Lettre aux personnels de direction / octobre 2026
De la cohérence avant toute chose
Chère collègue, cher collègue,
Il est assez inhabituel que le président d’un syndicat s’adresse ainsi directement et personnellement aux destinataires de nos lettres d’information, mais les circonstances que nous traversons m’ont convaincu de le faire aujourd’hui pour plusieurs raisons.
Je voudrais d’abord vous assurer du soutien sans réserve d’Action & Démocratie/CFE-CGC.
Depuis plusieurs jours, des personnels de direction nous écrivent pour nous dire leur épuisement, leur inquiétude mais aussi leur peur ou leur exaspération. Entre les blocages, les dégradations, les violences et les agressions, vous êtes une fois encore en première ligne, avec en prime cette demande lunaire de transformer les établissements en lieux de débats pour convaincre les lycéens de regagner leurs cours, comme si quelques heures de discussion pouvaient suffire à résoudre une crise dont les causes sont autrement plus profondes.
Vous le savez, Action & Démocratie refuse, dans cette situation, de jeter de l’huile sur le feu. L’explosion de colère à laquelle nous assistons a des causes diverses et profondes. Certaines revendications des lycéens sont parfaitement légitimes. D’autres sont extravagantes, contradictoires ou tout simplement insensées. Toutes prospèrent pourtant côte à côte dans un système qui, depuis des années, a sacralisé la parole des jeunes au lieu de faire ce qui est beaucoup plus difficile : la respecter, la laisser s’exprimer, l’entendre, mais aussi lui opposer lorsque c’est nécessaire une parole adulte, une vision claire et une autorité.
Car pour canaliser une colère, encore faut-il avoir une autorité. Et pour avoir une autorité, encore faut-il savoir ce que l’on défend.
Or nous avons passé des décennies à tout mélanger, à tout mettre sur le même plan, à brouiller les positions des uns et des autres et, d’une certaine manière, à scier consciencieusement la branche sur laquelle nous étions assis, et sur laquelle certains s’étaient peut-être endormis.
Cela ne peut plus durer.
Des syndicats de personnels ne peuvent pas se servir des élèves pour faire avancer des revendications qu’ils ne sont pas capables de défendre eux-mêmes avec assez de clarté pour convaincre d’abord les personnels de se battre pour elles, ni de porter avec assez d’efficacité pour les faire aboutir.
Prenons Parcoursup, qui concentre aujourd’hui toutes les critiques. Certains en réclament désormais la suppression de façon aussi démagogique qu’irresponsable. Vous savez comme moi que le problème n’est pas là. Parcoursup est un système d’affectation dont l’architecture et la technologie constituent une avancée considérable par rapport à ce qui existait auparavant. Il peut et doit sans doute être amélioré, et nous l’avons dit au CSE à plusieurs reprises ainsi que directement à ceux qui en ont la responsabilité, en premier lieu au chef de projet Parcoursup. C’est d’ailleurs à l’initiative d’Action & Démocratie/CFE-CGC que le CSE a adopté, le 24 mars 2023, un vœu demandant que les notes obtenues aux épreuves de spécialité, lorsqu’elles sont transmises aux formations de l’enseignement supérieur sur Parcoursup, ne soient pas rendues visibles aux candidats avant les dernières épreuves terminales : ceux-ci auraient sinon eu connaissance dès le mois d’avril de 82 % de leur note finale au baccalauréat, vidant largement les dernières épreuves de leur enjeu. A ma connaissance, c’est l’un des deux seuls vœux qui s’est traduit en une décision ministérielle. L’autre concernait la date d’entrée en vigueur des nouveaux programmes
Le problème, ce n’est pas Parcoursup, c’est le contrôle continu.
Il a profondément dégradé le rapport aux apprentissages et dénaturé la relation pédagogique. Depuis que l’évaluation a cessé d’être d’abord un moyen de faire travailler les élèves pour devenir un instrument de sélection, la pression exercée sur eux et leurs familles se reporte inévitablement sur les professeurs. Chacun sait ce qu’il en est résulté : les notes ont perdu une partie de leur crédibilité et la liberté pédagogique a été, dans les faits, bien davantage entamée par cette réforme que par certains gadgets dont on nous explique régulièrement qu’ils la menaceraient.
Et voilà que certains de ceux qui défendaient hier le contrôle continu se mettent aujourd’hui, pour faire bonne figure devant les lycéens, à en réclamer la suppression ! Ce n’est pas pour rien que nous avions intitulé notre dernière lettre d’information destinée aux personnels de direction : « De la cohérence avant toute chose ! »
À l’approche des élections professionnelles, je vous invite donc à ne pas regarder seulement ce que disent les organisations syndicales, mais ce qu’elles défendent et ce qu’elles votent réellement dans les instances où elles vous représentent.
Tous les personnels de direction avec lesquels j’échange me le disent : ils se retrouvent souvent bien davantage dans les positions et les analyses d’Action & Démocratie/CFE-CGC que dans celles des organisations auxquelles certains d’entre eux adhèrent pourtant encore.
