AD/CFE-CGC, pour défendre l'école et tous ceux qui la font vivre

ISAE / ISOE : de nouvelles dispositions applicables dès septembre 2025

AD / ACTUS /septembre 2025

Le décret n° 2025-926 du 8 septembre 2025 vient modifier les règles relatives à l’indemnité de suivi et d’accompagnement des élèves (ISAE) et à l’indemnité de suivi et d’orientation des élèves (ISOE). Ces indemnités, initialement versées aux enseignants du premier et du second degré pour reconnaître le suivi éducatif des élèves au-delà de l’enseignement disciplinaire, sont devenues depuis le « pacte » un outil pour inciter les personnels à accepter des missions supplémentaires.

Le texte élargit le champ des missions donnant droit à la part fonctionnelle de l’ISAE et de l’ISOE. Dans le second degré, les dispositifs Devoirs faits et stages de réussite sont désormais intégrés dans le périmètre de l’ISOE ; ils ne seront donc plus rémunérés en heures supplémentaires effectives (HSE). Autre évolution : lorsqu’un enseignant n’a pas pu réaliser l’intégralité des missions prévues et qu’aucun redéploiement n’a été possible, le chef d’établissement pourra prolonger leur réalisation jusqu’au 31 octobre de l’année scolaire suivante, à condition que l’enseignant reste dans le même établissement à la rentrée.

La grande nouveauté concerne l’ISAE, qui comporte désormais une part modulable, sur le modèle de l’ISOE. Cette part permet d’adapter le montant versé selon les missions accomplies. Un arrêté publié le même jour fixe ainsi des montants spécifiques pour les divisions de SEGPA : 1 308,72 € par an pour les 4ᵉ et 1 497,84 € pour les 3ᵉ. Ces dispositions s’appliquent aux rémunérations versées à compter de septembre 2025.

Si ce décret apporte une reconnaissance de missions jusque-là exercées en marge du cadre indemnitaire, il suscite aussi plusieurs points de vigilance. Le passage de certaines activités du régime des HSE à celui de l’ISOE peut réduire la souplesse de rémunération. La création d’une part modulable à l’ISAE risque d’entraîner des disparités de traitement selon les établissements. Enfin, la diminution drastique des HSE dans le second degré a déjà pour effet de brider l’initiative locale et de rendre impossibles certains dispositifs pourtant annoncés à grand renfort de communication, tel que l’EVARS dont nous avons déjà parlé ici.

Ces évolutions de l’ISAE et de l’ISOE, qui s’inscrivent dans la mise en place du « pacte » et peuvent sembler bienvenues malgré ces points de vigilance, ne sont toutefois pas anodines. Ce qui relevait autrefois d’un investissement spontané et collectif, dont nous réclamions à juste titre la reconnaissance financière, est désormais encadré par des dispositifs formalisés et rémunérés que sont les missions contractualisées. Et, tandis que le montant global des indemnités progresse, le traitement de base reste quant à lui inchangé : pour améliorer sa rémunération, il faut donc accepter des missions supplémentaires et en justifier l’accomplissement. Il s’agit là d’un changement de logique profond qui substitue à celle du service public, fondée sur l’égalité de traitement, une organisation inspirée du secteur privé qui valorise davantage l’investissement individuel et la performance. Cette transformation à bas bruit et par petites touches mérite d’être interrogée collectivement car elle dessine une Éducation nationale où la rémunération dépendrait de plus en plus des primes et des missions annexes que du cœur du métier enseignant.

Les différentes part de l’ISOE :

L’ISOE (second degré) est une indemnité comprenant une part fixe, commune à tous, et une part modulable attribuée aux professeurs principaux. Depuis 2023, une part fonctionnelle (liée au pacte) s’y est ajoutée.

 

L’ISAE (premier degré) est une indemnité comprenant une part fixe pour tous, des parts fonctionnelles pour des missions complémentaires, et, depuis septembre 2025, une part modulable spécifique aux professeurs principaux en SEGPA.

Ce que le décret du 8 septembre 2025 ajoute / modifie

Part modulable dans l’ISAE pour certains professeurs principaux :

Le décret crée une part modulable dans l’ISAE pour les enseignants qui assurent les fonctions de professeur principal dans les divisions des sections d’enseignement général et professionnel adapté (SEGPA), à condition que le directeur adjoint ne remplisse pas déjà ces fonctions. Une seule part modulable de professeur principal est allouée par division.

Montants de la part modulable pour SEGPA :

Division de 4ᵉ SEGPA : 1 308,72 €/an
Division de 3ᵉ SEGPA : 1 497,84 €/an

La part modulable sera versée mensuellement aux intéressés. Le décret précise que ces dispositions s’appliquent aux rémunérations versées à partir de septembre 2025.

