AD/CFE-CGC, pour reconstruire l'école et défendre ceux qui la font vivre

Vous avez dit CPS ?

AD / ACTUS /12 mars 2025

Dans une lettre de saisine du Conseil supérieur des programmes en date du 13 mars 2024, la ministre BELLOUBET a souhaité qu’à l’occasion de la refonte du socle commun de connaissances, de compétences et de culture, les « compétences psychosociales » (CPS) soient travaillées dans toutes les disciplines. Elle y énumère ces compétences : « la confiance en soi, la capacité à s’organiser, la persévérance ou la capacité à communiquer de façon constructive, à coopérer avec les autres, à verbaliser ses émotions, à faire une place aux autres en apprenant à les connaître, à faire preuve d’empathie et d’esprit critique, à évaluer les conséquences de ses actions pour l’autre et pour la collectivité » en ajoutant peu après que « le socle doit donc préciser les objectifs visés pour le développement des compétences cognitives, émotionnelles et sociales des élèves, en s’appuyant notamment sur le référentiel de Santé publique France. »

Une seconde lettre de saisine datée du même jour demande au même Conseil supérieur de veiller à introduire dans tous les programmes « là où cela sera nécessaire, la maîtrise des compétences psychosociales de façon à aider les élèves à agir de manière responsable et autonome ». Cette lettre ajoute que « les nouveaux programmes devront accorder une place substantielle à la maîtrise des compétences psychosociales. En effet, outre les compétences disciplinaires spécifiques qu’il transmet, chaque enseignement contribue au développement des compétences cognitives, émotionnelles et sociales des élèves. Ces derniers doivent ainsi pouvoir agir de manière responsable et autonome, en citoyens éclairés. »

Pour AD/CFE-CGC, si la mission fondamentale de l’école républicaine est bien entendu de former des citoyens éclairés, encore faut-il s’entendre sur ce qui fait un citoyen éclairé : il y a une grande différence entre une école qui apprend à penser et une école qui apprend quoi penser ! Le concept de « compétences psychosociales » a été défini par l’OMS en 1993 comme « la capacité d’une personne à répondre avec efficacité aux exigences et aux épreuves de la vie quotidienne ». L’OMS distingue dix compétences psychosociales réparties en trois grandes catégories : compétences sociales, compétences cognitives et compétences émotionnelles. Le simple recours au terme de « compétence » pour désigner des choses aussi diverses que l’empathie, la conscience de soi ou la pensée critique (pour ne citer que ces trois-là) est en lui-même problématique. On sait que les « compétences », directement issues du monde de l’entreprise et de la recherche de productivité, ont déjà causé des ravages au sein de l’éducation nationale et de ses programmes depuis qu’elles y ont été introduites au détriment de l’énoncé clair et rigoureux de connaissances précises.

Mais il y a plus préoccupant encore : l’intégration des compétences psychosociales dans les programmes scolaires transforme de fait ces derniers en outil de la santé mentale et en instrument de prévention des conduites à risque. Elle s’inscrit de fait dans un contexte de montée des fragilités psychologiques et sociales chez les jeunes parmi lesquels on observe des phénomènes de stress, d’anxiété, de harcèlement scolaire, de troubles du comportement et de mal-être de plus en plus fréquent. En adoptant le concept de compétences psychosociales, et qui plus est sans débat parlementaire, le ministère cherche à renforcer le rôle de l’école comme acteur de la santé publique et de la prévention. Est-ce là son rôle ? Il est permis d’en douter et de se demander si l’intégration des CPS dans les programmes scolaires, en plus de dénaturer ces derniers, ne risque pas d’aggraver le mal auquel on cherche à remédier, voire d’entraîner une normalisation des comportements ou une psychologisation des difficultés scolaires, et finalement de brouiller encore davantage les repères au sein d’une institution qui s’avère de moins en moins capable de les transmettre…

Quoi qu’il en soit, AD/CFE-CGC estime qu’on ne peut laisser se produire une telle transformation sans en interroger le sens, les objectifs ainsi que les présupposés, et sans s’en remettre à l’expertise des premiers concernés par les programmes d’enseignement que sont les professeurs. Pour AD/CFE-CGC, non seulement ce n’est pas à Santé publique France de se mêler des programmes scolaires, mais il n’appartient pas non plus au ministère et à la DGESCO de définir ou redéfinir dans leurs bureaux des programmes d’enseignement qui transformeraient le métier même de professeur pour en faire un accompagnement du développement personnel plutôt qu’un spécialiste d’une discipline chargé d’en transmettre les éléments aux nouvelles générations.

C’est pourquoi Action & Démocratie sollicite d’être auditionné par le conseil supérieur des programmes en urgence sur ce sujet, ainsi d’ailleurs que sur la prise en compte des apports de l’IA puisque les lettres de saisine du 13 mars 2024 précédemment citées donnent également consigne au CSP de faire contribuer les programmes, pour chaque discipline, à la création d’une « culture de l’IA , au travers en particulier de l’utilisation raisonnée des possibilités offertes par les outils utilisant l’intelligence artificielle ».

