Bonheur du lycéen, malheurs de l’étudiant
On pourrait s’en féliciter, si ces records de réussite et de mentions présageaient d’une poursuite d’études aussi brillante. Malheureusement – et les données de réussite dans le supérieur publiées au même moment le montrent cruellement – beaucoup d’étudiants n’ont pas le niveau requis, et abandonnent leur parcours sans obtenir de diplôme. À l’université, où se retrouve la majorité des lycéens de série générale, à peine plus de 40 % parvient à décrocher une licence en trois ans ou en quatre ans. Un étudiant sur deux ne valide pas sa première année de licence. Et quatre ans après avoir obtenu le bac, les diplômés de 2020 entrés en L1 sont 52,8 % à ne pas avoir validé de diplôme supérieur.
Tous les étudiants ne vont certes pas à l’université, et la réussite dans les autres voies, qui accueillent davantage de lycéens des séries technologiques et professionnelles, est légèrement meilleure, mais elle n’avoisine pas non plus les sommets du bac (un peu moins de 55 % pour le BTS et le BUT en trois ans).
S’il était besoin d’une preuve supplémentaire, la multiplication des dispositifs de remise à niveau dans l’enseignement supérieur atteste de ce décrochage de plus en plus manifeste entre le niveau réel et le niveau supposé de l’étudiant ayant tamponné son passeport pour l’université.
Ne pas se résigner à la médiocrité
Que faire, donc, pour redonner plus de valeur au bac et, surtout, pour rétablir à un digne étiage le niveau des élèves qui l’obtiennent ? Si l’on comprend que notre ministre n’est pas en position, politiquement, d’initier de grandes réformes, les pistes proposées feraient presque sourire si elles ne traduisaient pas, encore une fois, une grande hypocrisie. Demander à ce que les jurys ne « rattrapent » pas en-dessous de 8/20 et limiter les points de jury à 0,5 point de moyenne (ce qui en représente tout de même 50 sur l’ensemble des coefficients) changera-t-il quelque chose à l’affaire ? Seuls 2 % des élèves ont obtenu le bac grâce à des points de jury, et très peu sans doute ont bénéficié d’un coup de pouce supérieur à la limite proposée. C’est oublier également que les professeurs ont été quasiment exclus des jurys de bac depuis la réforme Blanquer, seuls quelques-uns étant requis pour examiner à la chaîne les dossiers au moment des délibérations.
Quant aux « consignes d’exigences claires » réclamées par le ministre, qui permettraient de ne pas mettre la moyenne « à une copie écrite de manière inintelligible, avec un niveau d’orthographe, de grammaire et de syntaxe absolument déplorable », croit-on qu’on pourrait sérieusement les appliquer sans risquer de recaler un bon tiers des élèves ? Il n’est tout simplement pas normal, et une honte pour notre système scolaire, que des élèves parviennent en terminale avec des telles lacunes, si fréquemment constatées, et c’est un affreux mensonge que de leur faire accroire, en leur donnant le bac, qu’ils ont toutes leurs chances de décrocher un diplôme encore supérieur.
Nous ne nous résignons pas, à Action & Démocratie, à ce que la médiocrité fasse loi, et à ce qu’on berce d’illusions de jeunes esprits chez qui on suscite de grandes ambitions sans leur donner les moyens de les réaliser. Nous ne pourrons redonner de la valeur au bac qu’en reprenant les choses à leur fondement, et en rétablissant un niveau d’exigence élevé à partir des petites classes et tout au long de la scolarité.
C’est un grand motif de frustration professionnelle pour les enseignants, que de voir les élèves sortir de leur établissement sans avoir les bases nécessaires à la réussite dans le niveau supérieur, que ce soit au collège, au lycée ou à l’université. Nous sommes convaincus que nous ne pourrons élever le niveau des élèves sans remettre au premier plan l’autorité pédagogique des professeurs, à qui on a enlevé peu à peu tout pouvoir de décision et à qui on demande maintenant d’accorder un diplôme sans valeur à des jeunes qu’on envoie au casse-pipe.
Références :
– Résultats et notes au baccalauréat – session de juin 2025
– Parcours et réussite en licence : les résultats de la session 2024
– Parcours et réussite en section de technicien supérieur : session 2024
– Parcours et réussite en IUT : les résultats de la session 2024