Cadre d’usage de l’intelligence articificielle dans l’éducation

AD/Communiqué/22 mai 2025

Le projet de « cadre d’usage de l’intelligence artificielle en éducation » présenté au Conseil supérieur de l’éducation par le ministère élude les enjeux fondamentaux liés à la formation de l’esprit et à la mission même de l’école. Dans sa déclaration préalable, AD/CFE-CGC dénonce l’absence de réflexion éthique, le manque de précautions face aux risques pédagogiques et la banalisation d’outils susceptibles d’atrophier l’intelligence naturelle que l’école a pour mission de former. AD/CFE-CGC refuse donc de cautionner un prétendu cadre d’usage qui ne cadre rien, et en appelle à une réflexion de fond à la hauteur des enjeux humains, pédagogiques et éthiques que soulève cette transformation.

La déclaration préalable d’Action & Démocratie en ouverture du CSE a clairement posé le cadre et le ton : elle a dénoncé l’effondrement systémique de l’Éducation nationale, aggravé par une administration défaillante et des réformes mal conçues. Elle a pointé l’introduction précipitée de l’intelligence artificielle dans l’éducation, sans cadre suffisamment réfléchi ni vision claire de ses effets. L’École semble se détourner de sa mission première : former l’intelligence humaine.

Pour le point 7, relatif au “cadre d’usage de l’IA dans l’éducation”, près de soixante amendements ont été déposés et débattus durant cinq heures (14h–19h). AD, comme une majorité d’autres syndicats, a voté contre ce texte. D’une part, il manque encore de clarté ; d’autre part, nous questionnons en profondeur l’utilité de l’IA comme outil éducatif. Que les capacités intellectuelles puissent être déportées vers des tiers numériques interroge. Que ces dispositifs artificiels puisent à la fois dans les savoirs humains et les ressources naturelles, dans une logique extractiviste dont l’école ne saurait être complice, interroge. Que l’effort lent, seul formateur, par lequel un esprit se construit, puisse être court-circuité par l’omniprésence d’un outil en apparence omniscient, interroge.

Enfin, ce « cadre d’usage » n’a ni la rigueur d’un cadre, ni la force d’un usage. Il s’agit d’un document non contraignant, plus incantatoire que normatif, qui se contente d’énoncer des principes vagues et des recommandations sans portée réelle. Pense-t-on vraiment encadrer une révolution technologique par de simples formules prudentes, dont l’efficacité tient surtout à l’illusion qu’elles produisent ?

Pour autant, l’IA ne peut être ignorée. Mais faut-il pour cela lui faire place à l’école ? Peut-on l’enseigner de façon critique sans en légitimer l’usage ? L’institution éducative saura-t-elle résister aux injonctions de la modernité, ou trahira-t-elle sa vocation ? Comment cultiver la pensée quand une machine, placée sous les yeux de l’élève, semble penser plus vite, mieux, plus complètement ? Comment encourager l’effort intellectuel quand l’IA propose d’emblée une réponse, un texte, une solution — sans aucun effort ? L’École est-elle en train de devenir un lieu d’apprentissage du prompting, c’est-à-dire de l’art de formuler des requêtes à une machine ?

Peut-on étudier l’IA sans en devenir dépendant ? Comment éduquer à la tempérance algorithmique, à la retenue technocognitive ? Comment résister à cette nouvelle forme d’illusion, de facilité, de renoncement à soi ? Quelle idée de l’élève, du savoir, de l’humain se profile ici ? La même que celle que nous défendons — ou déjà une autre ? Une IA auxiliaire de confort, substitut à l’effort, prétexte à la déresponsabilisation, renforce ce qui s’oppose au projet même de l’École.

À ce stade, nous n’avons pas encore trouvé de manière juste, cohérente, et fidèle aux finalités propres de l’École, d’intégrer l’intelligence artificielle dans l’acte éducatif. La nature même de ces technologies — leur logique d’efficacité, leur puissance d’automatisation, leur capacité à produire des simulacres de pensée — entre en tension avec ce que l’éducation exige en profondeur.

L’enthousiasme technologique et la fascination ambiante nous font perdre de vue l’essentiel : penser les usages avant les outils, envisager les finalités avant les moyens. Le problème est plus radical : il est philosophique, anthropologique, politique. Il touche à ce que nous entendons encore par « instruire », « former », « émanciper ». C’est pourquoi, à ce stade de la réflexion, et dans l’état actuel des usages comme des représentations de l’IA, nous suspendons notre assentiment.

