AD/CFE-CGC, pour défendre l'école et tous ceux qui la font vivre

Au CSE, une disposition scandaleuse contre les personnels dénoncée par Action & Démocratie

Réuni en séance supplémentaire le 6 mai 2026, le Conseil supérieur de l’éducation examinait un projet de loi relatif à la protection des enfants. Si l’objectif affiché du texte était légitime, Action & Démocratie / CFE-CGC a dénoncé avec fermeté une disposition introduite par le ministère prévoyant de conserver pendant dix ans dans le dossier administratif des agents certains avertissements et blâmes disciplinaires. Une mesure dangereuse pour les garanties statutaires des personnels.

AD / Communiqué /6 mai 2026

Le Conseil supérieur de l’éducation s’est réuni le 6 mai dans le cadre d’une séance supplémentaire ajoutée au calendrier afin d’examiner en urgence deux projets de loi dont certains articles concernent l’Éducation nationale : l’un relatif à la lutte contre le « séparatisme et l’entrisme », l’autre à la protection des enfants.

Plusieurs membres du CSE ont d’abord regretté les conditions dans lesquelles cette séance était organisée, les représentants du Conseil n’ayant eu communication que des seuls articles soumis à avis, sans disposer de l’ensemble des projets de loi auxquels ils appartiennent. Une critique particulièrement justifiée concernant le texte relatif au « séparatisme et à l’entrisme », dont le contexte politique et juridique restait très largement absent des documents transmis.

L’article 14 de ce projet de loi visait essentiellement à renforcer le fonctionnement de l’instance départementale chargée de la prévention de l’évitement scolaire, notamment en facilitant les échanges de données entre les CAF, les préfets et les DSDEN afin de mieux repérer les enfants dont la situation au regard de l’obligation scolaire n’est pas connue.

Hormis les réserves exprimées par la FSU sur les risques liés aux échanges de données personnelles, les débats ont surtout porté sur les conditions d’examen du texte. Action & Démocratie / CFE-CGC a pour sa part voté favorablement, considérant que les objectifs poursuivis répondaient à un besoin réel de suivi des situations d’évitement scolaire. L’avis du CSE est néanmoins resté défavorable, avec seulement 4 voix pour, mais surtout une majorité d’abstentions et de refus de vote.

Le principal débat de cette séance a toutefois porté sur le second projet de loi relatif à la protection des enfants. Là encore, le CSE n’était saisi que d’un seul article — l’article 5 — comportant diverses dispositions destinées à renforcer le contrôle d’honorabilité des personnes intervenant auprès des mineurs, notamment les intervenants extérieurs et les bénévoles.

Sur ces objectifs, Action & Démocratie / CFE-CGC a clairement indiqué partager entièrement l’intention du texte. Nous étions d’ailleurs arrivés avec l’intention de voter favorablement.

Mais la DGRH du ministère a introduit dans cet article une disposition totalement inacceptable, prévoyant que les sanctions du premier groupe prononcées « à raison d’atteinte à l’intégrité physique ou morale des élèves » ne puissent être effacées automatiquement du dossier administratif des fonctionnaires qu’après dix années de services effectifs.

Cette disposition est scandaleuse.

D’abord parce qu’en matière d’atteinte réelle à l’intégrité physique des élèves, les sanctions prononcées relèvent évidemment du troisième et quatrième groupe, et non de simples avertissements ou blâmes. L’administration a d’ailleurs reconnu en séance que cette disposition visait surtout les atteintes à « l’intégrité morale » des élèves.

Or cette notion est extrêmement floue et ouvre la porte à toutes les dérives. Dans les faits, un simple blâme ou avertissement pourrait désormais rester dix ans dans le dossier administratif d’un agent parce qu’un élève ou une famille se serait estimé « blessé » ou « offensé ».

Comme l’a rappelé la FSU dans son amendement de suppression, que nous avons pleinement soutenu, les sanctions du premier groupe peuvent être prononcées sans passage devant une instance disciplinaire. Or chacun sait qu’aujourd’hui l’administration tend de plus en plus souvent à agir selon une logique de présomption de culpabilité dès lors qu’un agent est mis en cause par un « usager ». Dans bien des cas, les avertissements et blâmes servent surtout de mesures de « recadrage » administratif, même lorsque les faits reprochés sont loin d’être établis.

Permettre que de telles sanctions demeurent dix ans dans les dossiers administratifs constituerait donc un précédent extrêmement dangereux pour les personnels.

L’amendement de suppression présenté par la FSU a d’ailleurs été adopté très largement par le CSE et vigoureusement défendu par la CFE-CGC car nous n’avions pas jugé utile d’en déposer un en notre nom et avec le même objet. Mais le ministère a refusé d’en tenir compte alors qu’il avait sagement pris cinq amendements auparavant.

Dans ces conditions, Action & Démocratie / CFE-CGC a voté contre ce texte, considérant qu’aucune logique de protection de l’enfance ne peut justifier une telle remise en cause des garanties statutaires des personnels.

