Une rentrée sous le signe de la lassitude
L’année scolaire 2024-2025 s’est terminée dans des conditions éprouvantes marquées par une augmentation des faits de violence et une vague de chaleur qui a lourdement perturbé la période des examens. À l’heure de la reprise et en dépit de températures plus clémentes, le climat est celui d’une morosité généralisée et d’une résignation croissante confirmées par les derniers chiffres officiels autant que par la parole si précieuse des personnels qui sont sur le terrain.
Ce que disent les chiffres : une dégradation nette des conditions de travail
La note d’information publiée en juillet 2025 par la DEPP dresse un constat préoccupant : si 93 % des personnels disent se sentir respectés par les élèves et 92 % en sécurité dans leur établissement, les signaux d’alerte s’accumulent. Ainsi, seuls 40 % estiment pouvoir exercer le même métier jusqu’à la retraite, et moins d’un quart (22 %) jugent être rémunérés à leur juste valeur !
La perception des conditions de travail s’est encore dégradée depuis 2019 : recul du sentiment de faire partie d’une équipe (-13 points), d’avoir des moyens matériels suffisants (-6 points) ou de disposer d’informations claires pour exercer son métier (-15 points). Plus d’un personnel sur deux (57 %) déclare avoir subi au moins une atteinte au cours de l’année scolaire – arrogance, contestation d’autorité, insultes, voire violences physiques.
Au-delà de ces chiffres, c’est un constat de lassitude généralisée qui ressort : « les personnels du second degré sont 72 % à penser que leur métier est utile aux autres, mais seuls 45 % estiment disposer de moyens adaptés ». Ce constat peut être fait aussi auprès des autres personnels, qui ne se privent pas de nous le faire savoir.
Ce que disent les personnels : la lassitude, la résignation, le sentiment de mépris
Les données réunies par la DEPP trouvent un écho éloquent dans les témoignages édifiants recueillis par Le Monde à la veille de la rentrée. Avec l’autorisation du journal, nous en reproduisons ici quelques-uns :
Mathilde, enseignante d’histoire-géographie depuis vingt-trois ans, confie : « Désormais, mon angoisse tient à la certitude que mon année ne se déroulera pas sans le sentiment récurrent d’être accablée… par la charge de travail, par l’instabilité permanente des réformes, par l’absence de confiance en un avenir serein pour l’éducation nationale. »
Marie, professeure d’anglais en Seine-et-Marne, aime son métier mais ne le recommanderait plus à un jeune diplômé : « Avec mon niveau d’études, je me tournerais vers quelque chose de plus confortable et de mieux rémunéré. Maintenant, les locaux sont trop petits, il y a plusieurs postes non pourvus à chaque rentrée, pas d’assistante sociale, pas de psychologue… »
D’autres décrivent une succession de réformes imposées sans préparation ni formation, vécues comme une véritable insécurité professionnelle. Natacha, professeure de français, résume son désarroi : « Chaque année, je me dis que ça va être moins dur… mais je ne fais que tout recommencer dans un environnement sans cesse mouvant. »
Enfin, beaucoup expriment un sentiment profond de mépris institutionnel. Nathalie, directrice d’école, raconte : « Pour connaître les nouveaux programmes, il faut lire plus de 2 000 pages de documents… On nous avait promis des manuels financés par l’État, ils ne sont pas venus. C’est une nouvelle marque du mépris de l’institution, qui ne nous donne pas les outils pour travailler. »
Le courrier abondant que nous recevons confirme ce malaise professionnel dont les causes sont multiples et cependant bien identifiées : la surcharge de travail, l’instabilité suite aux réformes incessantes, l’absence de reconnaissance et, derrière des discours de façade, le mépris dont le ministère fait preuve envers ses agents dont il n’écoute ni les doléances ni les représentants patentés.
Action & Démocratie, votre voix pour l’avenir
Malgré ces constats qui sont maintenant connus de tous, l’année scolaire 2025-2026 s’ouvre encore une fois sans réponses concrètes ni décisions à la hauteur des enjeux, la soi-disant priorité accordée à l’éducation se bornant à donner à notre ministre le premier rang protocolaire, les actes se faisant toujours attendre. Toujours aucune mesure significative pour restaurer l’attractivité du « plus beau métier du monde ». Toujours aucune décision courageuse pour effacer trente ans d’errements dans la politique éducative du pays. Toujours aucune idée pour faire renaître l’enthousiasme qui est indispensable à la réussite. Une fois de plus, tout reposera uniquement sur les épaules et la bonne volonté de ceux qui font vivre l’école au quotidien.
Malgré ce contexte où la morosité le dispute à la résignation, Action & Démocratie veut croire en l’avenir. Nous sommes plus que jamais à vos côtés et de votre côté pour vous accompagner, vous soutenir et vous défendre. Nous sommes plus que jamais déterminés à revendiquer les mesures urgentes et réalistes permettant de redonner sens et dignité aux métiers de l’éducation. Si cet espoir et cet objectif sont aussi les vôtres, n’hésitez pas à nous rejoindre et vous engager dans un syndicat qui porte résolument la voix de la majorité silencieuse, la vôtre !