plus manifeste entre le niveau réel et le niveau supposé de l’étudiant ayant tamponné son passeport pour l’université.  

Ne pas se résigner à la médiocrité 

Que faire, donc, pour redonner plus de valeur au bac et, surtout, pour rétablir à un digne étiage le niveau des élèves qui l’obtiennent ? Si l’on comprend que notre ministre n’est pas en position, politiquement, d’initier de grandes réformes, les pistes proposées feraient presque sourire si elles ne traduisaient pas, encore une fois, une grande hypocrisie. Demander à ce que les jurys ne « rattrapent » pas en-dessous de 8/20 et limiter les points de jury à 0,5 point de moyenne (ce qui en représente tout de même 50 sur l’ensemble des coefficients) changera-t-il quelque chose à l’affaire ? Seuls 2 % des élèves ont obtenu le bac grâce à des points de jury, et très peu sans doute ont bénéficié d’un coup de pouce supérieur à la limite proposée. C’est oublier également que les professeurs ont été quasiment exclus des jurys de bac depuis la réforme Blanquer, seuls quelques-uns étant requis pour examiner à la chaîne les dossiers au moment des délibérations. 

Quant aux « consignes d’exigences claires » réclamées par le ministre, qui permettraient de ne pas mettre la moyenne « à une copie écrite de manière inintelligible, avec un niveau d’orthographe, de grammaire et de syntaxe absolument déplorable », croit-on qu’on pourrait sérieusement les appliquer sans risquer de recaler un bon tiers des élèves ? Il n’est tout simplement pas normal, et une honte pour notre système scolaire, que des élèves parviennent en terminale avec des telles lacunes, si fréquemment constatées, et c’est un affreux mensonge que de leur faire accroire, en leur donnant le bac, qu’ils ont toutes leurs chances de décrocher un diplôme encore supérieur. 

Nous ne nous résignons pas, à Action & Démocratie, à ce que la médiocrité fasse loi, et à ce qu’on berce d’illusions de jeunes esprits chez qui on suscite de grandes ambitions sans leur donner les moyens de les réaliser. Nous ne pourrons redonner de la valeur au bac qu’en reprenant les choses à leur fondement, et en rétablissant un niveau d’exigence élevé à partir des petites classes et tout au long de la scolarité.   

C’est un grand motif de frustration professionnelle pour les enseignants, que de voir les élèves sortir de leur établissement sans avoir les bases nécessaires à la réussite dans le niveau supérieur, que ce soit au collège, au lycée ou à l’université. Nous sommes convaincus que nous ne pourrons élever le niveau des élèves sans remettre au premier plan l’autorité pédagogique des professeurs, à qui on a enlevé peu à peu tout pouvoir de décision et à qui on demande maintenant d’accorder un diplôme sans valeur à des jeunes qu’on envoie au casse-pipe.

Références :

Résultats et notes au baccalauréat – session de juin 2025

Parcours et réussite en licence : les résultats de la session 2024

Parcours et réussite en section de technicien supérieur : session 2024

Parcours et réussite en IUT : les résultats de la session 2024

 

A lire aussi

Actus

Carrière des enseignants : des évolutions reportées à… 2026 ?

À partir de septembre 2026, le déroulement de carrière des enseignants connaîtra des ajustements notables : réduction de la durée de certains échelons, relèvement progressif des taux de promotion à la Hors Classe, et réorganisation des rendez-vous de carrière. Ces mesures visent une progression plus rapide pour tous, sans exclure les bénéficiaires des anciens rythmes accélérés. Si ces changements sont globalement positifs, Action & Démocratie alerte sur plusieurs écueils persistants : reclassements sans report d’ancienneté, évaluation figée ne tenant pas compte de l’évolution professionnelle, et rendez-vous de carrière inutile en fin de parcours. Nous réclamons la suppression de ce dernier, la création d’un nouvel échelon sommital à la Hors Classe, ainsi qu’une revalorisation significative des fins de carrière.

Lire la suite »

Diffamations et accusations mensongères : la première cause de souffrance des personnels

Être accusé à tort : une épreuve qu’aucun professionnel de l’éducation ne devrait subir ni affronter sans soutien. Le dernier baromètre de l’ASL révèle une explosion des diffamations et accusations mensongères, désormais première cause de souffrance dans les établissements.
Action & Démocratie lance un appel à témoignages pour que la parole des personnels soit enfin entendue et que la protection fonctionnelle devienne une réalité pour tous.

Lire la suite »

Rentrée 2025 : contre la lassitude, l’engagement

Après une année 2024-2025 éprouvante, l’année 2025-2026 s’ouvre dans un climat de lassitude confirmé par les enquêtes de la DEPP et les témoignages des personnels. Manque de moyens, réformes incessantes, absence de reconnaissance : le malaise est profond. Face à cette situation, Action & Démocratie choisit l’avenir : faire le pari de l’intelligence, redonner confiance dans le syndicalisme et agir pour restaurer le sens et la dignité de nos métiers.

Lire la suite »

Cadre d’usage de l’IA en éducation

Face à l’introduction précipitée de l’intelligence artificielle dans l’éducation, Action & Démocratie exprime une position de vigilance critique : le syndicat dénonce un cadre flou, des finalités mal définies et les risques d’une dérive techniciste qui menace la mission émancipatrice de l’École.

Lire la suite »

L’intelligence artificielle progresse dans l’Éducation nationale

Analyse Action & Démocratie demande le respect dans tous les domaines, donc aussi dans celui de l’éducation, de la loi adoptée par l’Union européenne sur l’intelligence artificielle. La protection des données et de la vie privée doit par conséquent être assurée, tout comme le droit à l’information sur l’utilisation des outils algorithmiques et sur leurs critères

Lire la suite »

Vagues de chaleur et conditions de travail

Travailler en surchauffe ? C’est fini, du moins sur le papier. À partir du 1er juillet 2025, l’administration ne pourra plus faire semblant d’ignorer les souffrances causées par les vagues de chaleur. Un décret impose enfin des obligations claires aux employeurs publics, Éducation nationale comprise. Horaires aménagés, eau en quantité suffisante, protection des agents vulnérables : ces mesures ne sont plus des options, ce sont des droits. Reste à les faire appliquer. Action & Démocratie appelle les personnels à ne rien laisser passer : l’exposition à la chaleur n’est pas une fatalité, c’est une négligence qu’on peut désormais contester.

Lire la suite »

Proposition de loi visant à protéger l’école de la République et les personnels qui y travaillent

Protection fonctionnelle accordée de plein droit, aggravation des peines pour faits de violence envers les personnels, inspection visuelle et fouille des effets personnels en cas de menace pour l’ordre et la sécurité : une proposition de loi qui ne fait qu’une partie du chemin pour protéger efficacement les personnels et qui néglige l’une des mesures indispensables que défend AD pour conforter leur autorité.

Lire la suite »

Dialogue social au ministère : une audience utile et exigeante

Le 29 janvier 2026, Action & Démocratie/CFE-CGC a été reçu au cabinet pour porter la voix du bon sens et de la majorité silencieuse. Suspensions abusives, autorité, usure professionnelle, congés maladie, personnels de direction, contractuels, inclusion scolaire, représentativité… Dans un cadre marqué par une écoute attentive et un dialogue de qualité, nous avons confronté les réalités du terrain aux positions de l’administration, sans détour ni postures idéologiques. Retrouvez le compte rendu intégral de cette audience et nos positions sur les sujets qui vous concernent.

Lire la suite »