Le plus étonnant reste que, malgré les critiques très sévères formulées contre cette disposition sur tous les bancs, plusieurs organisations syndicales ont finalement choisi l’abstention au moment du vote final. L’avis du CSE est donc devenu favorable, avec 24 voix pour, 5 contre et 35 abstentions. C’est très regrettable, et nous interroge sur la question de savoir si lesdites organisations syndicales font passer le souci du qu’en dira-t-on avant l’intérêt des personnels qu’elles représentent, car de toute évidence elles n’ont pas osé voter contre un texte qui se donne pour objectif de renforcer les moyens de protéger les enfants.

Action & Démocratie / CFE-CGC a fait un autre choix, rejoint sur ce point par FO (la FSU s’étant mis en abstention ainsi que le SE-UNSA et le SNALC qui avait pourtant annoncé voter contre dans un premier temps). Nous utiliserons désormais tous les moyens possibles pour obtenir la suppression de cette disposition lors du débat parlementaire, notamment en alertant les députés et sénateurs appelés à examiner ce texte.

 

A lire aussi

Actus

Réforme du CAPES : vers un BTS enseignement ?

Alors que le niveau des élèves baisse et que le métier d’enseignant perd en attractivité, le gouvernement s’engage dans une réforme du recrutement qui sacrifie la formation scientifique aux postures idéologiques. Fini les professeurs spécialistes, place aux techniciens de l’inclusivité formés à la va-vite pour répéter les dogmes du moment, comme s’il fallait savoir moins pour enseigner mieux. A ce rythme, pourquoi pas un simple BTS pour devenir professeur ? Action & Démocratie dénonce cette dénaturation du métier masquée sous les habits trompeurs de la « professionnalisation ».

Lire la suite »

Usage de l’IA dans l’éducation : la menace fantôme

Le projet de « cadre d’usage de l’intelligence artificielle en éducation » présenté par le ministère élude les enjeux fondamentaux liés à la formation de l’esprit et à la mission même de l’école. AD/CFE-CGC dénonce l’absence de réflexion éthique, le manque de précautions face aux risques pédagogiques et la banalisation d’outils susceptibles d’atrophier l’intelligence naturelle que l’école a pour mission de former. AD/CFE-CGC refuse donc de cautionner un cadre d’usage qui ne cadre rien et en appelle à une réflexion de fond à la hauteur des enjeux humains, pédagogiques et éthiques que soulève cette transformation.

Lire la suite »

Cadre d’usage de l’IA en éducation

Face à l’introduction précipitée de l’intelligence artificielle dans l’éducation, Action & Démocratie exprime une position de vigilance critique : le syndicat dénonce un cadre flou, des finalités mal définies et les risques d’une dérive techniciste qui menace la mission émancipatrice de l’École.

Lire la suite »

Violence scolaire : des constats alarmants qui exigent des réponses à la hauteur

Les chiffres du rapport annuel de performances 2024 le confirment : la violence dans les établissements scolaires progresse, en particulier au collège et dans les lycées professionnels. Les actes graves de violence augmentent dans tous les niveaux d’enseignement, avec un taux particulièrement élevé dans les lycées professionnels (22,6 pour 1 000 élèves). Action & Démocratie appelle à prendre des mesures concrètes, durables et adaptées pour garantir enfin la sécurité des élèves et des personnels.

Lire la suite »

Insécurité dans les établissements scolaires : une revue de presse

Selon le ministère de l’éducation nationale, entre le 26 mars et le 23 mai, 6000 contrôles ont entraîné la saisie de 186 couteaux, et 587 conseils de discipline ont eu lieu au total pour détention de couteaux. Voici une recension non exhaustive d’agressions récentes contre des enseignants durant l’année scolaire 2024-2025. Et ce ne sont là que la vingtaine de faits de violence grave dont la presse s’est faite l’écho, c’est-à-dire une goutte d’eau en comparaison de la réalité…

Lire la suite »

Programmes de français et mathématiques – cycle 3

Alors que l’Éducation nationale traverse une crise profonde, la publication précipitée de nouveaux programmes de français et de mathématiques pour le cycle 3 interroge sur les priorités du ministère. Entre une consultation boudée par les enseignants et une avalanche d’amendements lors de leur examen par le Conseil supérieur de l’éducation, ces nouveaux programmes semblent déconnectés des urgences du moment. Réécrire les programmes tous les dix ans, est-ce vraiment la priorité quand le système prend l’eau de toutes parts ?

Lire la suite »

Vagues de chaleur et conditions de travail

Travailler en surchauffe ? C’est fini, du moins sur le papier. À partir du 1er juillet 2025, l’administration ne pourra plus faire semblant d’ignorer les souffrances causées par les vagues de chaleur. Un décret impose enfin des obligations claires aux employeurs publics, Éducation nationale comprise. Horaires aménagés, eau en quantité suffisante, protection des agents vulnérables : ces mesures ne sont plus des options, ce sont des droits. Reste à les faire appliquer. Action & Démocratie appelle les personnels à ne rien laisser passer : l’exposition à la chaleur n’est pas une fatalité, c’est une négligence qu’on peut désormais contester.

Lire la suite »