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AD/CFE-CGC aux côtés des AESH pour défendre un métier à part entière, pas un emploi au rabais
AD/communiqué/aesh/18 juillet 2025

AESH / périscolaire : le cumul d’activités comme substitut au statut ?

Une proposition de loi déposée au Sénat le 17 juillet 2025 par la sénatrice Pauline Martin (Loiret) vise à encourager le cumul d’activités entre les accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH) et les personnels périscolaires. Ce texte, présenté comme une réponse à la pénurie croissante de personnel dans les écoles et les collectivités, propose d’autoriser plus facilement le passage de l’un à l’autre de ces métiers, voire leur exercice simultané, afin de permettre à certains agents d’atteindre un temps plein.

L’idée s’inscrit dans un constat partagé : les besoins d’accompagnement scolaire explosent, avec plus de 500 000 élèves en situation de handicap scolarisés en 2024, contre à peine 155 000 en 2006. Dans le même temps, les communes peinent à recruter du personnel pour encadrer les temps périscolaires (accueil du matin, pause méridienne, centres de loisirs). Face à cette double impasse, la proposition mise sur une forme de polyvalence fonctionnelle : permettre à un AESH d’intervenir également dans les activités périscolaires, et inversement, permettre à un animateur d’occuper un poste d’AESH à condition de suivre une formation rapide. Une expérimentation conduite à Paris depuis 2023 dans le cadre d’un partenariat entre la Ville et l’académie a servi de base à la rédaction du texte.

Un cumul présenté comme une solution… mais à quel prix ?

Présentée comme pragmatique, cette initiative soulève néanmoins de sérieuses interrogations.

D’abord, elle acte sans le dire une forme d’abandon de l’ambition d’un vrai statut pour les AESH. Plutôt que de revaloriser la fonction et d’offrir enfin la possibilité de travailler à temps plein dans le cadre du métier d’accompagnant, on propose aux agents précaires de cumuler deux emplois à temps partiel. Autrement dit : vivre décemment ne serait possible qu’en superposant plusieurs contrats. Une manière de pérenniser la précarité sous couvert de complémentarité.

Ensuite, la proposition repose sur une confusion profonde entre deux fonctions qui relèvent de logiques différentes. Être AESH, c’est accompagner un élève dans son parcours scolaire, dans une relation individualisée et souvent complexe, qui mobilise des compétences spécifiques en lien avec le handicap. Être animateur périscolaire, c’est encadrer un collectif d’enfants dans des temps d’activité. Ces deux métiers n’impliquent pas les mêmes responsabilités, les mêmes attentes, ni la même posture professionnelle. La fusion des deux risques d’aboutir à un brouillage des repères, au détriment de la reconnaissance et de la qualité des missions exercées.

Par ailleurs, la promesse d’une « formation agile et efficace » destinée aux animateurs souhaitant devenir AESH, ou aux AESH appelés à intervenir sur le périscolaire, reste floue. Ni la durée, ni le contenu, ni les modalités de validation de cette formation ne sont précisés. Or on ne s’improvise pas accompagnant : les élèves concernés ont des besoins spécifiques, et une prise en charge inadaptée peut les mettre en difficulté, tout comme les agents eux-mêmes.

Un risque de précarité à double étage

Plus profondément encore, cette proposition s’inscrit dans une logique de mutualisation qui n’est pas sans rappeler celle des PIAL et des PAS. Il ne s’agit pas ici de recruter davantage, mais de répartir différemment — et plus intensément — des moyens constants. On optimise, on réorganise, mais sans garantir ni de meilleures conditions de travail, ni une amélioration de l’accompagnement. Pire : cette logique pourrait conduire à l’épuisement des personnels, dont les journées seraient étirées du matin au soir, parfois sur des lieux différents, sans temps de respiration ni reconnaissance réelle.

Enfin, la gestion concrète de ce cumul d’emplois soulève des questions majeures. Qui assurera la coordination entre employeurs ? Qui fixera les horaires ? Quelle articulation entre les obligations du contrat Éducation nationale et celles relevant des collectivités territoriales ? Quels repères juridiques pour encadrer ces doubles fonctions ? En l’état, la proposition semble ignorer les tensions de gouvernance et les risques administratifs liés à un tel système.

Présentée comme une solution de bon sens, cette mesure pourrait bien aggraver les difficultés qu’elle prétend résoudre. À vouloir faire tenir ensemble deux missions précaires, sans moyens supplémentaires ni statut consolidé, on risque surtout de consolider une précarité à double étage. Action & Démocratie continuera d’alerter sur ces dérives et de rappeler qu’un métier digne ne se construit ni sur la polyvalence imposée, ni sur la complémentarité par défaut, mais sur la reconnaissance, la stabilité et le respect des fonctions de chacun.