L’École ne saurait devenir un laboratoire d’expérimentations techniques, ni l’éducation un marché. Elle ne peut être soumise à la logique des modes ou des offres commerciales, au risque de réduire l’acte éducatif à une prestation, les savoirs à des produits, et les élèves à des usagers ou à des profils de données.

Précision : Toutes les IA ne se valent pas. Celles évoquées ici reposent sur des modèles probabilistes, non déterministes : elles ne suivent pas un enchaînement logiquement transparent mais fonctionnent comme des “boîtes noires”, dont les sorties relèvent de calculs de probabilité, non de raisonnement. Confier une part du processus éducatif à de tels dispositifs interroge profondément une école dont la vocation est de transmettre des savoirs stabilisés, ouverts à l’examen critique. L’IA peut entrer à l’École — mais en tant qu’objet d’étude : technique (pour en comprendre les mécanismes), anthropologique (pour saisir le pouvoir de fascination qu’elle exerce), et socio-économique (pour en mesurer les usages, les intérêts et les dérives).

Actus

Cadre d’usage de l’IA en éducation

Face à l’introduction précipitée de l’intelligence artificielle dans l’éducation, Action & Démocratie exprime une position de vigilance critique : le syndicat dénonce un cadre flou, des finalités mal définies et les risques d’une dérive techniciste qui menace la mission émancipatrice de l’École.

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L’intelligence artificielle progresse dans l’Éducation nationale

Analyse Action & Démocratie demande le respect dans tous les domaines, donc aussi dans celui de l’éducation, de la loi adoptée par l’Union européenne sur l’intelligence artificielle. La protection des données et de la vie privée doit par conséquent être assurée, tout comme le droit à l’information sur l’utilisation des outils algorithmiques et sur leurs critères

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Usage de l’IA dans l’éducation : la menace fantôme

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Baisse de l’indemnisation des arrêts maladie : Action & Démocratie poursuit son recours contre les décrets de février 2025

Le 28 juillet, le Conseil d’État a refusé de transmettre notre QPC sur la baisse de 10 % de l’indemnisation des arrêts maladie. Action & Démocratie poursuit son combat contre une réforme injuste qui rompt l’égalité, fragilise la santé des agents et pénalise les femmes enceintes. Notre recours au fond pour défendre les personnels de l’Éducation nationale, qui sont parmi les moins absents et les plus exposés aux maladies, est toujours en cours.

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Fouilles de sacs « aléatoires » à l’entrée des établissements scolaires à partir du printemps

La ministre a annoncé pour le printemps des fouilles de sacs aléatoires aux abords de certains établissements, suite à plusieurs agressions à l’arme blanche depuis le début d’année. Cette annonce ne résout en rien le problème de la sécurité aux abords et au sein des établissements qui exige un état des lieux sincère et une politique ambitieuse plutôt que de la communication.

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Vagues de chaleur et conditions de travail

Travailler en surchauffe ? C’est fini, du moins sur le papier. À partir du 1er juillet 2025, l’administration ne pourra plus faire semblant d’ignorer les souffrances causées par les vagues de chaleur. Un décret impose enfin des obligations claires aux employeurs publics, Éducation nationale comprise. Horaires aménagés, eau en quantité suffisante, protection des agents vulnérables : ces mesures ne sont plus des options, ce sont des droits. Reste à les faire appliquer. Action & Démocratie appelle les personnels à ne rien laisser passer : l’exposition à la chaleur n’est pas une fatalité, c’est une négligence qu’on peut désormais contester.

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Enseignement de l’EVARS : chronique d’un fiasco annoncé ?

Censée entrer en vigueur dès la rentrée 2025 à tous les niveaux scolaires, de la maternelle à la terminale, l’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS) se déploie pourtant sans aucun moyen spécifique : ni heure dédiée dans les emplois du temps des élèves, ni formation sérieuse et rémunération des personnels sollicités. La mise en œuvre de l’EVARS reposera donc une fois de plus sur la seule bonne volonté d’enseignants déjà surchargés. Action & Démocratie dénonce la désinvolture ministérielle et alerte sur les risques d’un dispositif vidé de sens si les moyens nécessaires ne sont pas rapidement mobilisés.

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Proposition de loi visant à protéger l’école de la République et les personnels qui y travaillent

Protection fonctionnelle accordée de plein droit, aggravation des peines pour faits de violence envers les personnels, inspection visuelle et fouille des effets personnels en cas de menace pour l’ordre et la sécurité : une proposition de loi qui ne fait qu’une partie du chemin pour protéger efficacement les personnels et qui néglige l’une des mesures indispensables que défend AD pour conforter leur autorité.

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