Action & Démocratie est un syndicat bien décidé à porter dans les instances la parole de ceux qui sont sur le terrain et s’estiment mal représentés par des organisations parfois confites dans des postures idéologiques. C’est pourquoi, dans le cadre de l’audition que nous préparons, nous avons constitué des groupes de travail et souhaitons recueillir vos avis éclairés : n’hésitez pas à nous écrire pour nous faire part de vos réflexions et de vos attentes sur ces sujets d’une importance majeure.

Sources

Pour aller plus loin, et exercer son esprit critique...

Actus

Violence scolaire : des constats alarmants qui exigent des réponses à la hauteur

Les chiffres du rapport annuel de performances 2024 le confirment : la violence dans les établissements scolaires progresse, en particulier au collège et dans les lycées professionnels. Les actes graves de violence augmentent dans tous les niveaux d’enseignement, avec un taux particulièrement élevé dans les lycées professionnels (22,6 pour 1 000 élèves). Action & Démocratie appelle à prendre des mesures concrètes, durables et adaptées pour garantir enfin la sécurité des élèves et des personnels.

Lire la suite »

Insécurité dans les établissements scolaires : une revue de presse

Selon le ministère de l’éducation nationale, entre le 26 mars et le 23 mai, 6000 contrôles ont entraîné la saisie de 186 couteaux, et 587 conseils de discipline ont eu lieu au total pour détention de couteaux. Voici une recension non exhaustive d’agressions récentes contre des enseignants durant l’année scolaire 2024-2025. Et ce ne sont là que la vingtaine de faits de violence grave dont la presse s’est faite l’écho, c’est-à-dire une goutte d’eau en comparaison de la réalité…

Lire la suite »

Baisse de l’indemnisation des arrêts maladie : Action & Démocratie poursuit son recours contre les décrets de février 2025

Le 28 juillet, le Conseil d’État a refusé de transmettre notre QPC sur la baisse de 10 % de l’indemnisation des arrêts maladie. Action & Démocratie poursuit son combat contre une réforme injuste qui rompt l’égalité, fragilise la santé des agents et pénalise les femmes enceintes. Notre recours au fond pour défendre les personnels de l’Éducation nationale, qui sont parmi les moins absents et les plus exposés aux maladies, est toujours en cours.

Lire la suite »

Diffamations et accusations mensongères : la première cause de souffrance des personnels

Être accusé à tort : une épreuve qu’aucun professionnel de l’éducation ne devrait subir ni affronter sans soutien. Le dernier baromètre de l’ASL révèle une explosion des diffamations et accusations mensongères, désormais première cause de souffrance dans les établissements.
Action & Démocratie lance un appel à témoignages pour que la parole des personnels soit enfin entendue et que la protection fonctionnelle devienne une réalité pour tous.

Lire la suite »

Rentrée 2025 : contre la lassitude, l’engagement

Après une année 2024-2025 éprouvante, l’année 2025-2026 s’ouvre dans un climat de lassitude confirmé par les enquêtes de la DEPP et les témoignages des personnels. Manque de moyens, réformes incessantes, absence de reconnaissance : le malaise est profond. Face à cette situation, Action & Démocratie choisit l’avenir : faire le pari de l’intelligence, redonner confiance dans le syndicalisme et agir pour restaurer le sens et la dignité de nos métiers.

Lire la suite »

Calendrier de révision de la carte de l’éducation prioritaire

Les travaux de révision de la carte de l’éducation prioritaire ont été engagés. A la rentrée 2026, au plus tôt, certains établissements sont susceptibles de sortir du réseau d’éducation prioritaire ou d’y entrer, ce qui peut influer sur les demandes de mutation en novembre 2025. AD attire l’attention du ministère sur le maintien de l’avantage spécifique d’ancienneté dans tous les cas.

Lire la suite »

Fouilles de sacs « aléatoires » à l’entrée des établissements scolaires à partir du printemps

La ministre a annoncé pour le printemps des fouilles de sacs aléatoires aux abords de certains établissements, suite à plusieurs agressions à l’arme blanche depuis le début d’année. Cette annonce ne résout en rien le problème de la sécurité aux abords et au sein des établissements qui exige un état des lieux sincère et une politique ambitieuse plutôt que de la communication.

Lire la suite »

Je suis Paty

L’Éducation nationale est une cible d’autant plus vulnérable qu’elle est en proie à une autodestruction mise en œuvre par ses services de contrôle disciplinaire des professeurs. Mickaëlle Paty a doublement raison dans son diagnostic des défaillances actuelles de l’école républicaine. Elle prête en général le flanc à l’entrisme idéologique en faisant bon accueil aux plaintes victimaires de minorités agissantes : c’est dorénavant le ressenti des élèves et parents d’élèves qui sert de pierre de touche pour juger la manière de servir d’un enseignant, et non plus la norme républicaine de la formation de l’esprit critique

Lire la suite »