Action & Démocratie souhaite attirer l’attention sur certaines situations spécifiques rencontrées dans les lycées professionnels, en particulier dans les formations techniques, où l’usage ponctuel du téléphone mobile peut relever non d’un choix pédagogique, mais d’une contrainte matérielle.
Dans de nombreux établissements, l’accès à des équipements informatiques opérationnels demeure difficile, en raison de leur nombre limité, de leur obsolescence ou de dysfonctionnements récurrents. Les matériels disponibles ne permettent pas toujours un usage pédagogique normal, en raison notamment de temps de démarrage excessifs, d’instabilités techniques ou de pannes fréquentes. Cette situation peut en outre être aggravée par des incidents techniques majeurs affectant durablement les infrastructures numériques institutionnelles (comme c’est le cas actuellement dans plusieurs académies du Nord de la France).
Dans ce contexte, certains enseignements professionnels se trouvent confrontés à une difficulté particulière. En maintenance automobile par exemple, l’accès à des logiciels de diagnostic, à des bases de données techniques ou à des interfaces professionnelles en ligne est indispensable au travail sur les véhicules. Faute d’ordinateurs opérationnels ou de matériels dédiés, l’usage du téléphone mobile peut alors devenir une solution de substitution, permettant aux élèves de poursuivre effectivement les activités prévues.
Action & Démocratie souligne toutefois que cette utilisation ne va pas sans difficultés. Le contrôle de l’usage strictement pédagogique des téléphones est complexe et cet usage peut être source de détournements vers des applications de divertissement. Cette situation ne saurait être imputée aux enseignants ni seulement à l’outil en l’espèce : elle est avant tout la conséquence directe d’un défaut d’équipement et d’investissement, qui place les équipes dans des arbitrages contraints.
Ces constats ne remettent nullement en cause le bien-fondé de l’interdiction générale de l’usage des téléphones portables dans les établissements scolaires. Ils confirment au contraire la nécessité de dérogations pédagogiques clairement encadrées, prévues par la loi et précisées par les règlements intérieurs, lorsque l’usage du téléphone constitue un moyen temporaire de pallier des carences matérielles.
Action & Démocratie considère en revanche que ces usages contraints ne sauraient devenir une norme implicite ni se substituer durablement à des équipements institutionnels adaptés. Le téléphone mobile, qui est en outre un objet personnel, ne peut être érigé en outil pédagogique de référence par défaut. Il appartient à l’institution de fournir aux établissements, et en particulier aux lycées professionnels, des matériels numériques professionnels, maintenus, renouvelés et sécurisés, à la hauteur des exigences des formations dispensées.
À défaut, le risque est double : faire peser sur les personnels la responsabilité de pallier des insuffisances structurelles, et accentuer les inégalités entre établissements selon leurs ressources propres. La reconnaissance de ces usages pédagogiques contraints doit donc aller de pair avec une exigence claire en matière d’équipement, afin que les dérogations restent ce qu’elles doivent être : des exceptions encadrées, et non la conséquence durable d’un défaut de moyens.
Action & Démocratie souhaite enfin souligner une hésitation, voire une inconséquence persistante dans les orientations publiques en matière de numérique éducatif. D’un côté, les pouvoirs publics encouragent, souvent sans discernement suffisant, le développement des équipements et des usages numériques dans l’éducation ; de l’autre, ils affirment désormais, à juste titre selon nous, la nécessité de préserver le temps scolaire de l’usage du téléphone portable.
Une clarification est indispensable. Promouvoir simultanément une montée en puissance du numérique à l’École et une interdiction de l’usage des téléphones portables n’est pas contradictoire en soi, à condition de distinguer clairement les outils professionnels institutionnels des objets personnels, et d’accompagner les choix réglementaires par des politiques d’équipement cohérentes, prudentes et réellement adaptées aux besoins pédagogiques. À défaut, ce sont les équipes de terrain qui se retrouvent contraintes de gérer, seules, les incohérences entre les discours, les prescriptions et les moyens effectivement disponibles.