Parus au bulletin officiel de l’éducation nationale le 6 février 2025, les programmes d’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS) doivent s’appliquer dès cette rentrée, pour tous les niveaux d’enseignement, de la maternelle à la terminale.
Présentée comme une des mesures phares du second mandat d’Emmanuel Macron pour l’éducation, la généralisation de l’EVARS va toutefois se heurter à un obstacle de taille, qui n’a rien à voir ici avec les résistances de certaines familles ou de milieux conservateurs : aucun moyen spécifique n’a été dégagé pour sa mise en œuvre, et les enseignants déjà formés sont très peu nombreux au regard du nombre de séances à assurer. Le résultat prévisible est que cet enseignement sera peu ou très mal assuré, dans des conditions qui risquent de mettre en difficulté les personnels d’encadrement et d’enseignement.
Où sont les heures d’enseignement ?
Dès cette rentrée, donc, les inspecteurs et directeurs d’école, les principaux et les proviseurs auront pour charge de s’assurer que trois séances au minimum soient consacrées à l’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (seulement dans le 2d degré pour cette dernière composante) pour chacune des classes. Ces séances doivent être réalisées par les professeurs des écoles dans le 1er degré, par les personnels d’enseignement et d’éducation dans le 2d degré, qui peuvent être assistés de personnels sociaux ou de santé de l’Éducation nationale. Des partenaires extérieurs (associations) peuvent être sollicités dans le 2d degré, mais leur intervention se fera toujours en coanimation et sous la responsabilité d’un personnel enseignant ou d’éducation. C’est donc bien aux enseignants et aux conseillers principaux d’éducation qu’incombe la responsabilité de dispenser l’EVAR(S).
Aucune heure fléchée n’étant allouée dans les dotations des établissements, ces heures devront être prises sur les services des enseignants ou des CPE, et ne donneront pas lieu, a priori, à une rémunération supplémentaire. C’est supposer que les personnels volontaires pour les assurer auront à cœur de se former, de concevoir et d’animer leurs séances, et tout cela gratuitement, comme si cela ne représentait aucun travail supplémentaire. Ou bien le volontariat, face à la pénurie prévisible de candidats, sera-t-il bientôt remplacé par une forme d’obligation faite à certains enseignants d’assurer ces séances ? On ne voit pas en tout cas, dans ces conditions, comment l’EVARS pourrait susciter beaucoup de vocations chez des personnels enseignants déjà soumis à des services alourdis par les heures supplémentaires imposées et les classes surchargées.
Il est également à déplorer, encore une fois, qu’aussi louables que soient les objectifs de cette éducation, celle-ci viendra nécessairement rogner sur les autres enseignements, déjà amputés par de multiples dispositifs à l’intérêt parfois discutable (PIX, questionnaire harcèlement, etc.), ce qui questionne sur la volonté affichée de « relever le niveau des élèves ».
Où est l’offre de formation ?
Les programmes d’EVARS, présentés comme « ambitieux » par le ministère, réclament, pour être enseignés correctement, des connaissances qui relèvent de champs disciplinaires différents : biologie, psychologie, sociologie, philosophie, etc. Il est évident que très peu d’enseignants maîtrisent l’ensemble du spectre des connaissances requises, et qu’il est nécessaire de dispenser une formation solide, en présentiel et conçue sous la forme d’un cycle pluri-annuel, pour permettre aux enseignants de s’approprier correctement les programmes. Or, à ce jour, l’offre de formation reste très limitée, et la communication du ministère est très opaque sur ce point. Les services rectoraux sont même dans l’incapacité de répertorier les professeurs qui ont déjà été formés antérieurement à l’éducation à la vie affective et sexuelle, pouvant constituer un vivier sur lequel s’appuyer pour la mise en œuvre rapide de cet enseignement. Seule mesure concrète et visible pour l’instant, un parcours d’auto-formation a été mis en place sur la plateforme Magistère, d’une durée de trois heures ! Est-ce à dire que tout le monde, en trois heures, peut s’approprier les éléments fondamentaux lui permettant de délivrer un enseignement de qualité, que ce soit pour des enfants de 4 ans ou des adolescents de 17 ans ?
Le ministère, en précipitant la mise en œuvre de l’EVARS à tous les niveaux, ne s’est clairement pas donné les moyens des ambitions affichées. Dans un contexte budgétaire contraint, et sans moyens dédiés, l’EVARS risque de finir en mauvaise farce, et n’apparaître que comme un exercice de communication politique, destiné à caresser idéologiquement une partie de l’électorat et s’attirer les bonnes grâces de certains syndicats.
Il n’est pas admissible qu’une telle entreprise repose, encore une fois, entièrement sur les épaules des personnels, le ministère comptant visiblement sur leur bonne volonté pour mettre en œuvre un dispositif mal pensé et pas financé.
C’est pourquoi, afin de ne pas mettre en difficulté les personnels d’enseignement et de direction, qui sont en première ligne dans cette affaire, Action & Démocratie exige que tous les moyens nécessaires soient alloués pour que l’enseignement de l’EVARS soit pleinement réalisé, sans préjudice pour les autres enseignements, à savoir :
- des heures dédiées dans l’emploi du temps, dans le 2d degré, en-dehors des créneaux dédiés pour l’enseignement des autres disciplines ;
- une formation solide, en présentiel, pour les personnels volontaires ;
- une rémunération supplémentaire clairement fixée, pour les professeurs des écoles, les personnels d’éducation et d’enseignement qui acceptent de se former et de dispenser cet enseignement.