Ce n’est pas anecdotique. Vos conditions de travail suivent l’évolution de l’École elle-même. Elles se dégradent lorsque ses fondements sont bousculés au nom d’idéologies pédagogiques très démagogiques au demeurant ; elles peuvent s’améliorer dès lors que l’institution retrouve des principes clairs, une autorité et une direction.
N’est-il pas temps que la partie de la profession qui le sait se donne des représentants qui défendront d’autant mieux les personnels qu’ils se battent aussi pour reconstruire l’École et remettre l’institution sur ses pieds après des décennies de politiques éducatives sans principe et de réformisme compulsif qui l’ont mise sens dessus dessous ?
Au fond, le choix des prochaines élections professionnelles sera assez simple : stop ou encore.
Stop à l’incohérence, à l’hypocrisie et à l’impuissance. C’est ce qui anime la CFE-CGC, syndicat de l’encadrement par excellence, qui devrait être beaucoup plus présent dans le dialogue social de l’Éducation nationale pour que les choses changent enfin.
Mais pour cela, et pour permettre à tous d’avoir un vrai choix lors des élections, il nous faut encore convaincre quelques collègues, parfois frileux ou qui craignent de s’exposer en figurant sur nos listes.
Eh bien n’ayez pas peur !
Avec Action & Démocratie/CFE-CGC, vous disposez d’un outil syndical qui sera ce que vous en ferez. Franchissez la porte : elle est grande ouverte. Et dans l’immédiat, aidez-nous à présenter des listes dans toutes les commissions paritaires des personnels de direction. Aidez-nous à vous aider !
Car si nous ne sommes pas présents, faute de candidats en nombre suffisant dans certains scrutins, vous n’aurez tout simplement pas la possibilité de voter pour Action & Démocratie/CFE-CGC, c’est-à-dire de voter non pour nous mais pour vous, et l’on repartira pour quatre ans d’incohérence et d’hypocrise…
Walter CECCARONI
Président national
Qui vote quoi ?
À l’approche des élections professionnelles, nous avons décidé de revenir sur quelques-uns des grands sujets qui ont été débattus au Conseil supérieur de l’éducation ces dernières années.
Non pour vous dire seulement ce qu’Action & Démocratie/CFE-CGC défend aujourd’hui : les professions de foi disent ce que chacun promet ; les votes permettent de savoir ce que chacun fait.
Contrôle continu, redoublement, téléphone portable, inclusion, autorité, protection des personnels : sur tous ces sujets, des textes ont été soumis au CSE et les organisations syndicales ont dû prendre position.
Nous publierons donc successivement au cours des prochaines semaines les votes intervenus sur ces questions ou sur les vœux et amendements que nous avons défendus au CSE, afin que chacun puisse savoir qui a voté quoi, qui défendait quoi hier et qui dit quoi aujourd’hui sur les mêmes sujets. Au moment de choisir à votre tour ceux qui vous représenteront pendant les quatre prochaines années, de voter en connaissance de cause plutôt que par habitude.
Épisode 1 — Le contrôle continu : qui a voté quoi ?
Alors que le contrôle continu est aujourd’hui vivement contesté par les lycéens et que certaines organisations réclament désormais sa suppression, il n’est pas inutile de revenir quelques années en arrière. Qui a soutenu son introduction ? Qui s’y est opposé ? Et qui demande aujourd’hui de défaire ce qu’il approuvait hier ?
Notre profession de foi pour les personnels de direction

Défendre les personnels de direction, ce n’est pas seulement défendre leur carrière, leur rémunération ou leurs conditions de travail. C’est aussi agir sur les causes des difficultés auxquelles ils sont quotidiennement confrontés. Il y a, de ce point de vue, une exigence de cohérence : on ne peut pas prétendre défendre les PERDIR contre les conséquences de politiques scolaires que l’on contribue par ailleurs à soutenir. Avant de choisir un syndicat par habitude ou parce qu’on lui prête une influence sur les carrières, chacun devrait aussi regarder quelle École ce syndicat défend. Action & Démocratie défend l’instruction, l’exigence, l’autorité, la discipline, la valeur des diplômes et la transmission des savoirs.
Face aux violences, aucune ambiguïté

Des enseignants et des personnels de direction ont été agressés ou blessés ces derniers jours. Notre soutien à tous nos collègues est évidemment absolu. Mais ne nous contentons pas de condamner les violences, ce qui va de soi, en fermant les yeux sur l’irresponsabilité de certaines organisations politiques mais aussi syndicales qui instrumentalisent les lycéens et jettent de l’huile sur le feu. Il nous appartient de porter nous-mêmes les revendications légitimes des personnels, et non de nous servir des lycéens pour les faire avancer en les mêlant à d’autres revendications autrement plus discutables. Action & Démocratie/CFE-CGC ne s’associera certainement pas aux appels à la grève et aux manifestations en soutien aux lycéens lancés par FO, la CGT, SUD et rejoints par la FSU, la CFDT et l’UNSA : dans le contexte actuel, il faut avoir perdu tout bon sens pour appeler les personnels à y participer !