Assouplissement pour les missions non achevées :

Si un enseignant ne peut pas faire toutes les missions prévues au cours de l’année et qu’il n’a pas été possible de redéployer les tâches, le délai pour achever la mission peut être repoussé jusqu’au 31 octobre de l’année scolaire suivante, à condition de rester dans le même établissement (ou circonscription selon le degré) et d’avoir déjà accompli au moins la moitié des missions.

Références

A lire aussi

Actus

Violence scolaire : des constats alarmants qui exigent des réponses à la hauteur

Les chiffres du rapport annuel de performances 2024 le confirment : la violence dans les établissements scolaires progresse, en particulier au collège et dans les lycées professionnels. Les actes graves de violence augmentent dans tous les niveaux d’enseignement, avec un taux particulièrement élevé dans les lycées professionnels (22,6 pour 1 000 élèves). Action & Démocratie appelle à prendre des mesures concrètes, durables et adaptées pour garantir enfin la sécurité des élèves et des personnels.

Lire la suite »

Cadre d’usage de l’IA en éducation

Face à l’introduction précipitée de l’intelligence artificielle dans l’éducation, Action & Démocratie exprime une position de vigilance critique : le syndicat dénonce un cadre flou, des finalités mal définies et les risques d’une dérive techniciste qui menace la mission émancipatrice de l’École.

Lire la suite »

Usage de l’IA dans l’éducation : la menace fantôme

Le projet de « cadre d’usage de l’intelligence artificielle en éducation » présenté par le ministère élude les enjeux fondamentaux liés à la formation de l’esprit et à la mission même de l’école. AD/CFE-CGC dénonce l’absence de réflexion éthique, le manque de précautions face aux risques pédagogiques et la banalisation d’outils susceptibles d’atrophier l’intelligence naturelle que l’école a pour mission de former. AD/CFE-CGC refuse donc de cautionner un cadre d’usage qui ne cadre rien et en appelle à une réflexion de fond à la hauteur des enjeux humains, pédagogiques et éthiques que soulève cette transformation.

Lire la suite »

Réforme du CAPES : vers un BTS enseignement ?

Alors que le niveau des élèves baisse et que le métier d’enseignant perd en attractivité, le gouvernement s’engage dans une réforme du recrutement qui sacrifie la formation scientifique aux postures idéologiques. Fini les professeurs spécialistes, place aux techniciens de l’inclusivité formés à la va-vite pour répéter les dogmes du moment, comme s’il fallait savoir moins pour enseigner mieux. A ce rythme, pourquoi pas un simple BTS pour devenir professeur ? Action & Démocratie dénonce cette dénaturation du métier masquée sous les habits trompeurs de la « professionnalisation ».

Lire la suite »

10% en moins en cas d’arrêt maladie : AD/CFE-CGC se mobilise

Inscrite dans la loi de finance 2025, la baisse de 10% du traitement pendant les trois premiers mois de congé maladie ordinaire aura inévitablement pour effet, compte tenu de la faiblesse des traitements, de pousser les agents à effectuer leur service tout en étant malades et de ce fait contagieux pour leurs collègues aussi bien que leurs élèves : d’un simple point de vue sanitaire et organisationnel, une telle mesure est contre-productive autant pour le salarié que pour les élèves et l’institution. AD/CFE-CGC saisit le Conseil d’État pour la faire annuler.

Lire la suite »

Vous avez dit CPS ?

Sans le moindre débat préalable, le ministère a décidé d’intégrer les « compétences psychosociales » dans tous les programmes scolaires, renforçant encore le rôle de l’école comme acteur de santé publique et de prévention. Mais est-ce là sa fonction ? Et sont-ce là nos missions en tant qu’enseignants ? AD conteste cette évolution et demande à être auditionné par le conseil supérieur des programmes.

Lire la suite »

Je suis Paty

L’Éducation nationale est une cible d’autant plus vulnérable qu’elle est en proie à une autodestruction mise en œuvre par ses services de contrôle disciplinaire des professeurs. Mickaëlle Paty a doublement raison dans son diagnostic des défaillances actuelles de l’école républicaine. Elle prête en général le flanc à l’entrisme idéologique en faisant bon accueil aux plaintes victimaires de minorités agissantes : c’est dorénavant le ressenti des élèves et parents d’élèves qui sert de pierre de touche pour juger la manière de servir d’un enseignant, et non plus la norme républicaine de la formation de l’esprit critique

Lire la suite »

Proposition de loi visant à protéger l’école de la République et les personnels qui y travaillent

Protection fonctionnelle accordée de plein droit, aggravation des peines pour faits de violence envers les personnels, inspection visuelle et fouille des effets personnels en cas de menace pour l’ordre et la sécurité : une proposition de loi qui ne fait qu’une partie du chemin pour protéger efficacement les personnels et qui néglige l’une des mesures indispensables que défend AD pour conforter leur autorité.

Lire la suite »