AD/CFE-CGC, le syndicat des professeurs des écoles qui défendent l'instruction publique
Piscine scolaire : qui fait quoi, qui répond de quoi ?
Newsletter AD Premier degré / n°10 - septembre 2025
Qui encadre ? Qui surveille ? Qui répond en cas de problème ? Face au manque de maîtres-nageurs, les enseignants se retrouvent trop souvent en première ligne, sommés d’assumer une mission impossible : animer un atelier tout en surveillant tout le bassin. Si l’on exige de l’enseignant qu’il veille à la sécurité, il faut lui donner les moyens de le faire : organisation adaptée, responsabilité assumée par la hiérarchie, droit d’arrêter une séance si les conditions ne sont pas réunies… La sécurité des élèves n’est pas négociable.
Vous êtes nombreux à nous interroger sur la réglementation, l’encadrement et la responsabilité lors des séances de natation.
Parfois, la piscine est un théâtre.
Le carrelage luit, l’air sent le chlore et les cris ricochent sous la verrière. Des bulles, des rires, des frissons. Et, au milieu, une maîtresse avec sa classe. Elle a préparé ses ateliers, briefé les accompagnateurs, vérifié trois fois les bonnets. Elle sait qu’à tout moment, c’est vers elle qu’on se tournera au moindre incident, au moindre problème. Parce que c’est toujours ainsi : quand un enfant glisse, quand une consigne se perd dans l’écho, on cherche le « responsable ». On ne s’adresse pas à la ligne budgétaire ni au plan de surveillance de la piscine ; on s’adresse à l’enseignant.
Et pourtant, personne ne peut regarder à trois ou quatre endroits à la fois. Personne ne peut animer un atelier ici tout en surveillant l’ensemble là-bas. C’est une vérité simple, presque banale, qu’on voudrait faire disparaître derrière une phrase : « Il n’y a plus assez de maîtres-nageurs, prenez un groupe. Et les autres ? »
Traduction : tu t’occupes d’un îlot et, par magie, tu deviens vigie de tout l’archipel.
Sauf que la magie n’existe pas. Mais la responsabilité, si.
Notre collègue l’a bien compris. Elle sait qu’elle a le droit et le devoir – oui, les deux – d’arrêter la séance si quelque chose cloche : une élève transie, un encadrement insuffisant ou une organisation bancale. Elle sait que sa responsabilité pédagogique l’oblige à pouvoir voir, évaluer et anticiper. Alors disons-le net : si l’on veut qu’elle assume ce devoir, il faut lui en donner les moyens. On ne peut pas lui reprocher après coup ce qu’on lui interdit de prévenir avant.
Concrètement ? Ça veut dire une organisation qui respecte la logique du terrain.
- Option 1 : on recrute suffisamment de maîtres-nageurs pour que tout se passe pour le mieux dans l’intérêt pédagogique et sécuritaire des enfants.
- Option 2 : les maîtres-nageurs prennent des groupes plus grands, de façon à décharger la maîtresse d’un groupe à animer. Elle retrouve ainsi sa vision d’ensemble : elle circule, observe, recadre et, si besoin, stoppe tout. C’est son rôle et c’est la sécurité.
Dans les deux cas, on respecte une règle d’or : permettre à l’enseignant de garder, à tout instant, la vue d’ensemble. L’organisation doit lui laisser l’espace pour circuler, superviser et décider. Sinon, on fabrique de l’aveuglement. Et l’aveuglement, en milieu aquatique, ça ne pardonne pas.
On nous dira peut-être : « Mais ça marchait avant ! »
Avant, il y avait plusieurs maîtres-nageurs et des groupes plus petits. La maîtresse gardait son regard panoramique. Aujourd’hui, on réduit l’effectif des maîtres-nageurs et, comme par enchantement, on voudrait que l’enseignante multiplie ses yeux. Non. On ne compense pas des coupes budgétaires avec l’impossible.
Alors oui, il faut écrire à l’IEN, le supérieur hiérarchique. Pas pour polémiquer mais pour protéger. Dire simplement : « Voilà la situation, voilà pourquoi elle m’empêche d’exercer mon devoir de surveillance pédagogique globale et de sécurité, voilà ce que je propose. » Parce que la hiérarchie, c’est aussi fait pour prendre des décisions claires et assumer des choix. Si l’IEN estime que l’organisation imposée est « normale », qu’il l’écrive. Qu’il prenne acte, qu’il prenne ses responsabilités. Et s’il reconnaît le problème – ce qui serait la moindre des choses pour qui a déjà posé un pied sur un carrelage humide un mardi matin – alors qu’on réorganise.
Nous ne demandons pas la lune. Nous demandons la cohérence :
- Si on peut reprocher à l’enseignant en cas d’accident, alors on doit lui permettre d’empêcher l’accident.
- Si la maîtresse a le droit et le devoir d’arrêter la séance, alors on doit lui donner les conditions pour voir ce qu’il faut arrêter.
- S’il manque de maîtres-nageurs, on adapte les groupes pour que la maîtresse reste disponible pour l’ensemble – au lieu de la bloquer dans un atelier.
L’école n’est pas une variable d’ajustement. Nos élèves méritent autre chose que des compromis hasardeux. Chaque élève doit rentrer à la maison en sécurité, fatigué mais fier, avec l’odeur du chlore et un grand sourire.
Chers collègues, ne portez pas seuls ce poids. Écrivez. Documentez. Dites la réalité de vos séances : qui fait quoi, où sont les angles morts, qu’est-ce qui coince. Proposez une des deux organisations ci-dessus. Exigez une réponse écrite de l’IEN, votre supérieur hiérarchique. Ce n’est pas de la paperasse : c’est votre bouclier. Et s’il le faut, suspendez la séance. On ne plaisante pas avec l’eau.
Notre ligne est simple : la sécurité d’abord, l’enseignant respecté et les rôles clarifiés.
Le reste – les économies de bouts de ficelle, les « ça ira bien », les « faites comme vous pouvez » – n’a pas sa place au bord d’un bassin.