Vous comptez 35 élèves dans votre salle de cours et 35 copies à corriger sur votre bureau mais c’est certainement une illusion d’optique : selon la DEPP, ils ne sont que 21,7…
Certes « en moyenne », mais ce chiffre laisse tout de même rêveur puisque, dans sa note d’information publiée en août (n°25.49), la direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) assure avec un aplomb stupéfiant que, « à la rentrée scolaire 2024, si l’on tient compte des cours assurés en groupe, un enseignant est face à 21,7 élèves par heure de cours en moyenne dans les établissements du second degré, y compris les formations post-bac ». Comme si l’on pouvait être « face à »… une moyenne !
Et si nous n’arrivons plus à circuler entre les tables, est-ce parce que nous avons mal appliqué la moyenne ou que nous faisons partie de l’exception ? Et si nos groupes sont à 30, est-ce parce que nous ne savons pas assez diviser nos élèves en structures statistiques ?
Le ministère a visiblement trouvé la formule magique pour alléger les effectifs et effacer le réel : il suffit de saupoudrer quelques options à dix élèves pour que nos classes surchargées disparaissent… sur le papier. À quand la prochaine innovation ? Peut-être annoncer qu’à force de « bienveillance », nos 35 élèves ne compteront plus que pour 15 ?
Bon, ce n’est qu’une moyenne… de moyenne. Soyons donc précis, comme nous y invite la DEPP : un enseignant est « face à » 21,9 élèves par heure de cours dans le second degré hors formations post-bac, 23,6 au collège et 23,9 au lycée. C’est-y pas mieux ? C’est-y pas plus proche du réel ?
Mais bien entendu, aucun parmi nous ne reconnaît là sa réalité quotidienne. Ces chiffres sont le produit de constructions qui, au mieux, ne servent qu’à repérer des « tendances » et des « évolutions », et au pire sont destinés à tranquilliser l’opinion et l’endormir. On peut cependant s’interroger sur leur sincérité, car derrière ces « 21,9 », « 23,6 » et « 23,9 » se cache un tour de passe-passe statistique d’ailleurs assez grossier : les indicateurs mélangent les classes entières de 35 élèves avec des groupes réduits, les Segpa ou les CAP, qui font baisser mécaniquement les moyennes. Autrement dit, vous faites bien face à 35 élèves dans votre classe de seconde générale mais cela n’a aucune importance car la statistique a décidé qu’en moyenne vous n’en aviez que 23,9. Magie ? Mensonge ? Chacun jugera par lui-même.
Le miracle des « groupes de besoins »
Autre trouvaille : la mise en avant des inénarrables « groupes de besoins » en sixième et cinquième. Trois quarts des heures de français et de mathématiques seraient désormais dispensées en groupe, ce qui ferait reculer de… 0,3 élève le nombre moyen d’élèves par structure au collège. Oui, vous avez bien lu : 0,3 élève. On imagine mal l’effet dans une salle de classe déjà bondée d’un élève en moins, alors 0,3, excusez du peu !
D’autant plus que, là encore, les chiffres enjolivent une réalité bien différente : deux tiers des cours de ces niveaux continuent à se dérouler devant 25 élèves ou plus. Le « petit groupe » reste, la plupart du temps, une fiction administrative.
Et au lycée professionnel : 32 élèves, dont beaucoup en échec scolaire
La situation en lycée professionnel est tout aussi alarmante. Les classes y montent désormais à 32 élèves, avec un public très hétérogène : élèves souvent en échec scolaire en 3e, orientation subie, problèmes de concentration, troubles divers (PAP, PAI, suivis médicaux absents), sans oublier le manque cruel d’AESH.
On nous demande d’y pratiquer une « pédagogie différenciée », mais qui peut sérieusement croire qu’il est possible de faire un vrai cours d’histoire-géographie, ou de n’importe quelle autre discipline, en classe entière de 32 élèves dans ces conditions ? C’est une souffrance pour les professeurs, mais aussi pour les élèves qui ne trouvent plus leur place dans une école qui prétend les accompagner.
Rétablir la vérité : nos chiffres contre leurs moyennes
La vérité, la voici. Ce sont les effectifs réels constatés à la rentrée 2025 dans un lycée réel d’une académie réelle se situant dans le monde réel :



21,7 élèves par heure de cours, nous dit-on : mais dans quel monde ? « La statistique est l’art de dépouiller les chiffres de toute la réalité qu’ils contiennent » : la note de la DEPP en est une démonstration éclatante.
Les enseignants savent.
Ils savent que leurs classes explosent, que les groupes censés être allégés débordent eux aussi, qu’enseigner devient acrobatique face à des effectifs pléthoriques et excessivement hétérogènes, quand il ne s’agit pas d’élèves intenables ou souffrant de pathologies diverses.
Et les enseignants savent que, pendant ce temps, la communication officielle leur dit que « tout va bien puisque la moyenne est stable »…
Nous ne pouvons pas laisser cette fiction s’installer. C’est pourquoi Action & Démocratie invite chaque enseignant à nous transmettre le nombre réel d’élèves dans ses classes et ses groupes. Nos chiffres, nos réalités, face aux moyennes édulcorées et aux statistiques trompeuses.
Car la statistique, cette troisième forme du mensonge, peut bien tout lisser, mais elle ne parviendra jamais à modifier la réalité de terrain : 35 élèves dans une salle conçue pour 30, un demi-groupe de langue qui en compte 28, un professeur qui n’arrive plus à circuler entre les rangées : tel est le quotidien que la moyenne à 21,7 ne dit pas et dont elle ne veut rien savoir.
Et si nous ne le faisons pas savoir, qui le fera ?
Envoyez-nous les effectifs réels de vos classes : contact@actionetdemocratie.com
Réf :
Combien d’élèves devant un enseignant pendant une heure de cours dans les établissements du second degré à la rentrée 2024 ? DEPP, note d’information n° 25.49 – Août 2025