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Du Capes de spécialité au BTS enseignement

Réflexion sur la réforme de la formation des enseignants

AD / ACTUS /17 juin 2025

Alors que le niveau des élèves baisse et que le métier d’enseignant perd en attractivité, le gouvernement s’engage dans une réforme du recrutement qui sacrifie la formation scientifique aux postures idéologiques. Fini les professeurs spécialistes, place aux techniciens de l’inclusivité formés à la va-vite pour répéter les dogmes du moment, comme s’il fallait savoir moins pour enseigner mieux. A ce rythme, pourquoi pas un simple BTS pour devenir professeur ? Action & Démocratie dénonce cette entreprise de déqualification masquée sous les habits trompeurs de la « professionnalisation » et de l’« efficacité ».

Une formation scientifique « de qualité » ?

Dans un dossier de présentation édité le 28 mars 2025, Elisabeth Borne justifiait la réforme de la formation initiale des enseignants en invoquant deux arguments :

  • le déclassement des élèves français dans les tests de performance internationaux en langue natale et en mathématiques.
  • une perte massive d’attractivité du métier de professeur.

« Nous devons regarder ces réalités en face », indique la ministre. Regarder passivement, semble-t-il, puisque le constat d’échec n’est assorti d’aucune analyse de fond sur les racines du mal. Mais passons, et regardons – puisqu’on nous y exhorte – ce qu’on nous propose.

Les bacheliers aspirant à devenir professeurs bénéficieront d’une formation scientifique de trois ans qui les mènera à la Licence. Dès son obtention, ils se présenteront au concours du Capes : s’ils réussissent, ils pourront se considérer comme recrutés par l’État et l’État les considérera comme comme scientifiquement mûrs, dotés des connaissances suffisantes pour concevoir des contenus dignes d’un véritable enseignement.

Néanmoins, quand on y regarde de plus près, les trois années évoquées en seraient plutôt deux : la simple lecture du dossier nous apprend en effet que 70 % de l’enseignement sera consacré aux « savoirs disciplinaires », le tiers du temps restant sera, quant à lui, alloué aux « enjeux didactiques et pédagogiques », au « contexte institutionnel » et aux stages (dix semaines). Eu égard aux difficultés actuelles des étudiants de L1 dans les domaines de l’expression et du raisonnement, on pourrait déjà penser que trois années de formation scientifique seraient bien maigres pour transformer un étudiant en maître d’une ou plusieurs disciplines. Mais si un tiers du temps affecté à l’enseignement scientifique sert à faire autre chose, nos trois années se transformeront peu ou prou en deux années d’acquisition effective des connaissances. Rappelez-vous, il faut relever le niveau… mais pas celui des enseignants. Par ailleurs, les professeurs ainsi formés seront-ils encore capables d’accéder aux études de troisième cycle et de soutenir une thèse de recherche dans leur domaine scientifique de formation, comme c’est le cas aujourd’hui ?

Vers la licence professionnelle

Soyons honnêtes, ce n’est plus d’une licence classique que les futurs enseignants seront titulaires mais d’une licence professionnelle, diplôme particulier visant l’insertion dans le travail et non l’acquisition d’une culture, au sens large du terme. Le master qui suivra sera dans la même veine et accentuera même cette tendance professionnalisante des études supérieures. La ministre assure, sur tous ses supports de communication, que les étudiants lauréats continueront de bénéficier d’une « formation scientifique de qualité » mais on note une insistance spectaculaire sur « la différenciation », « l’école inclusive », « la connaissance des élèves », « les valeurs de la République », « le numérique éducatif (IA) », « l’égalité filles-garçons », les enjeux écologiques, etc. On se demande bien quelle formation scientifique de qualité pourrait être dispensée au milieu de tous ces concepts censés permettre aux professeurs d’accomplir ces fameuses « missions complémentaires » qui se transforment bien souvent en heures de rien pour les élèves.

Et pourquoi pas le BTS ?

On le sent, devenir enseignant consistera avant tout à répéter des postures et à les faire adopter ensuite aux élèves. La contradiction qui traverse cette réforme est profonde mais passerait presque inaperçue. Levons l’ambiguïté : aucune formation scientifique sérieuse ne peut aller de pair avec une telle instrumentalisation du savoir. C’est de l’escroquerie caractérisée.

Il faut savoir ce que l’on veut : des enseignants spécialistes d’un domaine, capables de produire une pensée indépendante et à ce titre dignes de former la jeunesse à l’autonomie critique ou un technicien de l’enseignement capable d’agir, au nom de l’Etat, en répétiteur sur les thèmes chers à l’idéologie du moment ? Si c’est la dernière tendance qui l’emporte, soyons clairs et honnêtes, un Brevet de Technicien Supérieur suffira amplement.

En juillet 2024, les sociétés savantes et certains syndicats demandaient un moratoire sur la réforme des enseignants en pointant, dans une tribune, le risque de « déqualification globale du métier » et des « attentes disciplinaires en forte baisse ». A Action & Démocratie, nous irons jusqu’à parler de dénaturation, tant c’est la définition même du mot professeur qui est en train de changer. « Oui, mais à quoi bon charger la mule, quand on voit le niveau des élèves ? », diront certains. De quoi nous inscrire éternellement dans le cercle vicieux du fameux déclassement qu’on voulait enrayer.

 

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