Près de six personnels sur dix ne participent plus aux élections professionnelles. Cette abstention est d’autant plus significative que les personnels de l’Éducation nationale appartiennent à des catégories de la population qui participent traditionnellement davantage que les autres aux élections politiques. Pourquoi se détournent-ils alors aussi massivement de leurs propres élections professionnelles ? Pourquoi laissent-ils à une minorité le soin de parler au nom de la profession ?
Défiance envers les syndicats ? Sentiment que ces élections ne servent à rien et que les décisions seront prises de toute façon ? Indifférence ? Méconnaissance de ce que le vote détermine réellement ? Il entre probablement un peu de tout cela dans une abstention qui ne saurait s’expliquer par une cause unique. Mais Action & Démocratie est convaincu que les collègues ne sont pas abstentionnistes par paresse ou désintérêt, et que si une majorité reste silencieuse, c’est d’abord parce qu’elle ne se reconnaît plus dans l’offre syndicale qui lui est proposée.
Le décalage est en effet devenu considérable entre ce que disent quotidiennement les personnels dans les écoles, les établissements et les services et certaines des positions défendues en leur nom dans les instances. Autorité, discipline, niveau des élèves, crédibilité des diplômes, école inclusive, conditions de travail, multiplication des tâches, bureaucratisation des métiers : combien de constats longtemps tenus pour excessifs, voire inconvenants, sont aujourd’hui devenus des évidences ?
La crise de l’École est désormais si profonde qu’il n’est même plus possible de la dissimuler. Elle s’impose dans le débat public et devient un passage obligé des discours politiques à l’approche de l’élection présidentielle. Le déclassement de la France dans les comparaisons internationales, l’effondrement du niveau dans certains domaines fondamentaux, la perte de crédibilité des diplômes ou les difficultés rencontrées par trop d’étudiants dans l’enseignement supérieur ne permettent plus de faire semblant.
Cette situation n’est évidemment pas née hier. Elle est le résultat de décennies de politiques éducatives dont les gouvernements successifs portent la responsabilité. Mais ils ne sont pas les seuls. Plusieurs organisations syndicales ont accompagné, approuvé, parfois réclamé des réformes dont les personnels mesurent aujourd’hui les conséquences. D’autres ont préféré les postures et les oppositions rituelles à la remise en cause des orientations qui dénaturaient progressivement l’École. Beaucoup enfin ont importé dans le champ syndical des combats politiques ou idéologiques qui n’avaient rien à y faire.
Pendant ce temps, ceux qui font réellement fonctionner l’École ont trop souvent eu le sentiment que leur parole ne remontait plus. Et l’institution s’est enfoncée dans la crise. Car l’enjeu dépasse désormais très largement les conditions de travail des personnels, aussi essentielles soient-elles. Une société qui transmet de moins en moins les savoirs et les instruments du jugement prépare des générations moins libres, parce que moins armées pour comprendre le monde, distinguer le vrai du faux et résister aux marchands de certitudes, aux marchands de sommeil et, désormais, aux promesses d’une machine à laquelle nous finirions par demander d’avoir de l’intelligence à notre place.
C’est aussi pour cela que les élections professionnelles comptent. Elles ne servent pas seulement à désigner quelques collègues chargés de siéger dans des commissions techniques. Elles déterminent quelles organisations pourront parler au nom des personnels pendant quatre ans, lesquelles seront reconnues comme « représentatives », quelle place elles occuperont dans le dialogue avec l’administration et de quels moyens elles disposeront pour exercer leur activité syndicale.
Encore faut-il savoir précisément ce que nous élisons, à quoi servent les différentes instances et ce que notre vote détermine réellement. C’est ce que nous allons expliquer dans les pages qui suivent. Car après tant de rendez-vous manqués, celui de décembre 2026 ne doit pas l’être.