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Remplacement dans le premier degré : vers un vivier départemental unique
Newsletter AD Premier degré / n°13 - janvier 2026
La réforme du remplacement dans le premier degré s’accélère avec la mise en place annoncée d’un vivier départemental unique et d’un nouvel outil de gestion, ARIA+. Action & Démocratie fait le point sur les évolutions en cours, leurs objectifs affichés et les risques bien réels pour les conditions de travail des remplaçants.
Améliorer le remplacement, oui — mais pas au prix d’une dégradation silencieuse des missions et de la reconnaissance des collègues.
Remplacement dans le premier degré : mieux remplacer… ou faire porter la charge aux remplaçants ?
À partir de la rentrée 2026, l’organisation du remplacement dans le premier degré est appelée à évoluer profondément. Dans tous les départements, les services de l’Éducation nationale travaillent à la mise en place d’un vivier départemental unique de remplaçants, mettant fin aux organisations actuelles fondées sur des équipes de proximité ou des missions différenciées.
Cette évolution s’inscrit dans le prolongement de textes déjà anciens, mais dont la mise en œuvre s’accélère aujourd’hui, notamment sous l’effet de la départementalisation de la gestion des absences et du déploiement progressif d’un nouvel outil informatique national, ARIA+, destiné à centraliser l’affectation des remplaçants.
Un choix discutable
Pour améliorer l’efficacité du remplacement dans le premier degré, il existe deux leviers. Le premier consiste à demander toujours plus à celles et ceux qui sont sur le terrain, en élargissant leurs zones d’intervention et en multipliant les affectations sous couvert de « rationaliser » la gestion. Le second repose sur un choix autrement plus exigeant : celui de renforcer réellement les équipes par un recrutement à la hauteur des besoins.
C’est clairement le premier levier que le ministère semble aujourd’hui privilégier, en généralisant un nouveau modèle d’organisation du remplacement à l’échelle départementale, appuyé sur le déploiement d’un nouvel outil, ARIA+, destiné à centraliser la gestion des absences et l’affectation des titulaires remplaçants. Concrètement, ce nouveau modèle repose sur la fusion des différents types de remplaçants (brigades départementales, ZIL, équipes spécialisées, remplaçants REP+, etc.) au sein d’un vivier unique et une gestion des absences et des affectations à l’échelle départementale, pilotée par la DSDEN. Cela entraîne une déspécialisation accrue des missions, les remplaçants pouvant être mobilisés indifféremment sur des remplacements courts, longs ou spécifiques, et la disparition progressive des logiques de proximité qui structuraient jusqu’ici une partie du remplacement.
L’objectif mis en avant est d’améliorer le taux de remplacement en optimisant la mobilisation des ressources disponibles. Sur le fond, cela peut s’entendre, Action & Démocratie n’étant pas dans une posture de refus systématique. Toutefois, si une organisation départementale permet effectivement de remplacer davantage d’absences, encore faut-il le démontrer par des données précises, objectivées et partagées, et surtout s’assurer que ce gain ne se fasse pas au détriment des conditions de travail des remplaçants eux-mêmes.
Des inquiétudes légitimes
Or, à ce stade, les garanties font défaut. Et de nombreuses inquiétudes légitimes remontent du terrain, notamment un allongement des distances parcourues et une mobilité accrue, parfois sans lien avec les besoins de proximité ; une perte de continuité pédagogique, en particulier dans les écoles relevant de l’éducation prioritaire ou de l’enseignement spécialisé ; une déshumanisation de la gestion du remplacement lorsque les affectations sont décidées loin du terrain et sans connaissance fine des écoles ; enfin un impact potentiel sur les rémunérations, notamment sur les indemnités de sujétion lorsque les missions deviennent plus morcelées.
Le ministère a transmis des consignes aux DSDEN, sans réelle concertation avec les organisations syndicales, et sans discussion préalable sur les conséquences concrètes pour les personnels. Dans de nombreux départements, les collègues découvrent progressivement un modèle qui tend à fusionner les différents types de remplaçants et à gommer les logiques de proximité.
Cette centralisation accrue pose plusieurs questions de fond. Comment s’assurer que la continuité pédagogique sera réellement améliorée ? Comment éviter que l’optimisation des moyens ne se traduise par un allongement des distances, une instabilité permanente et une dégradation silencieuse des conditions d’exercice ? Comment préserver ce qui fait aujourd’hui la richesse – et l’efficacité – du remplacement, fondé sur la connaissance fine des écoles, des équipes et des personnels par les secrétaires de circonscription et les agents en charge des affectations ?
Nos exigences
Le facteur humain est ici central. Un outil de gestion, aussi performant soit-il sur le papier, ne remplacera jamais l’expertise des personnels administratifs qui connaissent les collègues, les contraintes locales et les spécificités des écoles. Ces personnels doivent être pleinement associés à la conception et à l’évolution des outils numériques afin qu’ils restent des aides à la décision et non des sources supplémentaires de rigidité et de pression.
Dans ce contexte, Action & Démocratie rappelle avec force au ministère deux évidences :
La première, c’est qu’on ne peut pas améliorer le taux de remplacement, qui selon un rapport sénatorial était d’environ 78,3 % en 2023-2024, en demandant davantage aux collègues et sans augmenter en même temps le nombre de remplaçants en portant le taux de remplaçants au moins à 10% partout.
La seconde, c’est que si l’on demande davantage aux titulaires remplaçants, la reconnaissance doit suivre. L’élargissement des zones d’intervention, l’intensification des déplacements et l’incertitude accrue rendent plus que jamais urgente la revalorisation de l’ISSR, aujourd’hui figée depuis 2022 alors que le coût de la vie a fortement augmenté depuis. De la même manière, les modalités de calcul et de versement des indemnités REP et REP+, particulièrement défavorables aux remplaçants, doivent être revues.
Efficacité oui, dégradation non
Améliorer le remplacement ne peut pas se résumer à une réorganisation administrative ou à l’élaboration d’un nouvel outil informatique de gestion. Cela suppose des moyens humains, des données transparentes, une concertation réelle et une reconnaissance financière à la hauteur des contraintes imposées par ces missions. À défaut, cette réforme risque de n’être qu’une nouvelle étape dans la dégradation progressive des conditions de travail des remplaçants, au détriment des personnels comme, in fine, des élèves.